25 (autres) bonnes résolutions de rentrée pour les marketeurs.euses et pour les communicant.e.s

La semaine dernière, je partageais avec vous les 30 bonnes résolutions et recommandations formulées par les 5 premières personnalités que j’avais interviewées dans le cadre des 5 ans du BrandNewsBlog (voir ici cet article).

En guise de rattrapage, pour celles et ceux qui n’auraient pas encore découvert les contributions de mes invités de cette deuxième semaine, en voici pour mémoire les interviews :

Comme mes « invités de marque » de la semaine passée, chacun.e a bien voulu partager avec nous la liste de ses « 5 bonnes recommandations de rentrée », après avoir répondu aux questions que je lui avais posées. J’ai repris ci-dessous le résultat de ces suggestions qui, à n’en pas douter, viendront alimenter vos listes de lecture, votre réflexion et/ou vos agendas :-)

Et pour terminer ce cycle éditorial « spécial anniversaire », je tenais à remercier encore chacun.e de ces professionnel.le.s pour le temps qu’ils.elles ont bien voulu me consacrer ainsi que pour leurs propos si bienveillants sur le #BrandNewsBlog !

Merci également à vous, passionné.e.s de marketing, de branding et de communication, qui m’avez donné la force et l’envie de poursuivre l’animation de ce blog durant les 5 dernières années, par vos commentaires toujours constructifs et pertinents. Bonne rentrée de septembre à toutes et tous et à très vite !

La rentrée dans le viseur de… Laurent Buanec, directeur général adjoint de Twitter France

Pour achever en beauté ma série d’interviews de rentrée spéciale « 5 ans du BrandNewsBlog », j’ai choisi d’interroger Laurent Buanec, directeur général adjoint de Twitter France. 

Inconditionnel de la plateforme au petit oiseau bleu, j’avais très envie d’en savoir plus sur l’actualité de rentrée de mon réseau social favori et de ses dirigeants, dont le moral est au beau fixe après 7 trimestres consécutif d’augmentation du nombre d’utilisateurs quotidien de Twitter et un redressement spectaculaire de sa rentabilité et de ses résultats financiers depuis 2 ans.

Hyper actif dans la lutte contre les fake news et autres faux comptes et bots présents sur son réseau, Twitter a manifestement réussi la mue de son modèle en capitalisant sur ses point forts et en multipliant les innovations pour améliorer encore l’expérience de ses utilisateurs et son attrait pour les entreprises, comme en témoignent les nombreuses initiatives et les programmes lancés localement par Twitter France.

Une santé retrouvée et de nombreuses best practices dont Laurent Buanec a bien voulu m’entretenir, en ponctuant son propos de nombreux exemples de marques et de campagnes réussies, dont il nous livre en quelques sortes les clés. Et je tenais à le remercier pour sa confiance et la qualité des informations et éclairages qu’il a bien voulu m’apporter, ainsi que pour ses 5 recos (très inspirées) de rentrée, que je vous invite à découvrir sans plus tarder…

Le BrandNewsBlog : Dans l’actualité de cet été justement, quelles sont les informations ou les évènements qui vous ont le plus marqué ? J’imagine que vous avez suivi la victoire de l’Equipe de France de football en Coupe du monde : celle-ci a-t-elle généré un nombre de tweets record ? Et quel a été globalement l’impact de cette Coupe du monde sur votre plateforme ?

Laurent Buanec : Fan de football et fervent supporter de l’équipe de France, c’est évidemment la victoire des Bleus qui aura marqué mon été d’un point de vue actualités. Les célébrations des victoires chez les amis, avec mes fils, sont rangées dans la case « souvenirs impérissables ».

Ces grands évènements populaires sont toujours énormément commentés sur Twitter. Sans surprise, en dehors du terrain, Twitter est l’autre grand gagnant de cette compétition avec 115 milliards d’impressions de Tweets générés. Mais au-delà des volumes, je retiendrai la qualité et la diversité des contenus générés pendant cette période. Des Tweets des joueurs comme Benjamin Mendy permettant de vivre l’Histoire depuis l’intérieur, aux nombreuses réactions de fans… les utilisateurs de Twitter ont du talent ! Ils garantissent une expérience augmentée. De @Philousport en passant par @GuillaumeTC, ils enrichissent l’expérience de l’évènement via leurs Tweets. Et au final, Twitter c’est un peu le plus grand stade du monde :)

Dans un autre registre, le constat alarmant du dérèglement climatique fut l’autre sujet marquant. Twitter est une fenêtre sur le monde. Nous souffrons de la canicule en France, les gens s’en font échos sur Twitter, tandis que les scientifiques apportent leur expertise sur le sujet. Et puis on découvre également que la canicule tue au Japon, que des incendies d’une violence sans précédent ravagent la Grèce, la Californie et la Scandinavie. Que le thermomètre affiche plus de 30°C dans le cercle arctique et qu’on nous annonce qu’il faut s’attendre à des 55°C dans l’Est de la France d’ici 2050. Twitter permet aussi cette vue d’ensemble, parfois nécessaire aux prises de conscience.

Le BrandNewsBlog : A travers votre initiative #CEOsQuiTweetentTwitter France est à l’origine d’une démarche très intéressante à l’intention des grands patrons d’entreprises, que vous invitez à venir découvrir et à s’initier à Twitter dans le cadre d’un cercle dédié. Pouvez-vous nous parler de cette démarche et en quoi l’acculturation des dirigeants au digital et leur prise de parole sur les réseaux sociaux vous paraît importante aujourd’hui ? Quelles sont les activités de ce cercle et quels en sont les sujets de discussion ?

Laurent Buanec : Tout d’abord, je tiens à couper court à toute mauvaise interprétation, le projet #CEOsQuiTweetent n’est pas un cercle secret ou une sorte de club privé ! Il s’agit de réunir des dirigeants actifs sur la plateforme dans le cadre de discussions autour d’un dîner. L’occasion pour eux d’échanger sur leur pratique de Twitter et au-delà sur des sujets communs, mais également pour nous de les écouter.

Leur présence sur les réseaux et en particulier sur Twitter leur apparaît de plus en plus comme une évidence. Twitter est live, public, conversationnel et distribué. Cela colle parfaitement aux enjeux actuels de transparence, d’accessibilité et d’incarnation des sociétés. Et il n’existe aucun autre moyen plus rapide et direct de diffuser massivement une information dont ils maîtrisent le message.

La prise de parole d’un dirigeant a un impact que nous constatons très régulièrement : la portée de ses Tweets va souvent au-delà de celle du compte de sa marque car ils sont plus volontairement partagés par les médias. Nous sommes à un tournant où de grandes entreprises développent de plus en plus de (véritables) stratégies RSE, et intègrent désormais une démarche sociétale au sein de leur mission. Cet engagement doit être porté au plus haut par les dirigeants. Pour vous en rendre compte, je vous invite à suivre Emmanuel Faber (Danone).

Par ailleurs, les écosystèmes des dirigeants sont présents sur Twitter : clients, actionnaires, journalistes, collaborateurs…

Enfin, toutes les études le montrent maintenant depuis quelques temps, c’est une attente de la part des consommateurs : selon une enquête du Financial Times, 77% des clients achèteraient plus de produits de leur marque favorite si le/la CEO était actif sur Twitter.

Le BrandNewsBlog : Dans les colonnes de ce blog, j’avais évoqué il y a quelques temps le Twitter Award décerné à la Société Générale, pour la qualité de son service de relation client, que le groupe bancaire a révolutionné grâce à votre plateforme. D’autres entreprises françaises se montrent-elles exemplaires dans leur usage de Twitter et si oui, lesquelles et pourquoi ? Seraient-elle susceptibles de gagner à leur tour un Twitter Award ? 

Laurent Buanec : Bien sûr. Tout d’abord, il faut souligner que la Société Générale poursuit ses efforts de façon remarquable. D’autres grands groupes comme la SNCF ont également engagé de grandes initiatives sur le sujet de la relation client sur Twitter. On peut citer le programme #AlloSimone qui vise à remonter du feedback en temps réel sur leurs services afin de les améliorer.

Par ailleurs, le 28 juin dernier a eu lieu dans nos locaux la première cérémonie des #BestOfTweets, récompensant les initiatives les plus marquantes de l’année écoulée. Un véritable succès ! Nous avons enregistré pas moins de 144 inscriptions dans 6 catégories.

Pour désigner les gagnants, nous avons réuni un jury prestigieux composé de 9 professionnels du marketing et de la communication :

  • Sarah Armitage – Directrice Média International Groupe ‎@LVMH
  • Garance Bailly – Journaliste ‎@Strategies
  • Nicolas Bordas – Vice-Président ‎@TBWAWorldwide
  • Emilie Poirrier – Directrice Communication & Marketing Reporters Sans Frontières ‎@RSF_fr
  • Valérie Candeiller – Directrice de la Publicité ‎@Renault_fr
  •  Alexandra Chabanne – CEO ‎@MediaComFR & COO ‎@GroupMFrance
  • Caroline Guillaumin – Directrice Communication & Ressources Humaines ‎@SocieteGenerale
  • Béatrice Mandine – Directrice Communication & Marque ‎@Orange
  • Sandrine Plasseraud – Fondatrice & CEO ‎@wearesocialfr

@XboxFr a remporté le prix dans la catégorie #Live pour le lancement de sa X Box One. Mc Donald’s s’est démarqué dans la catégorie #Client avec sa campagne #FritesPotatoes. Dans la catégorie #Impact, c’est @WeAreTennis (BNP Paribas) qui l’a emporté. Le Prix #Innovation a été décerné à la campagne #AudienceAuRoi de @CanalPlus. La campagne #LesBonsLégumes d’@Intermarché est sortie grande gagnante de la catégorie #Engagement. Enfin, c’est la campagne #ShareTheLove de @asoAIDES qui a remporté le Prix #Good. Et pendant la soirée, le public a également voté et remis un Prix à la campagne #TeamTisane de Elephant.

A noter car cela me paraît important : tout comme le programme #CEOsQuiTweetent, le Prix #BestOfTweets est une initiative 100% française. Preuve de l’esprit d’entreprise et d’innovation qui anime notre bureau français !

Le BrandNewsBlog : D’autres innovations et services récents déployés par Twitter, notamment en termes de vidéo et de valorisation des contenus premium peuvent réellement être mis à profit par les entreprises. Pouvez-vous nous parler de ces services et nous donner quelques exemples de mise en oeuvre réussie par des entreprises françaises ou internationales ? L’utilisation de ces services est-elle l’apanage des plus grands groupes, ou bien des TPE et PME peuvent-elles également les maîtriser et les intégrer pour se démarquer ? 

Laurent Buanec : Il est loin le temps où le contenu sur Twitter se résumait au seul texte. Le nombre de vidéos vues a doublé en l’espace d’un an, et 50% de nos revenus mondiaux proviennent maintenant de la vidéo (résultats financiers Q2 2018), faisant de Twitter une véritable plateforme pour la consommation (et la production) de contenus vidéo.

Quand on y ajoute ce qui fait sa spécificité, notamment le côté temps réel avec le live ou encore les couches conversationnelles et publiques, l’impact est instantané. Les marques l’ont bien compris et ont déployé avec un succès inégalé nos solutions notamment dans le cadre de lancements de produits. C’est le cas de Samsung à l’échelle globale par exemple.

Du côté des marques françaises, l’utilisation de nos formats Live Event video par Louis Vuitton dans le cadre de ses défilés est un très bon exemple. Ou encore la retransmission du Hellfest par World of Warcraft de Blizzard.

Pour les annonceurs qui ne sont pas en capacité de produire ce type de contenus ad-hoc, nous mettons à disposition la possibilité de s’associer à des contenus vidéos de qualité, produits par des éditeurs ou des ayants-droits. En France, nous avons noué par exemple des liens forts avec Canal+ lors du Festival de Cannes ou France Télévisions lors de Roland Garros.

Le BrandNewsBlog : Comme le soulignait il y a quelques temps Romain Boyer (de Twitter France), sur ce blog (voir ici l’article), Twitter est par excellente le média du « live » et de ce qui se passe dans le monde à tout moment : « des nouvelles brûlantes au divertissement en passant par le sport et la politique. Si cela se passe quelque part, c’est sur Twitter que cela se passe en premier et tout le monde peut accéder directement et facilement à cette information ». A cet égard, vous avez naturellement vocation à accompagner les entreprises et les marques qui veulent intégrer la dimension du direct, de la transparence et de l’authenticité. Quelles solutions et conseils leur donneriez-vous pour améliorer encore leur performance et leur pertinence dans ces domaines ?

Laurent Buanec : La maturité de nos partenaires aussi bien côté clients qu’agences s’est considérablement développée. En appréhendant de façon plus précise ce qui fait la singularité de Twitter, les collaborations sont d’autant plus performantes.

Nos études le démontrent : contrairement à d’autres services où l’individu se rend pour se mettre en scène, les utilisateurs viennent sur Twitter dans un état d’esprit de découverte. Cela offre tout un tas de possibilités d’expression pour un annonceur. D’autant que les utilisateurs Twitter sont globalement plus influents que la moyenne et plus réceptifs aux messages des marques. Mon conseil serait donc de s’intéresser en priorité aux audiences : mieux les comprendre pour mieux engager avec elles et mieux les servir. Et ça tombe bien, avec près de 500 millions de Tweets par jour dans le monde, Twitter est aussi le plus grand focus group accessible par tous !

Le BrandNewsBlog : Parmi les opérations les plus récentes réalisées par des entreprises ou des marques sur votre plateforme, pourriez-vous citer celles qui vous ont marqué et qui sont susceptibles d’inspirer d’autres entreprises et nos lecteurs ? En quoi sont-elles remarquables à votre sens et utilisent-elles parfaitement les fonctionnalités offertes par Twitter ?

Laurent Buanec : Comme je viens de l’évoquer, les gagnants des #BestOfTweets reflètent bien la diversité des possibilités offertes par la plateforme et sa capacité à pouvoir répondre à différents enjeux. Ils démontrent également le formidable terrain de jeu créatif offert par Twitter.

Presque chaque jour, de nouvelles initiatives marquantes émergent : difficile de toutes les citer… Mais la nouvelle campagne Nike célébrant les 30 ans de #JustDoIt me semble un cas d’école, à plusieurs titres.

Il y a tout d’abord le choix d’incarner cette campagne avec l’athlète controversé Colin Kaepernick, symbole de la contestation aux USA. La marque prend position dans le débat public avec légitimité. L’athlète Tweete en premier. Des volumes considérables de réactions s’ensuivent. En 24 heures, on estime ainsi à 43 millions de $ d’équivalent média la valeur générée par ces discussions. Ces conversations servent de terreau fertile pour la suite. 48 heures après le premier Tweet de l’athlète, le compte de la marque révèle son spot dans ce Tweet. Les chiffres s’emballent et on dénombre plus de 20 millions de vues sur cette seule vidéo en moins de 24 heures… L’orchestration est parfaite !

Pour d’autres exemples, je vous invite à suivre notre compte Twitter Marketing FR, nous y publions régulièrement des best cases.

Le BrandNewsBlog : Après des périodes plus difficiles, Twitter a annoncé au premier semestre 2018 des résultats en sensible augmentation par rapport à 2017 (+ 24%) ainsi qu’une nette reprise des investissements publicitaires avec un retour significatif de nombreux annonceurs sur votre plateforme. Comment expliquez-vous ces bons résultats et ce retour à la rentabilité, 3 trimestres d’affilée ? Cela est-il le fruit des changements réussis que vous avez apportés ces deux dernières années à votre plateforme (passage aux 280 caractères, etc) ?

Laurent Buanec : En effet, comme l’ont souligné de nombreux spécialistes et observateurs, Twitter a réussi un spectaculaire retour à la croissance. Au delà de la rentabilité, il y a également tout un tas d’autres indicateurs qui démontrent que cette réussite s’inscrit dans une tendance de fond : ainsi, cela fait 7 trimestres d’affilée que nous enregistrons une croissance à 2 chiffres de nos DAU (Utilisateurs Actifs Quoditiens).

Et ce n’est pas le fruit du hasard, mais bien comme vous le relevez très justement les conséquences d’un ensemble de décisions prises ces deux dernières années, tant sur le produit que sur notre organisation ou notre positionnement par exemple.

Côté produit, il y a eu des changements notables, comme le passage aux 280 caractères, qui se sont avérés des choix gagnants. Des optimisations moins visibles mais tout aussi importantes ont également contribué de façon positive à nos résultats. Nous sommes en permanence en train de tester et analyser afin d’optimiser l’expérience utilisateur ou notre efficacité publicitaire.

 

Notes et légendes :

(1) D’abord chargé de l’équipe Brand strategy France puis EMEA au sein de Twitter pendant 4 ans, Laurent Buanec a été promu en avril 2018 Directeur Général Adjoint de Twitter France, en charge des partenariats stratégiques. A ce poste et en étroite collaboration avec Damien Viel, le directeur général de Twitter France, Laurent Buanec a pour principales missions d’accélérer le développement du bureau français comme hub international pour l’accompagnement des grandes marques françaises dans leur communication globale ; de déployer des relations étroites avec les principaux partenaires de l’écosystème publicitaire français et d’accompagner la demande des entreprises sur le développement de leur communication corporate (CEO, marque employeur, RSE…) et leur stratégie de marque.

Crédits photos et illustrations : Twitter France, The BrandNewsBlog 2018, X, DR.

La rentrée dans le viseur de… Gaspard Gantzer, co-fondateur de l’agence 2017 et ex conseiller communication de François Hollande

Conseiller chargé des relations avec la presse et Chef du pôle communication à la Présidence de la République durant la majeure partie du quinquennat de François Hollande, Gaspard Gantzer peut se targuer de savoir ce que c’est que de travailler sous la pression et de communiquer « en mode crise » quasi-permanent…

Dans l’ouvrage passionnant qu’il a d’ailleurs consacré à cette expérience de 3 ans passée à l’Elysée (« La politique est un sport de combat »¹), le brillant énarque revient d’ailleurs avec talent sur la difficulté de communiquer le sens de l’action présidentielle, quand des vents contraires soufflent en permanence et que les crises succèdent aux crises.

De ces années à la fois exaltantes et éprouvantes et de ses expériences précédentes auprès de Bertrand Delanoë ou Laurent Fabius², Gaspard Gantzer a retenu d’importantes leçons : d’abord, l’humilité consubstantielle à la fonction et à la mission communication. Car si les communicants peuvent être des acteurs, ils demeurent évidemment des seconds rôles au service des acteurs principaux et de l’histoire à laquelle ils.elles participent. Ensuite, un sens supérieur de l’action publique et du service de l’Etat et de ses concitoyens, dont il crédite sans hésiter François Hollande, un président qu’il continue d’admirer malgré ses erreurs et qui fut surtout d’après lui « l’objet de critiques d’une sévérité sans exemple de la part de la presse », harcelé par ses opposants et plus d’un fois trahi par les siens…

Malgré ces épreuves donc (mais toutes celles qui ne tuent pas rendent plus fort, paraît-il), Gaspard Gantzer reconnaît avoir gardé intacte sa passion de la politique. Et si l’agence conseil en communication et relations publiques qu’il a créée avec Roman Abreu et Denis Pingaud ne conseille aucun politicien, il vient de lancer quand à lui « Parisiennes, Parisiens », un mouvement citoyen pour réfléchir à l’avenir de la ville de Paris… rapidement interprété par plusieurs journalistes comme un acte de candidature de son fondateur à la Mairie de Paris pour les municipales 2020.

De ce mouvement, de ses ambitions et projets personnels mais aussi de l’actualité et du rôle des communicants, Gaspard Gantzer a bien voulu me parler en cette rentrée. Pour les lectrices et lecteurs du BrandNewsBlog, il a répondu avec franchise et acuité à toutes mes questions et s’est prêté de bonne grâce à mon jeu des « 5 recommandations de rentrée », dans le cadre des 5 ans du BrandNewsBlog. Qu’il en soit ici à nouveau remercié !

Le BrandNewsBlog : Bonjour Gaspard. J’imagine que vous avez pu prendre quelques jours de congés cet été. Pendant ces vacances, avez-vous pu vous offrir un véritable break (notamment digital) ou bien êtes-vous resté connecté, ne serait-ce que pour suivre l’actualité politique et économique ?

Gaspard Gantzer : J’ai pu prendre des vacances, en famille. J’ai consacré l’essentiel de mes journées à lire, faire du sport et jouer avec mes enfants. J’ai bien déconnecté, même si je suivais toujours de loin l’actualité, notamment sportive, avec les championnats d’Europe d’athlétisme et de natation.

Le BrandNewsBlog : Dans l’actualité estivale, quels sont les évènements qui vous ont le plus marqué ? En grand fan de football et du PSG, j’imagine que la victoire de l’Equipe de France en Coupe du monde et les prestations brillantes de Kylian Mbappe, mais également les rebondissements autour de l’affaire Benalla ont retenu votre attention ?

Gaspard Gantzer : L’évènement le plus important de cet été et même de cette année est bien entendu la victoire de l’équipe de France de football. Une équipe solidaire, courageuse et humble, avec quelques joueurs exceptionnels, dont le Parisien Mbappe, pour qui j’ai une admiration particulière. L’affaire Benalla fait partie des crises politiques estivales dont la France a le secret. Contrairement à la victoire des Bleus, on l’oubliera vite.

Le BrandNewsBlog : En terme de communication de crise, qu’avez-vous pensé de la gestion de l’affaire Benalla par l’exécutif ? Le Président de la République ou ses proches auraient pu faire appel à vous ou à votre agence « 2017 » pour les conseiller. L’ont-ils fait ? Et quels conseils lui avez-vous / lui auriez-vous donné ?

Gaspard Gantzer : Difficile de juger de l’extérieur, surtout que lorsque j’étais à l’Elysée, j’ai moi-même commis beaucoup d’erreurs. Mon agence, « 2017 », ne conseille pas de personnalités politiques. Nous n’aurions donc rien pu faire pour eux. Personne a l’Elysée ne m’a pas appelé. C’est logique, normal même, c’est en interne qu’il faut régler ce genre de crise.

Le BrandNewsBlog : Dans l’excellent et récent ouvrage « Communication de crise¹«  auquel vous avez apporté l’éclairage de votre expérience élyséenne, vous formulez 7 constats et recommandations, dont 3 au moins n’ont semble-t-il pas été suivis (ou trop tardivement) par l’exécutif dans la gestion de cette affaire Benalla… Le mutisme initial d’Emmanuel Macron, le contexte et le contenu de sa première prise de parole, le sentiment qui en a découlé dans l’opinion et la volonté de passer rapidement à autre chose sans que toutes les leçons aient été tirées… Tout cela est-il de bon augure pour la gestion de prochaines crises ?

Gaspard Gantzer : Ils ont visiblement sous-estimé l’ampleur de la crise et son impact médiatique. Je ne sais pas ce que j’aurai fait à leur place. En tout cas, ce dont je suis certain, c’est que le Président en tirera les conséquences et qu’il gérera la prochaine crise de façon bien différente. Il apprend vite.

Le BrandNewsBlog : Vous expliquez très bien dans cet ouvrage « Communication de crise » qu’en tant que conseiller communication du Président François Hollande, vous vous êtes efforcé d’expliquer le sens des décisions et de l’action conduite par le chef de l’Etat, mais que « dans le même temps, avec mon équipe, nous avons du faire face chaque jour à des crises qui sont venues perturber l’agenda politique, médiatique et numérique que nous avions imaginé, nous conduisant alors à ranger dans nos tiroirs les stratégies et plans de communication savamment conçus ». Est-ce cela la communication politique : une école d’humilité, car on ne peut jamais en maîtriser tous les paramètres ? Et doit-on considérer que l’action politique est devenue aujourd’hui quasiment « incommunicable » ? 

Gaspard Gantzer : Travailler à l’Elysée apprend la modestie. Les plans de communication et les stratégies médiatiques se fracassent souvent sur les crises. Rien ne se passe jamais comme prévu et c’est même le plus improbable qui finit toujours par y arriver… Il faut donc savoir s’adapter en permanence, avec autant d’abnégation que d’humilité.

Le BrandNewsBlog : Vous êtes l’auteur d’un des meilleurs livres qu’il m’ait été donné de lire sur la politique : « La politique est un sport de combat », paru en 2017. Véritable succès en librairie, cette chronique de vos années passées à l’Elysée, sur la base des notes que vous preniez quotidiennement à l’époque, est passionnante et constitue sans doute un des meilleurs récits sur le quinquennat de François Hollande. En le publiant, votre ambition était-elle de redorer l’image de celui que vous décrivez comme un « grand président », malgré les erreurs que vous lui reconnaissez ?

Gaspard Gantzer : Merci à vous pour le compliment ! J’ai tout simplement tenté de retranscrire au mieux ce qu’a été mon expérience pendant trois à l’Elysée, en reconnaissant mes erreurs et les difficultés rencontrées. J’ai aussi voulu apporter un nouveau regard sur l’action et la personnalité de François Hollande, qui a commis aussi des fautes, mais ne méritait pas le déluge de critiques dont il a fait l’objet.

Le BrandNewsBlog : Vous jetez dans cet ouvrage un regard lucide et une lumière très crue sur la polique, art difficile et ingrat, « sport de combat » où les trahisons et les coups bas se ramassent beaucoup plus souvent que les vivats. Et pourtant, après avoir quitté l’Elysée, vous avez semblé « vouloir y retourner » en obtenant une investiture LREM pour les législatives (avant de renoncer). Puis vous avez lancé au mois de juin de cette année un mouvement baptisé « Parisiennes, Parisiens », une initiative qui sonne aux oreilles des médias comme un acte de candidature à la Mairie de Paris pour les municipales 2020. Qu’en est-il exactement et quelle est l’ambition de cette association ?

Gaspard Gantzer : Quand Emmanuel Macron m’a proposé d’être candidat aux législatives à Rennes, j’ai été tenté. C’était une erreur. Je le regrette. Ce n’est ni le bon moment, ni le bon endroit, ni le bon cadre pour moi.

Il fallait que je reprenne ma liberté, que je me lance dans de nouvelles aventures. C’est pour ça que j’ai créé l’agence 2017, avec Roman Abreu, Nathalie Lannetta et Denis Pingaud. Cependant, la passion de la politique ne m’a pas quitté. C’est pour cela qu’avec des Parisiennes et Parisiens nous avons créé un mouvement citoyen pour réfléchir à l’avenir de notre ville, que nous aimons tant. Nous voulons débattre de nouvelles idées pour améliorer la vie de ses habitants, construire la métropole parisienne et faire de nouveau briller Paris dans le monde entier. Nous le faisons sans a priori ni ambitions personnelles, mais avec une belle ambition collective : construire Paris en grand, rendre les Parisiens fiers et heureux.

Le BrandNewsBlog : Ami et camarade de classe d’Emmanuel Macron à l’ENA, puis conseiller et porte-parole de Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris avant de rejoindre Laurent Fabius au Quai d’Orsay, puis le cabinet de François Hollande, vous dites avoir eu l’impression d’être à l’Elysée le personnage secondaire d’une tragédie shakespearienne : « J’y suis entré pour aider de mon mieux le chef de l’Etat. J’en suis parti en accueillant Emmanuel Macron, mon ami et camarade de classe de l’ENA… » Le parcours et le destin du plus jeune Président de la République de l’histoire constituent-ils une source d’inspiration pour votre propre avenir en politique ?

Gaspard Gantzer : Emmanuel Macron est un vieil ami, même si nous ne nous voyons plus depuis qu’il est Président. Il a réussi une prouesse en étant élu à la Présidence, déjouant tous les pronostics. Il a réussi à démonter l’obsolescence des partis politiques traditionnels et répondu au besoin de renouvellement de la politique.

Je souhaite qu’il réussisse, pour le bien de notre pays. Cependant, chacun doit écrire sa propre histoire. J’écris la mienne, collectivement, en étant fidèle à mon histoire et mon identité, celle d’un citoyen parisien de toujours, et conformément à mes valeurs et priorités, que sont notamment la démocratie et le respect des contre-pouvoirs, la lutte contre les inégalités, l’écologie, la priorité à la jeunesse et la passion des artistes et de la culture.

Le BrandNewsBlog : Que ce soit à la Mairie de Paris, au Quay d’Orsay ou à l’Elysée, ou en créant votre propre agence, vous avez le plus souvent exercé des missions liées à la communication. Est-ce qu’être identifié comme « le conseiller en communication » ou « l’expert com d’untel ou untel » n’est pas rédhibitoire pour réussir en politique, vu la faible estime dans laquelle sont souvent tenus les communicants ? Ou bien au contraire, considérez votre métier et votre expertise comme autant d’atouts pour réussir, que ce soit en politique ou ailleurs, dans la mesure où ce qui compte est la relation aux citoyens / aux différents publics auxquels on s’adresse ?

Gaspard Gantzer : Je pense que la communication et la politique ne doivent pas être opposés. Pour moi, la communication politique n’a de sens et d’utilité que si elle est au service du fond, des actions politiques. En faisant de la communication, j’ai toujours fait de la politique, en tenant d’expliquer aux citoyens la finalité des décisions prises.

Cependant, comme tout le monde, il est difficile de me ranger dans une case unique. Avant d’être conseiller en communication, j’ai eu la chance de faire bien d’autres choses, notamment en étant administrateur au ministère des affaires sociales, directeur adjoint du Centre national du cinéma et directeur de cabinet de l’adjoint au maire de Paris chargé de la culture. Je suis enfin enseignant depuis 15 ans, à l’université et à Sciences-po. J’ai la passion de la transmission !

Le BrandNewsBlog : Quels sont vos projets pour cette rentrée de septembre et les prochains mois ? Quid du développement et des ambitions de votre agence « 2017 » ? Et comptez-vous poursuivre vos collaborations avec RTL* et France Culture ? Qu’est-ce que ce type de collaborations vous apporte ?

Gaspard Gantzer : La rentrée va être tout aussi passionnante que chargée. Le développement de l’agence 2017 se poursuit. Nous sommes aujourd’hui dix au sein de l’équipe. Nous cherchons toujours à trouver de nouvelles idées pour nos clients, à proposer des stratégies innovantes. C’est le premier objectif en septembre.

Par ailleurs, je continue les chroniques à la télévision et je reprends les cours à Sciences-po et je vais commencer à enseigner à HEC. Je vais consacrer mes soirées à l’animation de Parisiennes, Parisiens, et à la production des idées avec ses membres. Enfin, c’est plus anecdotique, mais j’ai la chance d’avoir joué dans un film de cinéma, Le Poulain, qui sort mi-septembre. Je suis conscient de la chance que j’ai de pouvoir mener tous ces projets.

 

Notes et légendes :

(1) « La politique est un sport de combat », par Gaspard Gantzer – Librairie Arthème Fayard 2017.

(2) Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’ENA, Gaspard Gantzer intègre en 2004 le corps des administrateurs civils et est affecté au Ministère du Travail. Détaché en 2007 auprès du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), il devient ensuite directeur de cabinet de Christophe Girard, alors adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, puis est nommé conseiller en communication à la mairie de Paris (de 2010 à 2012), et porte-parole du maire de Paris Bertrand Delanoë entre 2012 et 2013. 

De janvier 2013 à avril 2014, Gaspard Gantzer devient conseiller en communication et presse du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avant d’être nommé le Conseiller chargé des relations avec la presse et chef du pôle communication à la Présidence de la République auprès de François Hollande, fonction qu’il occupe jusqu’en mai 2017. En juillet 2017, il créé l’agence de conseil en communication et de relations publiques « 2017 » avec Roman Abreu et Denis Pingaud. 

 

Crédits photos et illustrations : Getty, The BrandNewsBlog 2018, X, DR.

La rentrée dans le viseur de… Benoît Anger, DGA Communication & Business development de NEOMA Business School

Fidèle lecteur du BrandNewsBlog depuis des années et grand professionnel de la communication et du marketing, Benoît Anger a accepté avec enthousiasme d’inaugurer le cycle d’interviews « spécial rentrée 2018 » que je vous propose pour fêter les 5 ans de ce site…

Nommé il y a quelques mois à peine Directeur Général Adjoint Communication & Business Development de NEOMA Business School¹, après avoir exercé précédemment des fonctions similaires en tant que Directeur du marketing et des admissions de SKEMA², il est un expert reconnu du digital et de son usage dans l’enseignement supérieur.

A l’occasion de cette rentrée 2018, j’avais très envie de l’interroger sur les spécificités du marketing et de la communication d’une école de commerce, ainsi que sur les grands enjeux de ses prochains mois.

Qu’il soit ici remercié pour ses réponses passionnantes… et pour ses « 5 bonnes résolutions et recommandations de rentrée », à découvrir ci-dessous !

Le BrandNewsBlog : Bonjour Benoît. Je ne sais pas si vous avez pu prendre quelques jours ou semaines de congés cet été mais si cela a été le cas, vous êtes-vous offert un vrai « digital break » ou bien êtes-vous resté connecté, comme semblent le faire de plus en plus de Français ? 

Benoît Anger : J’ai pris deux semaines de vacances en août, mais, comme tous les ans, j’ai peu décroché… Et effectivement, comme tu le soulignes, j’ai pu constater autour de moi l’omniprésence du smartphone. Confirmant ainsi le caractère incontournable de ce device et des applications dans notre vie quotidienne, a fortiori pendant les vacances quand il s’agit de choisir un restaurant ou un lieu touristique. Bonne ou mauvaise pratique ? Difficile de juger mais sans doute devons-nous apprendre à nous en détacher et à ne plus nous faire exclusivement guider par des recommandations en ligne.

Pour revenir à la question initiale, pas de véritable digital break donc en ce qui me concerne mais un usage un peu moins intensif que d’habitude des réseaux sociaux. Je me suis rattrapé depuis… ;-)

Le BrandNewsBlog : Dans l’actualité de cet été justement, quelles sont les informations ou les évènements qui vous ont le plus marqué, et pourquoi ? 

Benoît Anger :  Deux actus ont illustré selon moi cet été le bon et le mauvais usage des réseaux sociaux.

Revenons tout d’abord sur la victoire des Bleus et, surtout, sur leur maîtrise des réseaux sociaux. Une utilisation intelligente d’Instagram leur a permis de partager leurs émotions avec leurs supporters, de créer de la proximité. Sans tomber dans des clichés générationnels, on constate qu’ils en maîtrisent parfaitement les codes (stickers, emojis, blagues…). Résultat, comme l’écrit Brice Laemle dans cet article publié dans Le Monde, « l’équipe de France a donné, durant toute la compétition, l’impression de former un groupe sans faux-semblant ». Bref, un best-practice !

A l’opposé, le fameux tweet d’Elon Musk sur le possible retrait de Tesla de la Bourse a généré en quelques heures une tempête médiatique et une enquête de la SEC…. Puis une chute du cours de Bourse après une interview accordée au New York Times, dans lequel il évoquait sa grande fatigue.

J’admire Elon Musk, son côté visionnaire et sa folie. Mais j’en tire deux enseignements. Tout d’abord, pour paraphraser Frédéric Fougerat, la communication est un vrai métier. S’affranchir des conseils d’un professionnel, quel que soit son talent, est risqué… Ensuite, certains, à l’instar de Jeffrey Sonnenfeld, Professeur à la  Yale School of Management, pensent que les entreprises devraient interdire à leurs dirigeants de tweeter. Faut-il adopter une posture aussi radicale ? Je ne le pense pas car une utilisation intelligente des réseaux sociaux par un CEO est bénéfique à son entreprise. Mais nous sommes prévenus : il faut faire tourner 7 fois son pouce sur son smartphone avant de tweeter.

Le BrandNewsBlog : En tant que communicant et expert des réseaux sociaux, avez-vous été surpris par la virulence des échanges, sur Twitter en particulier, durant les différents épisodes et rebondissements de l’affaire Benalla ? Ce phénomène de « polarisation » assez net sur Twitter, entre militants et sympathisants des différents mouvements politiques notamment, est-il à votre avis purement ponctuel (à l’occasion d’affaires) ou s’agit-il d’une tendance lourde / durable ?

Benoît Anger : Je n’ai pas été surpris mais j’ai peur que ce soit malheureusement une tendance de fond. Ce qui m’inquiète le plus, au-delà de la virulence des propos et de la très forte polarisation des débats, c’est surtout l’émergence des fake news. Tout le monde publie et relaie tout et son contraire, sans prise de recul ni prendre la peine de vérifier un minimum la véracité de l’information.

Pas de méprise: je suis et reste un fervent supporter des réseaux sociaux en général et de Twitter en particulier et je me réjouis que chacun puisse, par ce canal, s’informer, donner son avis, partager ses réflexions, faire des rencontres… Cela ne doit néanmoins pas se faire au détriment du respect d’autrui ni mettre en péril nos valeurs !

L’éducation reste selon moi notre meilleur atout pour lutter contre cela.

En ce qui me concerne, je m’impose deux règles : 1) ne rien publier en lien avec la politique et 2) ne pas répondre aux trolls.

Le BrandNewsBlog : Dans votre agenda personnel, cette rentrée 2018 sera nécessairement particulière puisque vous avez rejoint tout récemment NEOMA Business School en qualité de Directeur Général Adjoint Communication et Business Développement, après avoir été notamment Directeur de la Communication et du développement de France Business School puis Directeur du développement et des Admissions de SKEMA, de 2014 à 2018. Quels sont pour NEOMA Business School les grands enjeux de cette rentrée 2018 et des mois à venir, justement ?

Benoît Anger : Même si j’évolue dans le milieu de l’enseignement supérieur depuis une dizaine d’années, cette rentrée aura en effet une saveur particulière puisqu’elle sera ma première chez NEOMA. L’actualité de l’école fût riche en 2017/2018, avec l’arrivée d’une nouvelle DG, Delphine Manceau, et d’un nouveau Président, Michel-Edouard Leclerc. Elle le sera encore plus en 2018/2019 avec l’annonce et la présentation du plan stratégique.

Mais avant cela, nous allons accueillir en septembre plus de 2 000 nouveaux étudiants sur nos 3 campus de Reims, Rouen et Paris. Une rentrée reste un moment particulier et privilégié : à la fois parce qu’il est le point d’orgue du travail effectué l’année précédente mais surtout parce que rien ne nous réjouit plus que d’accueillir, former et préparer ces étudiants au nouveau monde. On a malheureusement tendance à trop facilement caricaturer les business schools en France alors qu’elles sont certainement les institutions qui se sont le plus remises en cause ces dernières année pour s’adapter à un environnement globalisé et changeant (j’ai failli dire « disrupté »), et préparer leurs étudiants à des métiers qui n’existent pas encore.

Le BrandNewsBlog : En tant que pilote de la communication et du développement d’une telle école de commerce, à partir de quand et comment travaille-t’on sur une rentrée ? J’imagine que le travail « de fond » s’effectue bien en amont pour recruter les meilleurs étudiants et nouveaux professeurs et développer la notoriété et l’image de l’école ?

Benoît Anger : Il n’y a en effet jamais de pause… Nous sommes des coureurs de fond qui devons être capables de sprinter lors de temps forts.

Pour le recrutement des meilleurs étudiants, et même si nous nous y préparons quasiment 6 mois avant la rentrée, c’est un processus permanent, omnicanal et adressant plusieurs cibles (les étudiants eux-mêmes mais aussi leurs parents, leurs professeurs, les médias, les prescripteurs…). Le digital et les réseaux sociaux ont naturellement bouleversé notre mode de communication ces dernières années. Si ces nouveaux outils nous permettent d’adresser de manière plus précise et dans le monde entier les différentes cibles, ils permettent aussi aux étudiants d’accéder à une manne d’informations, d’avis… D’où l’importance de rester en permanence en veille et de produire le bon contenu qui va les inciter à rejoindre notre établissement plutôt qu’un autre. Content is king, moment is key…

Idem en ce qui concerne le recrutement de Professeurs. Chez NEOMA nous en recrutons une vingtaine par année et ce dans le monde entier. A l’issue d’un process qui s’étale parfois sur deux ans ! Même si c’est un phénomène un peu nouveau, les établissements d’enseignement supérieur doivent apprendre à construire leur propre marque employeur pour se démarquer des autres institutions dans un marché désormais lui-aussi globalisé.

Le BrandNewsBlog : L’univers des grandes écoles de commerce est extrêmement concurrentiel, ainsi que l’expliquait très bien sur ce blog Jean-Michel Blanquer, alors Directeur général de l’ESSEC (voir ici l’article) ? Quels sont les leviers pour se différencier et, sans trop en dévoiler, quelle est la stratégie de NEOMA dans ce domaine ?

Benoît Anger :  C’est un marché effectivement hautement concurrentiel et, comme je l’évoquais précédemment, désormais mondial. C’est aussi un marché de marque, ce qui ne t’aura pas échappé Hervé. Une institution connue et reconnue aura toujours un avantage comparatif…

NEOMA est le fruit de la fusion de deux excellentes écoles historiques, les ESC de Rouen et de Reims. Elle a la chance de figurer parmi les meilleures écoles françaises (huitième école préférée des étudiants de prépa au concours de cette année) et d’être dans le top 50 européen. Elle bénéficie également de la triple accréditation internationale EQUIS-AACSB-AMBA. Nous pouvons donc capitaliser sur la reconnaissance et le pouvoir de la marque.

Nous avons aussi la chance de pouvoir nous appuyer sur nos territoires qui, tout en étant proches de Paris, ont leurs propres forces et caractéristiques : commerce international, création d’entreprise, luxe et gastronomie… La Normandie et la Champagne, deux territoires qui d’ailleurs bénéficient d’une forte notoriété à l’international, ce qui ne gâche rien.

Nous avons également dans notre proposition de valeur des éléments fortement différenciants et innovants comme l’utilisation intensive des EdTech. Tous nos étudiants du Programme Grande Ecole suivent ainsi des cours de marketing ou de supply chain en réalité virtuelle immersive. Nous sommes les leaders dans ce domaine (nous avons même été primés au niveau international) et nous allons poursuivre nos efforts en ouvrant notamment un accélérateur EdTech à la rentrée.

L’idée n’est pas de substituer un casque de réalité virtuelle à un professeur mais d’approfondir les connaissances et d’aller, dans une démarche expérientielle, au-delà de ce qu’une simple « étude de cas papier » permet de faire. Michael Porter écrivait dans un récent article de la Harvard Business Review que « regrouper des personnes dans des situations virtuelles peut améliorer la compréhension, le travail d’équipe, la communication et la prise de décision. »

Nous collaborons en outre (en y envoyant nos étudiants en échange) avec les meilleures universités internationales (St Gallen en Suisse, Politecnico du Milano en Italie, SMU à Singapour, Stellenbosch en Afrique du Sud…). C’est une opportunité que peu d’autres business schools offrent.

Enfin, nous pouvons nous appuyer sur un réseau de plus de 57 000 diplômés, basés dans plus de 120 pays à travers le monde, présidé par Thierry Guibert, CEO de Lacoste. Nous sommes même la seule école française à éditer des ouvrages de management co-écrits par des diplômés et des enseignants chercheurs de NEOMA !

Et pour les autres annonces, il faudra attendre la conférence de presse de rentrée… ;-)

Le BrandNewsBlog : Vous êtes régulièrement cité comme l’un des Twittos les plus influents et les plus suivis dans l’enseignement supérieur, comme l’a été en son temps et l’est toujours notre Ministre de l’Education Nationale. Justement, au sujet de Jean-Michel Blanquer, qui connaît particulièrement bien l’enseignement supérieur, son action à la tête du Ministère de l’éducation nationale vous paraît-elle pertinente et sa connaissance des enjeux spécifiques des business schools est-elle un facteur favorable pour le rayonnement des écoles comme NEOMA, aux plans national et international ? 

Benoît Anger :  Je me réjouis naturellement que Jean-Michel Blanquer, ancien directeur de l’ESSEC, soit Ministre de l’Education nationale ! Néanmoins, de par ses attributions, nous sommes davantage en relation avec Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Nous avons la chance d’avoir en France un modèle original et d’excellence : les Grandes Ecoles. Mon souhait est que les différentes autorités soutiennent nos initiatives et qu’elles accompagnent notamment notre développement international. Poursuivons les efforts entamés pour promouvoir l’enseignement supérieur français hors de nos frontières car l’éducation, c’est du soft power ! La France a une opportunité à saisir dans le contexte géopolitique actuel (brexit, situation politique aux Etats-Unis) mais elle doit faire face à de nouveaux acteurs qui utilisent de plus en plus le levier financier pour convaincre les très bons étudiants de venir chez eux (je pense aux Pays du Golfe ou à la Chine). Nous devons être résolument plus offensifs dans ce domaine !

Le BrandNewsBlog : Le lancement de la nouvelle plateforme Parcoursup a suscité beaucoup d’insatisfaction, de la part de bacheliers en attente de réponse pour leur orientation, des familles mais également des syndicats d’étudiants de tous bords, qui s’inquiétaient récemment qu’à quelques jours de la rentrée plusieurs dizaines de milliers d’étudiants demeurent sans nouvelle quant à leur orientation… Qu’en pensez-vous ? Peut-on parler d’un fiasco, au moins en terme d’expérience utilisateurs pour ceux qui utilisent cette plateforme ? Et que faire pour l’améliorer ?

Benoît Anger :  Il n’est jamais réjouissant de voir des étudiants sans affectation. Il n’est pas non plus satisfaisant à cette période de l’année de voir des institutions (universités, écoles, prépas…) encore dans l’expectative sur le nombre d’étudiants qu’elles vont accueillir. Nous suivons cela d’autant plus attentivement que toutes les institutions délivrant des diplômes reconnus, ce qui est notre cas, devront intégrer Parcoursup d’ici 2020.

J’ai été personnellement surpris par l’abandon de la hiérarchisation des choix et par la liberté laissée aux lycéens de confirmer leur inscription aussi tardivement.

Mais cela renvoie in fine à un sujet sensible en France : la sélection. J’en parle d’autant plus librement que les Grandes Ecoles la pratiquent historiquement et que cela ne leur nuit pas.

Le BrandNewsBlog : Avant de compléter vos 5 bonnes résolutions/recommandations de rentrée ci-dessous, un petit mot sur les 5 ans du BrandNewsBlog ou bien un article que vous recommanderiez sur ce blog ? 

Benoît Anger : Tout d’abord je suis un lecteur passionné du BrandNewsBlog ! C’est un moment de lecture et de respiration dominicale.

Difficile de choisir un article en particulier car ce qui en fait sa force c’est l’éclectisme des sujets abordés ainsi que la qualité et la pertinence des personnes interviewées. J’ai une faiblesse néanmoins pour les articles qui permettent de découvrir les nouveaux usages/outils pour promouvoir et développer sa marque.

 

 

Notes et légendes :

(1) Benoît Anger a rejoint NEOMA Business School à partir du 22 mai 2018.

(2) Précédemment Directeur du développement et des Admissions de SKEMA Business School de 2014 à 2018 et Directeur de la Communication et du développement de France Business School (2013-2014) et Directeur du Marketing et des Relations Entreprises de l’EM Normandie de 2008 à 2012, Benoît Anger a préalablement dirigé les filiales commerciales du Club Méditerranée en Suisse puis au Royaume Uni.

 

Crédits photos et illustrations : Benoît Anger, BrandNewsBlog 2018, 123RF, X, DR.

Transformation de la communication : 20 questions clés aux auteurs du tout nouveau « Communicator »…

Cela fait un petit moment, je vous l’avoue, que je n’avais pas eu un manuel de communication entre les mains…

Autant j’apprécie en général les livres d’experts sur le marketing, la communication, le management ou la transformation numérique… autant j’ai toujours eu un peu de mal avec les « bibles » et autres vadémécum sensés embrasser toute une discipline et me ramenant un peu trop directement au souvenir de mes années passées sur les bancs du Celsa (même si celles-ci furent excellentes).

En découvrant le Communicator¹ il y a 15 jours, auto-estampillé « livre de communication le plus vendu en France », et malgré la qualité de ses auteurs, j’appréhendais donc de reculer une nouvelle fois devant l’obstacle, comme le cheval dans son premier concours complet…

Le beau bébé à la couverture rose et noire que j’avais dans les mains – 1,4 kilo à la pesée et pas moins de 640 pages – allait-il être à la hauteur de sa réputation ? Allait-il m’intéresser / me passionner / m’indifférer ? Et tiendrait-il sa promesse de livre de référence pour toutes les générations de communicants ? C’est ce que nous allions voir…

VERDICT : oui, le Communicator est non seulement un excellent manuel de communication pour la.le néophyte et pour toute personne intéressée à la communication, mais c’est également un bonheur de lecture pour les professionnel.le.s plus aguerri.e.s, et je l’ai dévoré pour ma part comme un roman (étant entendu que cet article est TOUT SAUF un publirédactionnel, et que je n’ai pas l’habitude de parler en bien de livres qui ne me m’ont pas convaincu !).

Une fois examiné le bébé sous toutes les coutures et constaté qu’il était « bien né », mon petit côté sadique a voulu savoir ce que les parents eux aussi avaient dans la tête, et dans le ventre…

A la hauteur de leur réputation de professionnalisme, de disponibilité et de gentillesse, Céline Mas et Assaël Adary² ont bien voulu répondre au « torture test » que je leur ai concocté : 20 questions pointues – en tout cas je l’espère – sur la transformation de la communication et sur leur ouvrage, que je recommande donc sans réserve à mes lectrices et lecteurs.

Merci aux deux auteurs³ de s’être prêté patiemment au jeu, et pour leurs réponses éclairantes. Voici ci-dessous les 10 premières questions-réponses de cette série. Et avis à celles et ceux que cette conversation aura intéressé.e.s : je publierai la suite de cette passionnante interview croisée dimanche prochain ;-)

Le BrandNewsBlog : Tout d’abord, Céline et Assaël, vous êtes tous les deux des communicants et des auteurs expérimentés, qui n’en êtes pas à votre coup d’essai en matière d’édition. Mais comment vous êtes-vous retrouvés à la barre de cette 8ème édition du Communicator ?

Assaël Adary : En commençant par la 7ème édition ;-) ! Voilà maintenant deux éditions, donc 5 ans déjà, que nous avons pris la relève du Communicator. L’édition 7 nous avait permis de remettre à plat très profondément le sommaire, en décloisonnant les disciplines, en problématisant davantage l’ouvrage et en trouvant de nouveaux angles… Bref : en remettant le Communicator dans la réalité des pratiques des communicants.

Nous avions alors fait évoluer le positionnement du Communicator, en ciblant non plus seulement les étudiants mais également les professionnels, tout au long de leur carrière !

Par ailleurs, Dunod édite mes livres depuis plus d’une décennie : « Evaluer vos actions de communication » éditions 1 et 2 et « l’ISO 26000 en pratique ». L’éditeur avait donc confiance dans notre duo, déjà à l’œuvre sur la deuxième édition d’ « Evaluer vos actions de communication ».

Céline Mas : Le Communicator avait en effet besoin d’une refonte. Et nous aimons les défis ! Nous avons foncé vers celui-ci. Pour rassurer l’éditeur, nous avions effectivement déjà publié chez Dunod et pour ma part, chez d’autres éditeurs, des livres professionnels mais aussi des textes plus littéraires.

Cette confiance de départ n’était néanmoins pas un passe-droit et ne nous a pas permis d’échapper à l’entretien de recrutement en plusieurs fois, pour défendre notre vision du livre et de son approche éditoriale. En un sens, nous avons apprécié cette exigence parce qu’elle nous donnait le sentiment d’une relation partenariale fondée sur la qualité.

Le BrandNewsBlog : Avec ses 640 pages, son kilo et demi, ses dizaines de contributions d’experts, sa centaine de case studies et ses allers-retours permanents entre la théorie et la pratique, j’imagine qu’emmener un tel « paquebot » à bon port relève de la gageure… Etes-vous satisfaits du résultat final et quels sont les points forts de ce nouvel opus ?  

Assaël Adary : Si je prends un peu de recul, je dirai que les principales forces de ce livre sont d’être ultra contemporain et inspirant. Il aborde les problématiques d’aujourd’hui, en totale connexion avec les enjeux de 2018. Les cas traités sont ancrés dans nos pratiques, les experts sont le plus souvent « aux manettes » de leur organisation, que ce soit en agence ou chez l’annonceur… Bref, il est dans son époque.

C’est pour cela que nous le mettons à jour tous les 3 ans. En plus de cette dimension pratique et pragmatique, le principe du Communicator est de proposer aussi des espaces de réflexion et des contenus plus prospectifs, pour s’obliger en permanence à se questionner sur l’étape d’après, la question suivante. C’est pour cela que nous problématisons plusieurs cas analysés… Car plus que jamais, se poser les bonnes questions – pour un étudiant en communication comme pour un professionnel – demeure une compétence majeure !

Céline Mas : C’est un travail très minutieux parce qu’il s’agit à la fois de revisiter les contenus à chaque édition, mais aussi d’en créer de nouveaux, sans céder aux effets de mode. Le Communicator doit certes rendre compte de son époque quant à ce métier de communicant, mais sans oublier les principes et savoirs plus anciens qui continuent de nous guider dans nos pratiques. Je ne crois pas à la nouveauté permanente. Il y a des leitmotiv qui prennent des formes différentes selon les époques.

Ce qui m’enthousiasme le plus dans cette nouvelle édition : le chapitre inédit sur le monde de demain, parce qu’il s’attaque aux ruptures technologiques (IA, émotions, blockchain) qui bouleversent notre secteur. Je comprends les craintes que ces changements suscitent, mais il y a également des opportunités dans cette nouvelle donne. Les communicants demeurent les maîtres de la créativité et de l’entretien des relations avec les parties prenantes. Nulle machine ne peut s’en saisir avec autant d’impact.

Le BrandNewsBlog : Sûrs de votre ouvrage, nous n’hésitez pas à souligner dès l’introduction que cette nouvelle édition entend compter avec son temps. « Résolument tournée vers le digital, dites vous, elle raconte et illustre les évolutions de ce métier ». Quelles sont justement les nouveaux contenus et les innovations qui distinguent cette 8ème édition des précédentes ? Et comment accompagnez-vous éditorialement la transformation digitale de la communication dans ce livre ?

Assaël Adary : Je reviendrai sur une nouveauté en particulier, un nouveau chapitre dédié à l’organisation des Directions de la communication. Le digital fracasse les organigrammes, rend obsolète les processus, les systèmes de validation mais aussi de production des contenus. Les nouveaux formats questionnent les compétences des communicants et des agences. Bref, les «acquis» de la fonction communication sont questionnés. Nous traitons de ce « big bang » dans le Communicator et esquissons des solutions.

Il nous semblait intéressant d’appréhender le digital via ses conséquences sur l’organisation, qui est une composante du digital à mon avis insuffisamment traitée.

Céline Mas : Le digital est traité dans un chapitre précis avec plusieurs variantes : la stratégie digitale, les réseaux sociaux et l’e-réputation notamment. Et c’est important de différencier ces sujets parce que fondamentalement, le mot est devenu une sorte de super « fourre-tout » qui va des compétences à la dématérialisation des outils en passant par la publicité en ligne…

Nous voulions être plus précis parce que les métiers de la communication souffrent justement des mots-écran, des jargons, des généralisations qui les vident de leur spécificité et de leur valeur perçue. En revanche, tout le livre traite néanmoins en filigrane des approches et outils digitaux parce que c’est aujourd’hui une toile de fond de nos pratiques et de nos vies.  

Le BrandNewsBlog : Première partie théorique allant des théories de la communication à la prospective, en passant par le plan de com’, les méthodes d’évaluation et les typologies d’organisation possibles ; deuxième partie illustrée et approfondie sur les différents canaux et outils de com’ existants ; troisième partie sur le secteur et ses métiers…  A vous lire, toutes les dimensions de la communication sont impactées par la révolution numérique et les mutations qui en découlent, jusqu’aux grandes théories de la communication, que vous n’hésitez pas à commenter à l’aune des évolutions les plus récentes. En quoi « la boucle de Wiener » est-elle toujours d’actualité selon vous, et le modèle des « 5 W » d’Harold Lasswell (le fameux » WHO says WHAT to WHOM in WHICH channel, with WHAT effect ») vous paraît-il moins pertinent aujourd’hui que par le passé, par exemple ?

Assaël Adary : Alors même que le monde de la communication s’est complexifié, certaines théories – les premières datent des années 40 – peuvent encore servir de trame de questionnement et de diagnostic pour les communicants d’aujourd’hui (les fameux « W » par exemple).

On peut citer de nombreux modèles dérivés de celui de Shannon et Weaver : celui de Théodore Newcomb (1953) ou encore Wilbur Schramm. Le principe du Communicator n’est pas de faire une check list idéale des « 10 théories qu’il faut connaître », mais de donner à penser et à réfléchir aux étudiants ou aux professionnels de la communication, en leur proposant des guides théoriques qui vont leur permettre de mieux décrypter leurs pratiques.

Par ailleurs, nous ne voulions pas que le Communicator rime dans cette partie théorique avec « penseurs morts ». Notre secteur a en effet la chance d’avoir des cerveaux biens vivants qui produisent tous les jours une pensée et des visions pour nos métiers : Wolton, Lipovetsky, Debray, Habermas… Bref, le Communicator permet de se forger des bases robustes pour affronter les évolutions rapides de nos univers.

Céline Mas : Concernant la « boucle de Wiener », elle est d’actualité parce qu’elle introduit une notion dont on entend parler quotidiennement dans les entreprises : le feedback. L’écoute n’est pas un vain mot, elle est la condition de la pertinence en communication. Et Wiener l’a posé et théorisé de manière juste. Les « 5W » sont plus unilatéraux : on estime que le message suit une trajectoire assez linéaire, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui avec le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux… 

Le contrôle est une notion du 20ème siècle qui a vécu. Ce qui compte désormais, c’est de maîtriser les conditions de la création, de l’émission et de la progression des messages. Foucault avait eu une formule célèbre lors d’un de ses derniers cours au Collège de France : «Le 21ème siècle ne sera plus un siècle de positions mais de trajectoires.» Appliquée à la communication, cette mobilité des temps présents plaide pour les penseurs qui ont proposé des modèles plus dynamiques, multidimensionnels. Je pense à Jakobson par exemple. Mais je m’arrête là parce qu’on va croire que le Communicator 8 est un livre uniquement théorique ;) !

Le BrandNewsBlog : Parmi les grandes évolutions de ces dernières années et les nouvelles tendances sociétales à prendre en compte par les communicants dans l’élaboration de leur stratégie de communication, vous évoquez bien sûr la transformation digitale et ses corollaires, la professionnalisation et la judiciarisation de nos métiers, mais également la crise de confiance des publics envers les institutions et les communicants (entre autres…). En quoi la « financiarisation » de la communication est-elle une autre tendance lourde à prendre en compte ? Qu’entendez-vous par ce terme et quelles en sont les conséquences ?

Assaël Adary : La financiarisation concerne surtout les entreprises cotées. Le constat que nous formulons est l’emprise de plus en plus forte de la variation du cours de bourse. En partant du principe que le battement d’aile d’un papillon au Pérou peut faire chuter le cours d’une entreprise du CAC 40, les stratégies, les contenus, les processus se trouvent profondément modifiés.

Le principe de précaution impacte donc aussi les stratégies de communication. Ce pilotage par la finance, souvent non-dit, modifie négativement les plans de communication en les empêchant de penser pleinement le long terme de l’entreprise. Le rythme trimestriel de présentation des résultats devient le tempo officiel de l’entreprise donc aussi en grande partie de la communication.

Céline Mas :…D’où l’intérêt de préparer des budgets en valorisant des objectifs plutôt qu’une centaine de lignes se rapportant à des actions dispersées dont certaines secondaires ! La communication doit servir des objectifs. Qu’elle soit privée ou publique, sa mission n’est ni cosmétique, ni d’agrément. Elle est là pour accompagner les transformations.

Le BrandNewsBlog : Dans votre chapitre « Concevoir le plan de communication », tout en dressant un inventaire ludique de ce que doit être un plan et de ce qu’il ne doit surtout pas être, Pierre Gomez reconnaît qu’il y a presque autant de formes et d’usages du plan de com’ qu’il y a d’organisations et de dircom… De même, avec l’accélération des cycles opérationnels au sein des entreprises, certains pourraient objecter qu’il devient parfois difficile d’appliquer rigoureusement les conseils d’élaboration du plan donnés par le Communicator… Vous arrivez pourtant à résumer brillamment l’essentiel en une liste de 10 recommandations clés (voir ci-dessous). Pourquoi, selon vous, cet outil qu’est le plan de com’ demeure-t-il indispensable, même à l’ère digitale ?

Assaël Adary : Le digital est un outil, un format d’expression du plan de communication, ne confondons donc pas contenu et contenant. Le contenant, c’est le plan de com et il reste essentiel en posant le tronc commun, les fondements, les principes… qui sont ensuite déclinés dans des stratégies de moyens et des tactiques qui intègrent ou non (c’est rare) la dimension digitale.

Bref, plus les tactiques se digitalisent, plus les Dircom ont besoin d’un plan de communication pour redonner un sens, une direction et réengager leur stratégie sur du moyen terme.

Le BrandNewsBlog : En grands experts des outils de diagnostic et de pilotage des politiques de communication, la partie que vous consacrez à l’évaluation des actions et stratégies de com’ est particulièrement réussie et bien documentée. Pour les communicants néophytes et/ou les professionnels les moins à l’aise avec cet exercice de la mesure, pourriez-vous résumer l’intérêt d’évaluer sa communication de manière rigoureuse ? 

Assaël Adary : Si je suis un peu provocateur, je dirai qu’évaluer, mesurer sert tout simplement à démontrer pourquoi nous existons ! Evaluer permet de répondre avec des données à la question : « à quoi ça sert la communication ? ». Si la réponse relève uniquement des moyens, des outils et actions… la communication sera toujours considérée comme une commodité. La réponse doit se faire via des KPI (indicateurs), de la data et un Dashboard !

Evaluer sert aussi à « objectiver » le travail accompli, sortir du «j’aime/j’aime pas», «c’est beau», «ça me plait»… Le Communicator explicite le processus pour engager sa direction de la communication dans une démarche de mesure : comment construire un indicateur, le mesurer, le restituer, etc. Dans ce processus tout commence par la bonne définition des objectifs, car comme le dit Frédéric Dard «Tout objectif flou conduit obligatoirement à une connerie très précise».

Enfin, si évaluer sert à court terme à opérer des arbitrages ou des allocations plus intelligentes des moyens et des budgets, à plus long terme la mesure de la performance sert tout simplement à légitimer la fonction communication et à l’aider à démontrer qu’elle crée de la valeur pour son organisation.

Céline Mas : La valeur, encore la valeur, et toujours la valeur… La communication, on le sait, crée de la valeur à plusieurs niveaux. C’est d’abord un secteur économique qui pèse près de 46 milliards d’euros, soit presque 2,1% du PIB comme le rappelle dans le livre Emmanuelle Raveau, Présidente de COM-ENT, une des premières associations du secteur. C’est ensuite un métier qui doit délivrer des résultats. Et de ce point de vue, la mesure est le seul moyen pour comparer, objectiver et démontrer son véritable impact.

Que l’on en soit féru ou que l’on préfère au final des descriptifs qualitatifs, elle est indispensable. Pour autant, il y a plusieurs types de mesure et le quantitatif est souvent associé au qualitatif qui permet d’affiner, de comprendre des résultats… Enfin, quand on sait l’utiliser, la mesure est un formidable levier de motivation collectif pour une équipe !

Le BrandNewsBlog : Ces dernières années, pour répondre aux nouveaux enjeux de la communication et en particulier « adresser les bons contenus au bon moment à des publics de plus en plus multiples », de nombreuses directions communication se sont réorganisées en véritables « newsrooms »… Quelles sont les caractéristiques et vertus ce modèle d’organisation ?

Assaël Adary : La démarche que nous présentons dans le Communicator est fondée sur le « copiage » assumé de la stratégie d’organisation des grands médias. Il s’agit de placer les contenus au centre du jeu et de l’organisation d’une Direction de la communication, puis de travailler sur les processus de transformation de ces contenus en « formats » compatibles avec les canaux et les plateformes de diffusion… et surtout compatible avec les attentes et les besoins des récepteurs.

L’enjeu étant pour les entreprises de déployer des contenus qui intéressent les publics, au bon moment, via le bon canal et dans le bon format… C’est exactement ce que font les grands médias.

Le BrandNewsBlog : Largement remanié à l’occasion de cette 8ème édition, votre chapitre prospectif sur les dernières évolutions de la communication et les techniques et pratiques les plus innovantes donnera peut-être le vertige à certain.e.s. A ce sujet, quelles sont selon vous les technologies les plus disruptives et qui ont ou auront le plus rapidement un impact majeur sur nos métiers ? En quoi révolutionnent-elles les pratiques de la communication ?

Céline Mas : Vous parlez de « vertige », je dirai que c’est un vertige délicieux, tant qu’on ne tombe pas dans le précipice ! L’IA tout d’abord est une innovation de rupture qui devrait modifier durablement les modes d’interaction avec les parties prenantes, dont les clients. Les chatbots en font partie mais aussi des expériences d’idéation ou de conceptions de campagne co-crées via du machine learning.

Ici, la data sera aussi importante pour basculer dans du pur conversationnel : on passera d’une requête pour trouver une marque à une offre poussée vers nous via les multiples outils domotiques ou informatiques… La composition de personnalisation va se renforcer, avec son caractère intrusif pour certains et ses avantages en termes de rapidité pour d’autres. D’où le fait que le RGPD soit une loi utile : dans un monde où on peut tout savoir de vous, il faut créer des espaces de régulation et de libre-arbitre individuel.

La mixed reality est une deuxième rupture majeure que nous abordons dans le livre. Quand la réalité vécue devient la somme des expériences, on peut mêler des univers physiques et numériques pour découvrir des produits virtuels. La communication pourra s’appuyer sur ces approches pour tester des volumes, des lieux, des objets nouveaux… Et puis enfin, l’émotion va prendre une place de plus en plus importante dans la communication. L’émotion est d’une puissance infinie, elle détermine l’ensemble de nos choix. Voire plus : elle les pré-détermine. Elle aidera à créer des concepts plus saisissants dans une époque de flux dans laquelle l’attention est menée à mal.

Mais attention à ne pas franchir la ligne : toute manipulation intentionnelle sera sanctionnée dans la confiance des parties prenantes. Il faut distinguer la création qui suscite une émotion et qui rencontre un souvenir durable de l’intention dont les ressorts émotionnels visent à tromper.  

Le BrandNewsBlog : Vous dites dans le livre que « les innovations de rupture vont plonger le monde communicationnel dans un paradoxe. La communication de masse sera plus personnalisée, plus engageante et plus en phase que jamais avec nos émotions ». Mais vous indiquez qu’elle sera aussi « plus étrangère qu’elle ne l’a jamais été à l’humain »… Cette évolution est-elle réellement inéluctable d’après vous ? Comment les communicants et les entreprises peuvent-ils s’y préparer et en tirer profit ? Et comment rendre la primeur à l’humain, et à une communication pour ainsi dire augmentée ?

Céline Mas : Oui, cette évolution semble inéluctable mais pas nécessairement fatale. L’ignorer reviendrait à vivre dans un déni de réalité complet, d’autant plus quand la vitesse d’adoption des technologies croît de façon exponentielle.

L’accepter passivement serait une folie car l’innovation, si elle draîne des possibilités incroyables, ne parvient pas à réparer la planète. Tous les grands fléaux contemporains, au premier rang desquels le changement climatique, en sont l’illustration. Et dans ce contexte paradoxal, je crois que la communication peut garder une longueur d’avance en revenant à ses origines : Communicare, c’est-à-dire « mettre en commun ». Donner du sens aux évolutions, continuer de nourrir et de faciliter les interactions sociales, incarner les changements : un visage, des échanges, des messages clairs, du temps.

Les organisations ont profondément besoin de ces traducteurs des changements que sont les communicants. Ce qui veut dire qu’ils doivent avoir une casquette de prospectivistes et beaucoup de pédagogie et d’empathie.

 

Découvrez la suite et fin de cette interview croisée dès dimanche prochain…

 

Notes et légendes :

(1) « Communicator – Toute la communication à l’ère digitale », 8ème édition – par Assaël Adary, Céline Mas et Marie-Hélène Westphalen, Editions Dunod, juin 2018.

(2) Sociologue, experte en data, communication internationale et évaluation, Céline Mas est associée du cabinet Occurrence et fondatrice du projet Love for Livres. Elle est également conférencière et professeur au CELSA, à l’université Paris-Descartes et à l’ESSEC.

Cofondateur et président du cabinet d’études et de conseil Occurrence, Assaël Adary est également intervenant au Celsa et à Sciences Po Paris. Il est président des Alumni Celsa Sorbonne Universités et Secrétaire général de l’association des communicants COM-ENT.

(3) Outre Marie-Hélène Westphalen, Journaliste et conseil en communication, 3ème auteur de cet ouvrage, le Communicator fait appel à l’expertise de nombreux experts en communication puisque près d’une centaine d’interviews de professionnels du secteur et de chercheurs enrichissent l’ouvrage, qu’il s’agisse de directeurs.trices de communication, dirigeant.e.s d’agences de communication… Denis Marquet, Stéphane Billiet, Jacques-Emmanuel Saunier, Olivier Cimelière, Eric Camel, Guillaume Aper, Benoît Cornu, Christopher Abboud, Jean-Yves Léger, Didier Heiderich, Anthony Babkine, Thierry Wellhoff, Emmanuelle Raveau ou encore Frédéric Fougerat ont notamment contribué à ce Communicator 8ème édition…

 

Crédits photos et illustrations : The BrandNewsBlog 2018, Dunod, Occurrence, X, DR.

 

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