Pour ma première série de billets de blog de 2026, quoi de mieux qu’une revue des nouvelles tendances du marketing et de la communication ?
Bouleversement du panorama des réseaux sociaux, conséquences du développement accéléré de l’IA générative dans les services communication et marketing, émergence du GEO (la Generative Engine Optimization), dernières tendances du marché de l’emploi dans nos secteurs, nouvelles pratiques en communication corporate et en gestion de la réputation…
Pour inaugurer cette nouvelle série d’articles et nous donner leur précieux éclairage d’experts, je me suis tourné vers Nicolas Vanderbiest, fondateur et directeur général de l’agence Saper Vedere et Jonathan Chan, créateur de contenus BtoB, conférencier et formateur en stratégie digitale, avec qui nous avons plus particulièrement évoqué les dernières tendances en marketing digital et social media.
Dans cette interview très riche, Nicolas et Jonathan reviennent pour nous sur la dégradation du feed¹ et la surproduction de contenus boostés à l’IA ; sur la montée en puissance des communautés privées ; sur la content fatigue² des internautes et le retour en grâce des formats longs ; sur les impacts des nouveaux algorithmes également dopés à l’IA (Brew 360 pour Linkedin, Grok pour X…) ; sur l’importance croissante des commentaires dans les posts… pour ne citer que ses premières évolutions…
Soit 10 nouvelles tendances marketing digital et social media à découvrir en deux parties, ce dimanche et mardi prochain…
Alors pour ne rien manquer de ces épisodes et des prochains, n’hésitez pas à vous abonner.
Belle nouvelle saison à tous sur le #BrandNewsBlog, et merci encore à mes deux invités du jour, Nicolas et Jonathan, pour leur confiance et leur disponibilité !

Le BrandNewsBlog : Nicolas, Jonathan, merci à tous deux d’avoir accepté cet exercice de prospective 2026. Vous avez tous les deux identifié une dizaine de tendances marquantes du social media, qui devraient se confirmer dans les prochains mois…
Mais avant d’aborder celles-ci, concernant l’écosystème global des plateformes et des médias sociaux, quel est le fait majeur essentiel ou le changement que vous retenez de l’année écoulée ?
Jonathan Chan : Concernant les plateformes, le fait majeur que je note, c’est, pour la première fois, une stagnation ou une régression du feed, le fil d’actualité proposé par les grandes plateformes de réseaux sociaux. Il y a aujourd’hui un début de saturation des plateformes, du fait d’une asymétrie entre la demande de contenus (stable) et l’offre, qui elle devient vraiment exponentielle et pléthorique. La surproduction de contenus, boostée notamment par les possibilités offertes par l’intelligence artificielle, accentue encore la concurrence entre les créateurs et cette « guerre de l’attention » qui était déjà en toile de fond les années passées. C’est quelque part la fin l’ère de tous les possibles sur les réseaux sociaux, où tout créateur avait la possibilité d’émerger, et ce, malgré les fréquents changements de leurs algorithmes. Désormais, il faut un niveau d’expertise beaucoup plus poussé pour se différencier et se démarquer et que ses contenus émergent du bruit ambiant.
Nicolas Vanderbiest : Effectivement, ce qu’on note c’est qu’il y a cette difficulté pour les différentes plateformes à identifier les bons contenus, parce qu’il y a surproduction et que tout le monde est bien au courant des tendances et connaît donc les règles du jeu. Historiquement, les toutes premières plateformes ont choisi l’engagement comme objet phare : plus il y a d’engagement sur un contenu, plus cela voulait dire qu’il est pertinent. Ensuite, Instagram et Twitter, maintenant X ont choisi de placer leur influence au niveau d’un auteur. Si un auteur était/est influent, pour elles cela voulait/veut dire que son contenu est pertinent, sinon il ne serait pas suivi. C’est là où LinkedIn n’a hélas pas réussi : son algorithme est demeuré incapable d’isoler les influenceurs et ensuite il est trop tard pour switcher sur les « suivis » et la réduction du nombre de contacts maximum. Le problème qu’ont eu X et Instagram, c’est que leur algorithme donnait forcément une prime aux déjà installés. C’est fort de ces enseignements qu’une troisième génération d’algorithme social media est arrivée avec TikTok. L’idée, c’était de se dire : « J’ai besoin d’informations sur un utilisateur, donc je vais faciliter sa lecture en lui envoyant rapidement des petites vidéos qu’il va consulter. Au final, il n’y a en quelque sorte plus d’onboarding : j’arrive, on me propose des contenus directs, je swipe et, en fonction de ça, on va me relier à des individus. C’est le mélange parfait des deux algorithmes précédents. Aujourd’hui, on arrive dans une nouvelle génération d’algorithme, extrêmement balbutiante, dans laquelle les plateformes, principalement X et LinkedIn, utilisent une intelligence artificielle qui va d’abord lire le contenu, lui attribuer un score en fonction de la pertinence, identifier le contenu selon une thématique, et essayer de glaner les intérêts et les thématiques des utilisateurs pour leur proposer des contenus. A partir de là, il y a un jeu de bonus-malus qui sont attribués en fonction des engagements, des commentaires, du temps passé sur le contenu, etc.
Le principal problème de ces nouveaux algorithmes pour l’instant, c’est que d’une part il y a une surproduction de contenus qui n’ont pas de thématique : « Je suis à tel événement », « Je viens de rencontrer Jean-Paul », « J’ai fait une interview »… Ensuite, les intérêts des utilisateurs sont mal catégorisés. Comme on a tendance à suivre des personnes plutôt que des contenus, forcément, si, à un moment donné, on nous suggère des contenus en fonction de nos intérêts, on est décorrélé par rapport à nos habitudes.
Tout cela montre à quel point l’enjeu absolu est, pour les plateformes, via différents indicateurs, de trouver la formule magique, et pour les utilisateurs, de « cracker » ces recettes.
Le BrandNewsBlog : Première tendance marquante que nous avons évoqué ensemble en préparant cette interview, vous m’avez parlé de la surproduction de contenus, boostée par l’IA, et de la dégradation de la qualité du feed, le fil d’actu sur les grandes plateformes. Pouvez-vous nous décrire ce phénomène et quelles en sont les conséquences ?
Jonathan Chan : Oui, en effet. Avec l’arrivée de l’IA, on entre dans une ère du doute, car on n’arrive de moins en moins à distinguer les contenus dits « humains » des contenus qui ont été conçus avec ou par l’intelligence artificielle. L’IA a ceci de très positif qu’elle permet d’abaisser considérablement les coûts et délais de production des contenus, mais cela peut aussi engendrer de la surproduction de snacking content de piètre qualité. De ce point de vue, les internautes ont aujourd’hui des réactions assez contrastées : il y a les consommateurs « passifs », qui ne détectent pas nécessairement l’IA dans les contenus qui leur sont proposés ou qui apprécient le côté divertissant et créatif que l’IA permet d’apporter… Et puis il y a ceux et celles que l’IA irrite, qui la détectent très rapidement et vont y être davantage allergiques. Une étude récente du cabinet Just connecting a démontré à cet égard que des posts rédigés 100% par l’IA généraient deux fois moins d’impressions que des publications sur lesquelles l’humain est intervenu. Conscientes de ce phénomène et des confusions possibles, les grands acteurs numériques essaient de proposer des solutions : avec Sora, OpenAI propose un onglet qui permet d’identifier immédiatement les contenus produits par l’IA. Pinterest a également testé la possibilité de proposer à ses utilisateurs un feed garanti « IA secure ». On peut aussi citer l’initiative de Meta, avec son réseau social Vibes qui s’apparente à un réseau social privé, et qui vise à offrir des interactions et contenus de meilleure qualité, débarrassés des contenus à faible valeur ajoutée.
Difficile de dire aujourd’hui si de telles initiatives vont se multiplier et quelles seront demain les perceptions et attentes des socionautes, mais je crois pour ma part qu’il faut se garder de tout dogmatisme en matière d’intelligence artificielle. De même qu’il a toujours existé des snacking contents et des contenus divertissants à faible valeur ajoutée, c’est plus que jamais aux producteurs et créateurs de contenu d’être vigilants et de s’assurer qu’il y ait toujours un regard et une valeur ajoutée humaine derrière la machine. Car quoi qu’il arrive, l’IA ne va pas disparaître et sera de plus en plus largement utilisée.
Nicolas Vanderbiest : On a un bouleversement de l’économie de production depuis l’éclatement du monopole des médias avec les réseaux sociaux, et l’intelligence artificielle accentue encore ce phénomène. Au début des réseaux sociaux, on disait qu’il y avait 1% de producteurs de contenus, 9% de commentateurs et 90% de spectateurs. Moi, j’ai l’impression qu’on est maintenant dans certaines bulles à bien plus de producteurs.
Chez Saper Vedere, nous avons fait une étude qui montre que les producteurs, les commentateurs et les spectateurs sont totalement décorrélés – ce ne sont pas du tout les mêmes personnes.
Cette tendance s’accompagne d’un dispersement des plateformes, avec plein de plateformes comme Threads, Bluesky… qui se développent, et l’écosystème devient particulièrement complexe. Un autre impact direct de l’IA, qu’on commence seulement à mesurer, sur la réputation et la sécurité des entreprises, c’est la facilité avec laquelle il devient possible de produire des fake news, des sites internet ou des vidéos trompeuses, et d’usurper l’identité de personnalités ou de chefs d’entreprise pour abuser de leurs collaborateurs ou des consommateurs. Les crises de communication qui en découlent risquent de se multiplier dans les mois et les années qui viennent.
Le BrandNewsBlog : Deuxième tendance, vous m’avez parlé de la montée en puissance des communautés privées. Jonathan, pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet, et qu’est-ce que cela change en termes de comportements de la part des usagers / consommateurs ?
Jonathan Chan : La montée en puissance des communautés privées, c’est en effet un phénomène qui peut également s’expliquer du fait de la saturation et de la dégradation du feed. Cette vitrine proposée par les réseaux sociaux étant de plus en plus polluée par de la publicité, par des contenus à faible qualité ou promotionnels, voire des fake news, de plus en plus d’internautes se tournent vers des communautés privées comme Whatsapp ou Reddit, dans lesquelles ils retrouvent une spontanéité des échanges et la primauté du lien humain. De plus en plus de messages et de conversations s’y déroulent, se détournant ainsi des réseaux sociaux traditionnels.
Au niveau professionnel, on observe aussi l’importance des forums et autres réseaux sociaux internes, via lesquels les collaborateurs ont de plus en plus tendance à échanger.
Ce que cela change ou peut changer pour les professionnels et les community managers, si cette tendance se confirme et que leur entreprise décide de s’y intéresser, c’est qu’il y aura là un canal supplémentaire à appréhender et à intégrer et qu’il sera par définition beaucoup plus difficile d’y tracer les conversations et les échanges. Pour s’insérer dans de telles conversations, il faudra aussi être en mesure de produire des contenus hyper adaptés, qualitatifs, répondant aux codes de ces plateformes, et accepter de donner la priorité à l’échange direct avec les utilisateurs/internautes de ces communautés. Cela demandera d’y consacrer du temps et des ressources, et sans doute de faire des arbitrages au sein des directions de la communication, car les équipes digitales sont déjà sur-sollicitées dans le contexte de dispersion des médias sociaux.
Le BrandNewsBlog : Troisième tendance, en termes de contenus, vous avez observé tous les deux une ‘content fatigue’ de la part des socionautes et un retour en grâce des formats longs. Comment cela se traduit-il ? Est-ce un simple rééquilibrage avec les formats courts archi-dominants ou bien un vrai changement de paradigme ?
Jonathan Chan : Oui, pour illustrer cette content fatigue chez les internautes, on peut prendre l’exemple de TikTok. Pour qu’une vidéo fonctionne et que l’utilisateur scrolle et consomme vos contenus, il y a un certain nombre de règles à respecter en termes de ton, de durée et de format, comme l’utilisation du hook, c’est-à-dire l’accroche qui en quelques plans, en début de vidéo, va déterminer si vous retenez ou non l’attention de votre audience et si celle-ci va la regarder jusqu’au bout. Cette course à l’attention et à la rétention, observable également sur les autres plateformes, et dont l’enjeu consiste à libérer de la dopamine dans le cerveau de l’utilisateur, s’accompagne à la longue d’une fatigue cognitive et émotionnelle et d’une lassitude liée à la répétition des mêmes formats et recettes.
Pour se démarquer, de plus en plus de créateurs de contenus ont choisi d’aller vers des formats longs, plus originaux et créatifs, avec une vraie stratégie de storytelling. C’est ainsi que les vidéos de moyenne et longue durée, les formats blog ou newsletters reviennent en grâce sur certaines plateformes, tandis que les podcasts continuent de recueillir un beau succès.
Mais il serait inexact à ce stade de parler d’un véritable « changement de paradigme », car les formats courts continuent tout de même de prédominer en vidéo sur de nombreuses plateformes, dont les algorithmes continuent en général de favoriser les contenus les plus courts et percutants.
A ce propos, j’ajouterai que les formats longs sont d’autant plus vertueux qu’ils permettent d’alimenter le court sur les réseaux, car ils peuvent être découpés pour produire de petites « pastilles », faciles à utiliser sur les différents réseaux. Plutôt que d’une concurrence entre formats longs et courts, il s’agirait de parler davantage de complémentarité et d’un travail de fond toujours à mener par les entreprises et les créateurs de contenus pour toucher les bonnes cibles avec le meilleur contenu, sur la plateforme qui s’y prête le plus. Car fondamentalement, chaque plateforme conserve sa spécificité : si on veut du court et se divertir, on va aller sur TikTok. Si on souhaite parler de politique et polémiquer, ou bien suivre des événements sportifs, on ira davantage sur X. Et si on est un professionnel, LinkedIn reste la plateforme de référence bien sûr, pour ne citer que ces trois réseaux.
Nicolas Vanderbiest : J’abonde dans le sens de Jonathan sur ce sujet : l’alternance de formats longs et courts et surtout la possibilité de couper des formats longs et de les séquencer, pour alimenter les différentes plateformes, me paraît une stratégie particulièrement pertinente. Cela permet de respecter l’ADN de chaque plateforme et d’y mettre en ligne les formats de contenu les plus adaptés, en produisant des contenus de taille moyenne, courts ou longs selon les cas. Je suis toujours éberlué quand des entreprises ou des instituts sortent une très grosse étude, et ne l’exploitent qu’une seule et unique fois dans un format long, en mettant juste un fichier PDF en ligne, alors qu’il y aurait tant de déclinaisons possibles et de sous-contenus à valoriser en plusieurs étapes. C’est tout l’intérêt d’une bonne stratégie de diffusion des contenus et du séquençage. Beaucoup d’entreprises vont dire qu’elles n’ont pas le temps de faire ce séquençage, mais c’est un gâchis au regard des coûts de production et de réalisation d’un contenu aussi riche.
Le BrandNewsBlog : Quatrième tendance, vous m’avez parlé d’algorithmes de plus en plus pilotés par l’intelligence artificielle. Qu’en est-il Nicolas et Jonathan et quelles conséquences ?
Jonathan Chan : Oui, en effet, Nicolas a déjà parlé tout à l’heure des nouvelles générations d’algorithme « intelligents » sur les réseaux sociaux. Les deux qui ont le plus avancé sur ces sujets, c’est X, notamment avec son IA Grok, qui analyse les sujets de chaque tweet pour les pousser vers la bonne audience, et LinkedIn avec son algorithme 360 Blue qui a été lancé en juin 2025. Dans les deux cas, on peut effectivement dire que ces nouveaux algorithmes tâtonnent encore, et certains utilisateurs ont vraiment eu l’impression d’y perdre en intérêt et en lisibilité, notamment sur LinkedIn, car l’orientation des bons contenus vers les bonnes personnes reste assez aléatoire et perfectible. Pour s’adapter à cette nouvelle donne algorithmique, on pourrait se dire qu’il faut désormais adapter ses contenus et publications aux attentes de l’IA qui va les analyser, mais les critères d’analyse et de catégorisation des contenus par l’IA demeurent en partie opaques. Et il ne faut pas oublier que ces IA sont en apprentissage perpétuel, donc les critères de catégorisation et de priorisation de certains contenus par rapport à d’autres risquent encore d’évoluer dans les mois qui viennent… si les plateformes ne décident pas de faire marche arrière, ce qui est toujours possible. Concernant LinkedIn, le nouvel algorithme a beaucoup restreint la visibilité des relations de second rang de chaque utilisateur, pour se focaliser sur le premier cercle relationnel dont les contenus sont davantage poussés et plus visibles dans le feed. Cet « écrêmage » a désarçonné pas mal d’utilisateurs, qui ont l’impression que leur horizon s’est nettement restreint ou qu’ils ne voient plus leurs concurrents et les personnes qu’ils voulaient suivre.
Le BrandNewsBlog : Cinquième tendance, une importance accrue des commentaires, qui deviennent des micro-espaces éditoriaux à part entière. Cette tendance est-elle observable sur toutes les plateformes ?
Jonathan Chan : Oui, le commentaire est devenu une sorte de feed alternatif, en parallèle des publications et des posts auxquels ils se rattachent. Cela vient notamment du fait qu’un certain nombre d’utilisateurs, qui avaient de plus en plus de mal à performer avec leurs propres contenus, se sont dit qu’ils pourraient continuer à avoir de la visibilité en commentant les posts d’autres professionnels reconnus de leur secteur ou bien d’influenceurs. Depuis peu, LinkedIn, a ainsi développé de nouveaux indicateurs performatifs sur les commentaires. A chaque fois qu’on commente, on peut voir le nombre d’impressions que ce commentaire a suscité. Et plus votre commentaire récolte de likes, plus il va être mis en avant par l’algorithme et fera d’impressions.
Si quelqu’un veut émerger sur LinkedIn, et sur d’autres plateformes, il y a donc une nouvelle possibilité de le faire via la formulation de commentaires pertinents, qui deviennent comme de nouveaux posts rattachés au post initial.
Sans avoir une énorme visibilité ni un gros compte, il devient ainsi possible d’émerger à moindre frais pourrait-on dire. Cela permet de se faire remarquer, d’émettre un avis intéressant et de débattre, que ce soit sur LinkedIn ou sur X.
Pour les community managers ou responsables de marque qui gèrent les réseaux sociaux, la conséquence et ma recommandation sont donc de passer davantage de temps à répondre à ces commentaires, en soignant les réponses formulées.
A ce jour, j’ai observé que plus d’une marque sur deux ne prend pas le temps de le faire sur les réseaux sociaux et 70% se contentent d’un simple like, alors qu’entretenir et continuer la conversation avec les internautes pourrait s’avérer très payant.
Le BrandNewsBlog : Sixième tendance, l’explosion du social search. Les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés comme de véritables moteurs de recherche : comment cela se traduit-il ? Et quelle leçon en tirer pour les entreprises et nos lecteurs ?
Jonathan Chan : En ce qui concerne la recherche en ligne, on constate une fragmentation des usages et Google n’en a plus le monopole. Pour ce qui est de la recherche de sites ou de liens, Google reste évidemment pertinent, mais il est de plus en plus concurrencé. Pour ce qui est de la recherche transactionnelle ou de produits par exemple, il y a de plus en plus de recherches qui se font directement sur des sites de e-commerce tels qu’Amazon. L’IA révolutionne également les recherches, car de plus en plus d’internautes se fient à ChatGPT pour leur fournir des réponses fiables et les conseiller, voire les orienter vers des sites pertinents qui pourront répondre à leur attente. Enfin, les réseaux sociaux progressent également en terme de search, car il est par exemple aussi simple de trouver une bonne vidéo expliquant une recette, ou un tuto pratique sur Instagram ou YouTube, plutôt que de passer par Google ou un autre moteur de recherche.
Les différentes plateformes spécialisées, telles que YouTube pour la vidéo, Spotify et Deezer pour la musique, Instagram pour les photos ou tous les sujets loisirs / lifestyle, ou encore Pinterest, Linkedin pour les offres d’emploi, pour ne citer que ceux-là, se taillent une part de plus en plus prépondérante des recherches en ligne, par sujet d’intérêt.
Pour émerger dans ces recherches en ligne sur les réseaux sociaux, il y a nécessité pour les marques de bien travailler leurs mots-clés, d’identifier ceux qui sont réellement utilisés par les internautes, mais également de retravailler les titres et de proposer des traductions et transcriptions de leurs contenus, pour qu’ils puissent émerger plus vite et plus fortement.
Le BrandNewsBlog : Septième tendance, vous m’avez tous deux parlé de la « fin des vanity metrics ». De quoi s’agit-il et qu’entendez-vous par là ?
Jonathan Chan : Les « vanity metrics », ce sont des indicateurs auxquels une organisation ou une personne peut accorder beaucoup d’importance, mais qui en réalité ne devrait pas en avoir autant car ils ne permettent pas de comprendre vraiment sa performance ni d’orienter sa stratégie. Par exemple, le nombre d’abonnés : si un influenceur ou un compte avec 50 000 abonnés, mais dont seulement 500 sont actifs ou réels, c’est typiquement un vanity metric. Il en va de même du bouton like et d’autres indicateurs d’engagement pris isolément : sur de nombreuses plateformes, les likes ne permettent pas forcément d’évaluer l’intérêt réel d’un contenu, car beaucoup d’internautes ont tendance à liker l’auteur ou l’influenceur avant même d’avoir pris connaissance du contenu de son post ou de sa vidéo. Un post qui a fait 100 000 vues, mais que personne n’a lu en entier, ne devrait pas non plus être mis sur le même plan qu’un post qui a touché 1 000 personnes mais avec un véritable impact…
De fait, aujourd’hui, pour en finir avec les vanity metrics et mesurer l’impact réel d’une publication, il faut être en mesure de consolider et d’analyser un ensemble d’indicateurs de portée et d’engagement et de les mettre en perspective. Il peut être intéressant aussi de suivre et d’analyser un certain nombre d’indicateurs « silencieux » fournis par les plateformes : Linkedin donne par exemple à chaque internaute le nombre d’enregistrements réalisés sur ses posts, le nombre d’envois par e-mail ainsi que le nombre de captures d’écran… Ces 3 indicateurs peuvent être édifiants car directement reliés à l’utilité et à la qualité des contenus. Le 4ème indicateur silencieux fourni est le nombre de visites réalisés sur le profil de l’auteur. Les algorithmes des plateformes prennent de plus en plus en compte ces indicateurs silencieux dans leurs critères de valorisation des contenus.
Nicolas vanderbiest : Dans le domaine qui m’intéresse, à savoir le monitoring de la réputation des entreprises, nous avons aussi un vrai problème avec ces vanity metrics et les indicateurs de mesure de la performance en général. Outre le fait que les plateformes Saas dans lesquelles on va chercher ces indicateurs, plateforme par plateforme, n’ont pas évolué depuis 10 ans et qu’il nous faut des jours voire des semaines pour sortir des rapports dignes de ce nom – ce qui fait qu’ils sont déjà caduques quand on les livre à nos clients – il faut bien dire qu’on ne sait jamais trop ce que recouvrent les indicateurs de visibilité et d’engagement, dont la définition et le mode de calcul varient souvent d’une plateforme à l’autre. Il y a là un vrai travail à mener dans notre profession, qui sera de nous doter d’indicateurs fiables et partagés, qu’on puisse récupérer et calculer facilement pour les fournir aux directions de la communication et aux P-DG. Et plus globalement, je dirais qu’on a tout intérêt, à partir des objectifs stratégiques des entreprises, à définir ensemble avec nos clients les objectifs de communication (notoriété, image, autres) qu’on va poursuivre et ensuite traduire ces objectifs en Key Performance Indicators et en Key Result Indicators définis sur mesure, pour pouvoir échanger efficacement avec les dirigeants et leur démontrer qu’on a bien compris et traité leurs problématiques.
Le BrandNewsBlog : Huitième tendance, le social commerce intégré : de plus en plus d’étapes du parcours client, d’après ce que vous observez, de la découverte à l’achat, en passant par la conversion, s’effectuent directement via les plateformes ou les applications. Est-ce bien cela ? Et cette tendance est-elle appelée à se confirmer dans les années à venir ?
Jonathan Chan : Oui, mon pari pour 2026 et 2027, c’est que le social commerce se développe enfin en Europe et en France, dans son acception complète sur l’ensemble de la chaîne de valeur du tunnel marketing, depuis la découverte et le côté inspirationnel jusqu’à l’engagement et la conversion, en passant par le social search.
Pour différentes raisons, culturelles notamment, les Européens sont en retard dans ce domaine du social commerce par rapport à la Chine et aux Etats-Unis notamment. Cela tient à certains aspects de la législation européenne mais aussi et surtout à une plus forte réticence culturelle des européens vis-à-vis de l’achat sur les réseaux sociaux. Les chiffres de la FEVAD montrent néanmoins un véritable frémissement des ventes via les réseaux sociaux ces derniers mois, qui devrait se confirmer à l’avenir.
Alors que les réseaux sociaux étaient surtout puissants jusqu’à présent dans leur capacité à inspirer les consommateurs, ils permettent maintenant d’y associer des contenus liés, de faire des recherches de produits et de les comparer via le social search, et de convertir les socionautes en acheteurs en ligne. Les plateformes telles que TikTok avec TikTok Shop, Instagram avec Instagram Shopping, ou bien encore Pinterest ont vu augmenter fortement leur taux de conversion des ventes. A cet égard, on peut aussi penser que le live shopping, qui est une espèce de télé-achat en temps réel sur les plateformes, et qui fait un carton en Chine, devrait lui aussi se développer un Europe et en France. Un certain nombre de jeunes Français le pratiquent déjà pour des achats de lots de vêtements sous forme d’enchères sur Twitch par exemple, mais ce style de social commerce devrait aussi prendre de l’ampleur sur les autres plateformes et auprès de toutes les catégories de population.
Le BrandNewsBlog : Neuvième tendance : la montée des formats interactifs et la vidéo qui devient de plus en plus un format vitrine… : pouvez-vous nous résumer ces tendances Jonathan ?
Jonathan Chan : Les formats interactifs, sous forme de jeu, de sondages ou de prises de parole ne cessent de prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Les plus jeunes générations y sont particulièrement sensibles et sont en forte attente à ce niveau. De même, bien que la vidéo ne soit pas nouvelle, on voit que c’est le format qui est à la fois le plus immersif, le plus engageant et le plus consommé par le grand public, aussi bien par les internautes que par les collaborateurs en entreprise, en communication interne notamment.
A cet égard, les typologies de vidéos, mais également les compétences attendues de la part des vidéastes, se sophistiquent sensiblement. Il est de plus en plus important, en communication et en marketing, de savoir gérer les différents formats vidéos, à destination des différentes plateformes et des différents publics, raison pour laquelle j’inciterais vraiment chaque communicant et marketeur à se former sérieusement sur le sujet, car cela sera une compétence déterminante dans les années à venir.
Le BrandNewsBlog : Dixième tendance, le bouleversement du panorama de l’nfluence pour les grandes entreprise et les ONG. Nicolas, nous avons évoqué ensemble une fragmentation croissante de l’écosystème, le développement de l’influence de véritables experts, mais aussi l’émergence de l’IA comme Key Opinion Leader… Pourriez-vous nous résumer ce qui change à ce niveau ? Et par rapport à ces grands bouleversements de l’agora sociale, quelle stratégie adopter pour les entreprises et les ONG ?
Nicolas vanderbiest : Les changements ne sont pas véritablement neufs. En réalité, on est passé d’une structure des organisations orientée sur les besoins des shareholders au début des entreprises — si les actionnaires vont bien, tout va bien — à la logique des stakeholders (parties prenantes) dans les années 80 et aux courants qui ont structuré nos métiers de communication et d’affaires publiques.
Nous sommes maintenant dans une troisième phase où il existe des acteurs que l’on pourrait qualifier d’« interest-holders » : ils peuvent n’avoir aucune prise sur l’organisation et n’avoir absolument rien à voir avec elle. Par exemple, un végétarien qui voudrait attaquer une marque de viande, non pas parce qu’il est client ou concurrent, mais pour profiter de sa visibilité. C’est très compliqué, car cela signifie que l’organisation visée n’a aucun moyen de satisfaire la demande qui lui est faite. Pire, si elle satisfait la demande, à l’instant même où elle le fait, la personne s’en désintéresse et passe à une autre cible.
C’est un bouleversement commencé vers 2012/2013, mais qui s’opère aussi dans l’autre sens. L’organisation comprend que, globalement, la communication interne traditionnelle a fait son temps : elle ne permet de capter qu’un premier cercle (employés, fidèles, commerciaux) et ne suffit plus.
Il faut désormais rechercher un mix entre audience et légitimité auprès de tiers prescripteurs, tels que des employés via des programmes d’ambassadeurs, des partenariats ou des influenceurs. Et ces personnes ou organisations sont également choisies par intérêt. C’est-à-dire qu’elles ne sont choisies que dans un temps temporaire, elles ne sont pas des parties prenantes en tant que telles. Elles viennent servir les intérêts de l’organisation dans un laps de temps très court jusqu’à ce que l’objectif de l’organisation soit atteint.
Cette nouvelle logique d’influence s’opère dans un environnement médiatique morcelé :
- D’une par les médias classiques qui touchent les 50–80 ans
- Une strate intermédiaire (20–50 ans) qui pratique le « cherry picking », regarde à la fois des médias établis et consomme YouTube, TikTok, Instagram, etc.
- Enfin, une jeune génération qui choisit ses propres centres d’intérêt. C’est un point crucial pour les organisations.
Il faut donc capter des audiences différentes qui sont dans des endroits complètement épars et multiples, parce qu’on peut parler des forums également, comme Reddit qui prend de l’importance. Et pour autant, il faut les rassembler autour d’une organisation. Or la prise de parole corporate est, par nature, ennuyeuse. C’est le défi des organisations aujourd’hui : comment avoir une prise de parole corporate à la fois impactante d’un point de vue business, non ennuyeuse et qui touche la cible.
Le BrandNewsBlog : Pour conclure, Jonathan et Nicolas, quel serait votre conseil / recommandation pour 2026 pour nos lecteurs ? À quoi devraient-ils faire attention, être particulièrement vigilants ? Quelles sont, selon vous, les opportunités ou tournants à ne pas manquer ?
Jonathan Chan : En conclusion de ces différentes tendances que je viens d’évoquer, ce qui me semble important à l’heure actuelle, c’est certes d’utiliser les bons outils et de se savoir « hacker » les tendances pour surfer sur les plateformes, formats et contenus qui fonctionnent, si on veut adopter une approche « opportuniste », mais plus profondément, c’est surtout de travailler à développer sa singularité et son positionnement éditorial.
Qu’on utilise ou non l’IA générative ou d’autres outils pour trouver des idées ou produire des contenus, la bonne approche pour réussir sur les plateformes et réseaux sociaux, cela reste mon sens de bien se connaître en faisant la liste de ses points forts et points faibles, d’identifier les sujets sur lesquels on est légitime et on a envie et les moyens de parler, de définir ensuite des objectifs et KPI associés. Il ne faut pas hésiter, en amont, à aller voir ce que produit la concurrence, de quoi elle parle et quels sont les sujets et formats qui fonctionnent et à en dresser une cartographie. Sans oublier de rapprocher cela des attentes de ses audiences et publics cibles.
Au terme de cette analyse (Soi / Les attentes de ses cibles / Ce que fait la concurrence / Les formats qui fonctionnent), on peut alors poser une véritable stratégie éditoriale, qui devra idéalement alterner formats experts – longs et formats plus impactants – courts, et être suffisamment pérenne pour avoir le temps de mesurer son efficacité, avant de corriger certains paramètres si cela est nécessaire. A l’heure de l’IA et de la fragmentation des usages, une bonne stratégie sociale ne peut fonctionner à mon avis qu’en mode « test & learn ».
Nicolas vanderbiest : Je vois quant à moi trois recommandations importantes au regard de ces tendances et de l’évolution de nos métiers :
- Bien appréhender ses audiences. Je pense que c’est relativement clé. C’est pour savoir aujourd’hui, quand on a une prise de parole corporate et organique, si elle touche son audience ou pas, afin d’au moins ne pas naviguer à vue. Ça me semble essentiel aujourd’hui étant donné tous les endroits où il faut communiquer, l’accélération du temps, et l’accélération de la production par tout le monde.
- Refondre les process. Ça, ça me semble le plus important au sein des organisations. Les entreprises, aujourd’hui, sont organisées à l’ancienne. Il y a encore de grandes entreprises du CAC 40 qui sont organisées avec un département presse, un département social media (les internets), un département RSE, et un département marketing. Je pense que tout ça n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Et au contraire, il faut une réattribution des rôles dans des process relativement nouveaux. Process dans lesquels l’automatisation et l’intelligence artificielle viennent se greffer.
- Reconnecter nos métiers aux organisations. Nous faisons peut‑être l’un des plus beaux métiers au monde. En tout cas, moi, je pense que c’est un des plus beaux métiers au monde : la communication ou les affaires publiques, pour ma part. Il n’y a aucun jour qui ressemble à un autre. Et nous traitons de l’imprévu tous les jours. Et pour autant, on est encore aujourd’hui un peu considérés comme les « clodos » de la communication, les « clodos » des rendez‑vous, ou les « clodos » des internets… Et je pense que c’est essentiellement de notre faute, parce qu’on s’est enfermés dans des indicateurs complètement abscons qui ne parlent qu’à nous, et dans lesquels il faut un traducteur. Il est urgent de reconnecter nos métiers aux enjeux business. Parce que s’il y a des enjeux financiers, de produits, d’innovation, de R&D et autres, il y a aussi d’énormes enjeux sociétaux pour faire en sorte qu’une organisation fasse partie intégrante de ce monde, prenne les bonnes décisions et puisse accompagner tout cela. Et tout cela a de la valeur.
Légendes et commentaires :
(1) Le feed : c’est le fil d’actu sur les différentes plateformes social media.
(2) La content fatigue : c’est le phénomène de lassitude et de désengagement ressenti par les internautes après une consommation excessive de contenus en ligne.
C’est un petit livre fort utile, dont je ne peux que recommander la lecture
Je n’aurais pu rêver meilleure manière de reprendre le fil de ce blog, dédié aux marques, au branding et à la communication

S’il est permis d’adresser ses voeux jusqu’au 31 janvier au soir, 
