Transformation de la communication : une (r)évolution certes digitale… mais avant tout humaine

Passionnant et inspirant. Pour son édition de cette semaine, le magazine Stratégies¹ avait choisi de confier sa rédaction en chef à une quinzaine de personnalités de la communication, des médias et de la nouvelle économie. Le but de cette opération spéciale était tout simplement d’imaginer un numéro « collector », qui puisse tout à la fois raconter le monde de la communication d’aujourd’hui et imaginer / interroger celui de demain.

Le résultat de cette initiative éditoriale, qui n’est pas sans rappeler l’opération « La relève » organisée par Les Echos², est selon moi un franc succès. Car non seulement Stratégies a suscité un joli buzz avec cette opération, tout en offrant à ses lecteurs le meilleur de ce que peut offrir une presse professionnelle qualitative, à la fois pertinente, percutante et bien en phase avec son temps. Mais les contenus de ce numéro spécial sont d’autant plus intéressants que très congruents en définitive, chacun des articles rédigés par un/une invité(e) du journal faisant au moins en partie écho aux problématiques et conclusions évoquées par les autres.

Bref : une précieuse « photo des enjeux de la communication » que je ne peux que vous inciter à découvrir par vous-mêmes (si ce n’est déjà fait), en courant vous procurer cette édition du magazine, toujours en kiosque. Mais, fidèle à mon habitude et très marqué par les lignes de convergence qui se dégagent de ce numéro, je vous en propose naturellement ci-dessous quelques-uns des enseignements principaux, en guise d’apetizer. Non sans remercier chaleureusement l’Editrice de StratégiesSandrine Matichard, qui a accepté dès la sortie de ce numéro spécial #Les15 de répondre à mes questions (interview à découvrir en fin d’article) pour les lecteurs du BrandNewsBlog…

Qu’elle soit ici remerciée de sa disponibilité et de ses éclairages sur cette opération, qui fait vraiment honneur à une marque de presse qui a su rester à la pointe de l’actualité de son secteur (et je le dis d’autant plus aisément que je n’y ai aucune action ! ;-)

15 voix pour raconter le monde de la communication d’aujourd’hui… et de demain

Au-delà de l’intérêt et l’ambition de son projet éditorial, le premier facteur clé de succès d’une telle opération réside évidemment dans le choix des personnalités invitées à prendre la plume (et la rédaction en chef du journal par la même occasion).

De ce point de vue, Stratégies n’a point failli, en sélectionnant avec soin un panel de professionnels provenant des différents horizons de la communication, des médias et de l’ad tech, représentatifs de toutes les générations (ou presque) qui exercent aujourd’hui dans nos métiers. Sandrine Matichard en résume d’ailleurs les critères de sélection dans son interview (à suivre en fin d’article).

Mouloud Achour (@mouloudachour, Clique TV), Lorenzo Benedetti (@LorenzBenz, Canal+), Lucie Beudet et David Creuzot (@lucie_beudet@dcreuzot, Konbini), Agathe Bousquet (@agathebousquet, Havas Worldwide), Nathalie Collin (@nathqueencole, La Poste), Pierre Conte (@pierre_conte, Group M), Fernando Da Costa (@fernidacosta, Omnicom Media Group), Louis Dreyfus (@ldreyfus, Le Monde), Rolf Heinz (@rolfheinz66, Prisma Media), Thierry Jadot (@thierryjadot, Dentsu Aegis), Céline Lazorthes (@CelineLz, Leetchi.com), Farid Mokart (@FredFarid, Fred & Farid), Lubomira Rochet (@ljubomira, L’Oréal Group), Hervé Simonin (@h_simonin, Linkfluence), Damien Viel (@damienviel, Twitter) et Nicolas Zunz (@NicolasZunz, Publicis Communication France)… Les 15 invités de marque de Stratégies (ou plus exactement 17, certains ayant contribué en duo à un même article) s’emparent des thématiques aujourd’hui déterminantes dans nos métiers de la communication et des médias, avec ce regard neuf et pénétrant des insiders qui vont à l’essentiel…

Perspectives de l’intelligence artificielle et du machine learning, importance des big data dans la personnalisation de la relation client et l’essor d’un marketing en temps réel, développement du live et de la dynamique conversationnelle des réseaux sociaux, nouveaux défis du brand content, inexorable progression de l’infobésité, valorisation des talents du web et nouvelles manière de mesurer l’audience et la performance de la télévision… Les sujets technos, qui découlent de la révolution numérique et de la « digitalisation » de la société et des entreprises, sont naturellement nombreux. Mais ils suscitent, c’est le moins que l’on puisse dire, de nombreuses interrogations chez les professionnels, tant il est vrai que la transformation numérique des métiers de la communication et du marketing est loin d’être achevée et soulève de nombreuses questions éthiques. Ainsi, comme dans les autres sujets abordés (révolution de la communication interne par l’intelligence collective, développement de la diversité dans les métiers de la communication, nouveaux codes de la communication politique…) on voit que le facteur humain, le libre-arbitre et le capital-expérience accumulé par les professionnels… demeurent tout à fait cruciaux dans l’exercice de métiers de la communication qui ne cessent d’évoluer, mais dont les fondamentaux demeurent valides (et indispensables).

Une vision « de l’intérieur » de l’évolution des métiers de la communication… et des enseignements précieux

Si le magazine Stratégies a eu la sagesse de ne pas faire de son opération un numéro un hors-série, mais d’intégrer les prises de parole des experts invités comme un « fil rouge » dans son magazine et dans le flux des actualités (la pagination s’en trouve donc sensiblement augmentée), les contributions de chacun des « 15 », qu’elles soient sous forme d’article, d’enquête ou d’interview « s’interpellent » de loin en loin, donnant une épaisseur particulière (au sens propre et au sens figuré) à ce numéro spécial.

>> Intelligence artificielle, machine learning, infobésité et big data

Ainsi comment ne pas croiser les visions et enseignements très complémentaires qui émergent des articles respectifs de Nathalie Collin (directrice adjointe chargée du numérique et de la communication du groupe La Poste), Lucie baudet et David Creuzot (cofondateurs de Konbini) et Hervé Simonin (P-DG de Linkfluence) ? Tandis que la première nous parle d’Intelligence artificielle et de ces AVI (agents virtuels intelligents) mis en place par la FNAC et Ebay pour simplifier et enrichir la relation client, en appelant les marques à réfléchir et travailler dès aujourd’hui sur une complémentarité IA-humain, pour « redonner la main aux clients », Hervé Simonin évoque quant à lui l’IA et le machine learning (apprentissage automatique par les machines) comme des technologies « libératrices » pour le marketeur, lui permettant en l’occurrence d’analyser en temps réel les big data et les changements de comportement des consommateurs, pour produire une segmentation dynamique (et donc beaucoup plus fine et en temps réel) des cibles. Le marketeur se trouve ainsi déchargé des tâches les plus fastidieuses (traitement des données) et gagne en autonomie pour consacrer davantage de temps à l’innovation et à la création de valeur ajoutée pour sa marque.

Un développement du rôle de l’IA que les cofondateurs de Konbini voient de plus en plus arriver dans les conversations et discussions du web social, qui constituent pour eux un nouveau média à part entière, complémentaire aux contenus de marque. Dans ce domaine, il s’avère que l’Intelligence artificielle et les chatbots sont de plus en plus présents et se multiplient, notamment pour gérer les interactions des marques avec leur communauté. Mais comme Nathalie Collin et Hervé Simonin, Lucie Beaudet et David Creuzot en sont conscients : ce développement du rôle de IA et des bots ne pourra se faire sans un accompagnement RH important en terme de formation et une remise à plat des organisations, pour donner une réelle chance à la complémentarité IA-humain. Et il y a fort à parier que de nouvelles règles émergent, quand les consommateurs se rendront par exemple compte sur les réseaux que leur interlocuteur connivent est en fait une IA : sans doute réclameront-ils davantage de transparence et que les IA et autres bots soient systématiquement authentifiés ou se fassent connaître, comme le préconise Laurent Alexandre, cofondateur du site Doctissimo et lanceur d’alerte sur les limites de l’IA…

Pour lutter contre l’infobésité et le déficit croissant d’attention de la part des consommateurs (chez les jeunes en particulier, mais pas seulement), Nicolas Zunz, co-président de Publicis Communications France ne voit quant à lui d’autre salut que par une personnalisation accrue des contenus et messages publicitaires transmis, en fonction du contexte, du timing et des aspirations de chaque individu. Et cette personnalisation passera là aussi nécessairement par une utilisation intensive des big data synchronisées avec des bannières dynamiques par exemple (dynamic creative optimization). C’est sur ce modèle d’hyper-réactivité et de personnalisation maximale des contenus (en push et en pull) que travaillent aujourd’hui notamment les équipes de Thina Cadierno, directrice client et digital de Carrefour France. « Il faudra imaginer tous les scénarios possibles et les manières d’adapter le message pour chaque cible et chaque comportement » confirme Nicolas Zunz. « Calibrer chaque idée et son déploiement deviendra clé. Dès lors, les briefs seront accompagnés de « personae » détaillées. L’UX et la communication seront dans une même pièce, les présentations d’idées créatives ne se feront plus sans ‘consumer journeys’ ni scénarios d’usage »… et ce, même si le dirigeant de Publicis imagine toujours une fonction et un avenir à la publicité « de masse » : « Si une grand partie des messages seront demain usinés par la data pour capter une attention devenue rare, les marques devront toujours cultiver leur part de magie en créant de grans spectacles publicitaires, qui s’adresseront au plus grand nombre, pour nous faire vibrer et générer toujours plus de désirabilité ».

> Agences, agents, instituts et « gourous de la com » : des pratiques à remettre en question…

Et dans un tel contexte, quel rôle pour les agences et autres conseils en communication, me direz-vous ? D’aucuns s’étonneront peut-être de les voir autant pointés du doigt, dans un numéro auquel leurs représentants auront tant contribué (les patrons d’agences pub ou média étant largement représentés parmi les « 15 »). Mais c’est sans doute qu’il y avait des choses à dire et des messages à faire passer, même si les annonceurs sont également loin d’être exempts de tout reproche dans leur manière d’appréhender la transformation de la communication…

De fait, c’est Céline Lazorthes, fondatrice et P-DG de Leetchi.com, qui ouvre incidemment le « cahier de doléances » en choisissant comme angle de nous parler de ces start-up des fintech qui, faute de budget, ont choisi le système D pour communiquer. Qu’il s’agisse de Qonto (nouveau modèle de banque pour les PME), Fintech Circle (premier réseau de business angels européen) ou de Pumpkin (application pour fluidifier les échanges d’argent entre étudiants), chacun a en effet trouvé tout seul son levier de promotion et de communication, au travers de campagnes « à coût zéro mais bénéfice maximum ». Faute de moyens, certes, mais pas seulement, nous glisse Céline Lazorthes : « Notons que si aucune de ces start-up n’a contacté d’agence, c’est également pour d’autres raisons : ‘budgets opaques’, ‘perte de visibilité’, ‘manque de maîtrise du message à faire passer »

Dans un autre registre, Fernando Da Costa ne prend pas davantage de gants en évoquant les difficultés de certaines agences à s’emparer des opportunités offertes par le brand content. Tandis que le champ des possibles est aujourd’hui incroyablement vaste, « combien de briefs clients récents n’ont eu comme réponse de la part de l’agence de publicité qu’un bon film TV et en écho, de l’agence médias, qu’une bonne campagne TV avec un zeste de vidéo online » ? Alors que chacun de ces acteurs est idéalement placé pour produire ou contribuer à de bons contenus, le Vice-Président d’Omnicom Media Group suggère aux différents intervenants susceptibles d’apporter de la valeur au brand content de la marque (agences pub, agences médias et supports) de se « mettre autour d’une table » pour travailler enfin en mode projet. Mais ce nouveau mode de fonctionnement collaboratif requiert évidemment quelques règles, à faire valoir par les clients eux même : transparence des éléments partagés et exhaustivité du brief, confiance et liberté d’action (dans le respect de l’ADN de marque bien sûr), clarté dans les territoires d’intervention et les modes de rémunération de chacun…

Et si les acteurs s’inspiraient de la créativité et des modalités de la mutation numérique africaine pour réussir leur propre transition, nous souffle Thierry Jadot, président de Dentsu Agis Network France ? De fait, malgré un manque de ressource criant, un certain nombre de pays sont en train de réussir leur transition et de faire du digital un véritable levier de croissance, grâce à des plans de développement ambitieux comme le plan Mali numérique 2020, cofinancé par l’Etat, certains fonds internationaux alimenté par des taxes sur l’usage mobile et par les opérateurs téléphoniques eux-mêmes. Un modèle économique gagnant-gagnant et vertueux, en complément de la formation et l’éducation apportée dans les universités, l’accès au financement de projet et le micro-crédit…

Au-delà des conséquences directement visibles de la transformation numérique (les plus faciles à appréhender), ce sont aussi les outils de mesure et les comportements qu’il est grand temps d’adapter… Et tandis que Mouloud Achour (animateur du Gros Journal sur Canal+ et fondateur de Clique TV) déplore la toute-puissance du sacro-saint « Audimat » et des indicateurs d’audience live comme unique outil de mesure de la performance des programmes TV, à l’heure où les programmes sont de plus en plus consommés en différé sur les plateformes (à commencer par Facebook), Lorenzo Benedetti (directeur de Studio Bagel) se livre quant à lui à une passionnante et édifiante enquête (à lire absolument !) pour comprendre pourquoi les talents du web, malgré leurs milliards de vues sur YouTube & Co, ne sont pas encore aussi « bankable » que leurs aînés, rejetons des « médias traditionnels »…Une question de fiabilité de la mesure là encore et de performance publicitaire comparée (l’ad blocking, très contraignant et généralisé sur Internet n’existe pas encore en télévision), mais également de génération et d’ouverture en définitive, car les média traditionnels ont tendance à (sur)protéger leur création de valeur, tout en reconnaissant de plus en plus l’importance et la complémentarité avec les nouveaux talents du web.

Et s’il était temps de faire tomber les barrières générationnelles et d’ouvrir davantage les agences, agents et autres spin doctors à davantage de diversité ? Dans une interview très « cash » menée par Louis Dreyfus (président du directoire du journal Le Monde), les directeurs de Marianne et du Point, Renaud Dély et Etienne Gernelle, ne manquent pas de brocarder (sur un ton hélas condescendant et dédaigneux vis-à-vis des communicants et de la communication en général) les pratiques de ces « gourous » de la communication politique qu’ont pu être en particulier Anne Méaux et Stéphane Fouks… sans que les communicants politiques nouvelle génération ne trouvent davantage grâce à leurs yeux, il faut bien le dire. Très incisif (et si juste !), Farid Mokart, fondateur et CEO de Fred & Farid, déplore quant à lui dans une charge brillante et imparable (« Tout n’est pas si blanc ») le manque d’audace et d’ouverture des agences, qui restent pour la plupart imperméables à la diversité, accusant ainsi « plusieurs années de retard sur la société civile ». Comment prétendre décoder les évolutions et comportements des consommateurs, quand elles en sont à ce point « devenues un miroir déformant » ? Une vraie remise en cause et des efforts réels sont nécessaires, au-delà des bonnes intentions généralement affichées via des chartes de la diversité globalement peu respectées ou inopérantes.

>> Confiscation de la valeur par les grandes plateformes, growth hacking, holacratie et environnement : d’autres défis à relever

Que ce soit en filigrane ou de manière plus directe, les invités de Stratégies ne manquent pas de pointer la menace que font peser les grandes plateformes sur le modèle économique des médias et des éditeurs de contenus. Derrière la grande course au live à laquelle se livrent désormais les médias et les grandes plateformes, comme le souligne Damien Viel (DG de Twitter France), c’est à une course à l’audience et à une bataille pour s’accaparer des revenus correspondants que chacun des acteurs participe, espérant l’emporter. Et quand les programmes TV et autres contenus sont massivement découverts et consultés sur Facebook, qui gagne, nous demande Mouloud Achour ? « C’est Facebook, répond Pascal Lechevallier, car de toutes façons, il ne partage rien avec personne […] Et le dindon de la farce, ce sont les annonceurs, parce qu’ils ne peuvent rien faire sur Facebook. Ça, c’est un vrai problème à terme pour les chaînes [et les autres éditeurs de contenus]. Elles ont perdu la main »

A noter également dans ce magnifique numéro de Stratégies (mais je vous laisse les découvrir par vous-mêmes) : la bonne interview de Sean Ellis, le pape du « Growth Hacking », réalisée par Lubomira Rochet (Chief Digital Officer de L’Oréal) ou bien encore la contribution de Rolf Heinz (président de Prisma Média) sur les nouveaux défis à relever par la communication interne, à l’heure où les pratique de l’holacratie et de l’entreprise libérée mettent l’intelligence collective au pouvoir, renversant les anciens paradigme fondés sur les liens et l’autorité purement descendante des hiérarchies traditionnelles. Et pour ceux qui souhaiteraient finir sur une note de sagesse et de pugnacité, Agathe Bousquet nous présente quant à elle une interview pleine de lucidité de Nicolas Hulot, engagé dans « une cause qui, qu’on le veuille ou non, nous suivra jusqu’à la fin de nos jours ».

Sandrine Matichard, Editrice de Stratégies, nous parle de ce numéro spécial #Les15 et de sa genèse…

Le BrandNewsBlog : En premier lieu Sandrine, bravo à vous et aux équipes de Stratégies pour la réalisation de ce numéro spécial #Les15, très réussi ! Comment vous est venue cette idée éditoriale et par où avez-vous commencé : est-ce la thématique qui a dicté le choix de vos invités ou bien aviez-vous déjà identifié des experts que vous souhaitiez associer avant de définir votre angle éditorial ? 

Sandrine Matichard : En fait, cela faisait déjà un certain temps que nous réfléchissions à la manière d’affirmer plus fortement notre vocation d’animateur de la communauté de la communication et du marketing, de lieu du débat d’idées. A notre sens, c’est aujourd’hui un rôle essentiel des médias professionnels. Ce qui nous intéresse tous, c’est la transformation rapide de nos métiers et comment en faire une opportunité, mais elle est analysée par nos journalistes sous un angle souvent macroéconomique, avec un certain recul. Quid de ceux qui sont les maîtres d’œuvre du changement dans les entreprises ? Nous trouvions qu’il y avait là une vraie complémentarité de points de vue. Pour composer notre panel, nous avons donc cherché à la fois l’expertise et la diversité : diversité de métiers, de profil, de génération, à l’image de ce qu’est la profession aujourd’hui.

Le BrandNewsBlog : A partir de ce brief initial que vous leur avez soumis : « Imaginez le futur des métiers de la communication », comment avez-vous travaillé sur ce numéro avec vos invités ? Chacun était-il libre du choix de son sujet et qui a rédigé quoi au final ? Vous indiquez dans la présentation de ce numéro que les échanges ont été particulièrement riches entre la rédaction et vos 15 experts, certains d’entre eux ayant même bénéficié d’un coaching rédactionnel… 

Sandrine Matichard : Je vous confirme que ce sont bien nos invités qui ont écrit eux-mêmes leur papier, et ils ont travaillé selon les mêmes méthodes qu’une rédaction classique. Nous les avons conviés en février à une conférence de rédaction, lieu de discussion où l’on agite les idées et où se construit le pré-sommaire du numéro. Chacun avait 2 ou 3 idées en tête en arrivant, et la complémentarité entre les sujets s’est organisée spontanément. Ensuite, les journalistes ont coaché ceux qui le souhaitaient, pour les aider à déterminer la forme et l’angle de l’article, et donner à leur propos une forme 100% journalistique. Le 17 mars, nous nous sommes à nouveaux réunis pour une conférence de bouclage lors de laquelle ils ont pu découvrir le déroulement complet du journal et leur papier maquetté et illustré. Nous avons également échangé sur les difficultés ou surprises rencontrées sur cet exercice nouveau pour eux, sur la Une, etc.

Le BrandNewsBlog : Communication solidaire, infobésité et quête de l’attention perdue, importance des contenus de marque, influence des réseaux sociaux Vs les médias de masse, valorisation des nouveaux talents du web, révolution du live, viralité et nouveaux enjeux du web socialbanalisation des algorithmes et du machine learning Fidèle à l’exigence qui a fait le succès de Stratégies et à cette capacité que vous avez toujours eu de rendre compte des dernières tendances, les sujets traités par vos 15 experts dressent le portrait d’une communication en pleine mutation… et qui parfois « se cherche ». Quels sont les enseignements communs à ces contributions d’experts ? 

Sandrine Matichard : A mon sens, ce qui traverse toutes les interventions c’est le caractère central de l’humain, sous l’angle du management, de la communauté, de la diversité, de son rapport avec la machine… un numéro avec une portée quasi-philosophique en somme !

Le BrandNewsBlog : A l’exception d’un article plutôt cash sur la communication politique, dont j’avoue ne pas partager la vision*, il me semble que cette édition de Stratégies est vraiment un sans-faute ! Etait-il dans votre objectif de départ de produire un contenu éditorial qui « fasse date » ? Comment avez-vous communiqué autour de ce numéro collector et y-aura-t-il une nouvelle édition des 15 l’an prochain ? Comment ceux qui n’ont pas acheté ce numéro pourront-ils se le procurer par la suite ? 

Sandrine Matichard : Oui, nous souhaitions vraiment que « les 15 » restituent une vision de l’époque et des prochaines étapes, non pas comme des « techno-gourous » mais comme des acteurs pleinement agissants dans ce contexte de changement. Et oui : nous aimerions bien interroger 15 nouveaux professionnels l’année prochaine, car ce fut un crève-cœur d’établir cette première liste ! L’idée est en effet d’agir à la manière d’un think tank, année après année. Mais réfléchir oui, théoriser non !

Et en ce qui concerne la communication autour de ce numéro, nous avons poussé les contenus images/vidéos des 2 réunions des 15 sur les réseaux sociaux et nos participants ont eux aussi partagé ces contenus sur leurs propres comptes sociaux. C’est une opération également très « visuelle » qui a généré une grande fierté, tant de la part de nos invités que de la rédaction, emmenée par Marie-Juliette Levin.

A ce jour, le magazine est toujours en kiosque. On peut d’ailleurs trouver le point de vente le plus proche à partir de ce lien : www.trouverlapresse.com. Il est aussi possible de l’acheter directement sur notre boutique en ligne : http://abonnement.strategies.fr/vente-au-numero/strategies-n-1898-1898.html

Le BrandNewsBlog : Mouloud Achour, Louis Dreyfus, Agathe Bousquet, Damien Viel, Céline Lazorthe, Lubomira Rochet ou Farid Mokart… vos 15 experts proviennent des différents horizons de la communication et ont le point commun d’être des personnalités professionnelles déjà reconnues de leur profession. Prévoyez-vous à l’avenir de faire encore davantage de place à de nouveaux talents du web et aux « influenceurs » de la communication ? 

Sandrine Matichard : L’éclectisme et l’intégration des nouveaux talents font en réalité partie d’un même mouvement, assez naturel. Récemment, nous avons d’ailleurs consacré notre Une au blogueur et interviewer des stars de la téléréalité Jeremstar, avec des réactions assez vives de certains lecteurs il faut bien le dire, mais on ne peut nier que c’est là que « bourgeonne » l’entertainement moderne ! Maintenant, comme en témoigne d’ailleurs un des articles de notre numéro #Les15, il ne faut pas non plus surestimer l’importance économique réelle des nouveaux entrants. Il faut que le panel soit équilibré et surtout que ces personnalités aient l’envie de s’exprimer, de s’impliquer. C’est notre principal critère.

Le BrandNewsBlog : Dans une presse magazine très concurrentielle et fortement chahutée par les pure players du digital, il me semble que votre magazine s’en sort plutôt bien… Le fait d’être le seul magazine vraiment généraliste de la communication et de disposer de votre ancienneté et de votre base de lectorat est-il toujours un avantage important ? Des opérations spéciales telles que #Les15 constituent-elles aussi une manière de conforter votre leadership ?

Sandrine Matichard : Nous l’espérons ! Et nous renforçons effectivement notre caractère généraliste. Dans un monde où les frontières entre les métiers sont de plus en plus floues et où l’information est pléthorique – avec dans notre secteur, parfois quelques mélanges des genres entre info et autopromotion – la longévité de notre marque, la qualité de nos rédacteurs, notre indépendance sont des garanties pour le lecteur… Et puis on n’a pas le temps de s’intéresser à tout ! Mais le leadership se gagne chaque jour, surtout sur le digital où l’on recommence en définitive à zéro chaque matin !

Le BrandNewsBlog : Sur quelles innovations et nouvelles initiatives éditoriales travaillez-vous et comment continuer à surprendre votre lectorat ? Les formats longs, la profondeur et la qualité des contenus sont-ils les premières clés de la survie de la presse professionnelle et de la presse en général ?

Sandrine Matichard : Notre marque de presse conserve plus que jamais son avantage dans sa capacité à sélectionner l’info qui compte vraiment, à offrir une analyse chiffrée, contextualisée, bref, journalistique. Mais la dimension servicielle gagne en importance : sur notre nouveau site par exemple, nous avons privilégié la mise en base de l’actualité : créations, case studies, chiffres… Bref : un véritable espace « SOS reco » afin de faire gagner du temps aux professionnels dans un emploi du temps plus que serré ! Etre là au bon moment avec l’info stratégique, les chiffres, les classements qui les intéressent vraiment, et sous une forme attractive : voilà à mon avis les points déterminants pour la presse professionnelle !

 

 

Notes et légendes :

(1) Numéro collector « Les15 » de Stratégies (n°1897-1898) – 23 mars 2017

(2) Numéro spécial « La relève » des Echos : à échéance régulière, le quotidien a pris l’habitude de confier sa rédaction en chef à des personnalités incarnant la nouvelle garde issue des milieux politiques, industriels, financiers, culturels ou technologiques >> la 3ème et dernière édition en date de cette opération a eu lieu le 20 mars 2016.

 

Crédit photos et illustrations : magazine Stratégies, 123RF

Trackbacks

  1. […] Découvrez ici la suite de l’article d’Hervé Monier qui analyse avec brio les visions croisées de ces experts de la com’ devenus le temps d’un numéro, les rédacteurs de Stratégies. Bonne lecture… Nous avons adoré ! […]

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