Quand les plus grandes marques de whisky s’affrontent autour d’une appellation…

jack_daniels_in_snow_by_sp333d1-d35swbv

En janvier dernier, j’évoquais la mésaventure survenue à la marque américaine de Bourbon Jim Beam, rachetée pour la bagatelle de 16 milliards de dollars par le groupe agro-alimentaire japonais Suntory (voir ici).

Ces dernières semaines, c’était au tour de Jack Daniel’s de faire parler d’elle. L’entreprise Brown-Forman, qui produit le célèbre whiskey US, est engagée dans un grand duel juridique et médiatique contre Diageo, leader mondial des spiritueux, qui l’attaque au sujet de l’appellation « Tennessee whiskey ».

Et dans ce combat de titans, où tous les coups sont permis, l’avantage aux points revient pour l’instant à la marque américaine, au détriment du groupe britannique.

On n’a (pas) tous en nous quelque chose de Tennessee…

Vous avez loupé le début de l’affaire et les derniers rebondissements ? Voici le rappel des épisodes précédents : le différend initial, bien résumé dans cet article du Parisien, provient d’une loi votée l’an dernier par l’Etat du Tennessee.

Sous le « patronage bienveillant » du distillateur Brown-Forman, les législateurs zélés de cet Etat se sont en effet penchés en 2013 sur une définition juridique du « Tennesse whiskey », qui concorde au final en tous points avec la recette du whiskey Jack Daniel’s… Soit une « eau de vie fabriquée dans l’Etat à partir d’au moins 51% de maïs, vieillie dans un fût de chêne neuf passé à la flamme et filtré à travers du charbon de bois d’érable« .

Si les dirigeants de Brown-Forman se sont félicités de cette loi sensée préserver les standards de qualité de l’appellation, la manoeuvre paraît un peu grosse aux autres fabricants de Tennessee whisky, à commencer par la marque George Dickel, première concurrente de Jack Daniel’s et propriété de Diageo. D’autant que les enjeux financiers sont considérables. Tandis que George Dickel ne produit que 130 000 caisses de « Tennessee whiskey » par an, Brown-Forman/Jack Daniel’s en fabrique 11 millions et concurrence de plus en plus la marque britannique n°1 Johnny Walker, également propriété de Diageo (20 millions de caisses vendues), sur un marché mondial qui pèse plusieurs milliards de dollars par an et ne cesse de croître.

On ne badine pas avec l’appellation…

On comprend, dans ces conditions, que le groupe Diageo n’ait cessé de faire pression pour supprimer ou réviser cette loi de 2013 votée par le parlement du Tennessee.

Guy Smith, vice-président exécutif de Diageo en Amérique du Nord, résume ainsi la position de son groupe : « L’an dernier, grâce à des manoeuvres fallacieuses et trompeuses, Brown-Forman a persuadé les législateurs de définir le Tennessee whiskey selon la recette de Jack Daniel’s, éliminant dans les faits la flexibilité dont les producteurs de whiskey ont joui pendant plus de 130 ans dans l’Etat du Tennessee. »

Résultat de son activisme tous azimuts et d’une habille campagne de relations publiques, Diageo a réussi a obtenir un nouvel examen de la loi le 25 mars dernier… Las, au lieu de trancher entre les deux géants des spiritueux, les commissions du Parlement du Tennessee les ont cette fois renvoyés dos à dos, en ajournant leur décision et en ouvrant un groupe d’étude sensé délibérer sur le sujet d’ici l’été.

Si les représentants de Diageo se sont officiellement félicités de ce « forum ouvert à tous » destiné à « discuter de la façon de créer les meilleures normes pour le Tennessee whiskey », ce « troisième round » est incontestablement remporté par Brown-Forman. La Loi de 2013 n’est en effet pas remise en cause pour l’instant et ne pourra pas l’être avant le début 2015… Un répit suffisant pour laisser le temps à ses dirigeants de se retourner, et de trouver une nouvelle parade aux réclamations de Diageo.

En attendant la prochaine décision juridique, le combat s’est aujourd’hui déplacé sur le terrain médiatique et des luttes d’influence, Brown-Forman et Diageo s’affrontant par le biais d’astucieuses campagnes de communication… Un nouvel exemple de l’importance stratégique accordée par les marques à la défense de leur territoire et de leur appellation, quand tous les autres vecteurs de différenciation sont déjà mobilisés… ou semblent épuisés.

 

 

Crédit photo : Deviantart / TheBrandNewsBlog

 

Marque corporate, marque commerciale, marque employeur: et si on arrêtait de travailler en silos ?

A l’heure du web 2.0 et des organisations « agiles », le modèle classique de gestion des marques est-il encore adapté ? Rien de moins sûr… Sur le papier, tous les services intervenant sur la/les marques au sein d’une entreprise devraient en effet travailler dans la même direction. Dans les faits, le poids de l’histoire, les objectifs intrinsèquement différents poursuivis par les acteurs (sans parler de certains réflexes de « défense de territoire ») laissent entrevoir une réalité différente. Et ce sont souvent les fonctionnements « en silos » qui continuent de prédominer, au détriment d’une vision globale des attentes des clients, des collaborateurs, des partenaires ou des candidats.

Marque corporate, marque commerciale, marque employeur - TheBrandNewsBlog

Dans leur excellent ouvrage collectif sur le Management transversal de la marque*, coordonné par Géraldine Michel, les différents contributeurs ne disent pas autre chose : il est grand temps, aujourd’hui, de décloisonner le management de la marque. Au-delà d’une coordination accrue entre les responsables directement en charge des différentes dimensions de la marque (corporate, commerciale, marque employeur…), l’opportunité est en effet trop belle de fédérer les acteurs de l’entreprise autour de valeurs et d’objectifs communs. D’autant que ce décloisonnement est porteur d’innovation et contribue directement à la pérennité des entreprises.

Une perception tronquée des attentes des clients, des candidats… et des autres parties prenantes

C’est un constat régulièrement dressé (mais trop rarement pris en compte à mon avis) : les entreprises ont souvent une perception imparfaite de leurs parties prenantes. Comme par un « jeu de miroirs brisés », le prisme actuel des organisations et de la gestion de marque (morcelée entre marque corporate / marque commerciale / et marque employeur) renvoie à chacun dans l’entreprise une image incomplète de son environnement.

Dans cette vision tronquée, le client est assis bien sagement aux côtés du candidat, lui même distinct du journaliste, du salarié et de l’actionnaire… Pourtant, dans le monde réel, nous savons bien qu’un client peut se retrouver demain en situation de postuler à une offre d’emploi de l’entreprise ; le journaliste peut être l’ami ou le conjoint d’une de vos collaboratrices ; le prospect ou le salarié figurer parmi vos plus gros actionnaires, etc.

Tout se passe comme si chacun dans l’entreprise feignait de ne pas percevoir la totalité du paysage, nécessairement complexe. On comprend dès lors à quel point les organisations en silos peuvent être inadaptées à saisir la globalité des attentes de leurs cibles. Et cette « myopie » ne date pas d’hier, puisqu’elle est en premier lieu un héritage de l’histoire…

Une gestion de la marque qui s’est complexifiée et « diluée » au fil des décennies

Fabienne Berger-Rémy et Marie-Eve Laporte le rappellent dans le chapitre qu’elles consacrent à « la marque, levier stratégique de l’entreprise » * : l’organisation et les méthodes de gestion des marques commerciales encore en vigueur dans la plupart des entreprises aujourd’hui découlent de recommandations formulées il y a plus de 80 ans.

C’est en effet par le biais d’un mémo, rédigé le 13 mai 1931 à l’attention du président de Procter & Gamble USA, que Neil McElroy posa les bases du brand management system. Un ensemble de principes dont le plus important stipulait que « chaque marque doit avoir ses propres managers et assistants dédiés à la communication publicitaire et à l’ensemble des activités marketing ». De fait, depuis ce « McElroy Memo », la gestion des marques produits n’a cessé de se sophistiquer. Le recrutement de chefs de produits en charge du management et de la performance des marques s’est encore accéléré depuis les années 70 et 80, accentuant dans les esprits l’association de la marque et du marketing.

Pourtant, et c’est ce que déplorent Fabienne Berger-Rémy et Marie-Eve Laporte, cette « intrumentalisation » de la marque a largement contribué à diluer son rôle stratégique. D’une préoccupation quotidienne des dirigeants, engageant leur responsabilité personnelle, le brand management est devenu un domaine de plus en plus technique, géré par des managers de moins en moins expérimentés et décisionnaires…

Des considérations historiques différentes sont à l’origine de la naissance et du développement de la marque employeur, à partir de la fin des années 90. Outre la nécessité perçue par les entreprises de mettre en place une communication spécifique à l’attention des candidats et des collaborateurs internes, il faut se souvenir qu’il s’est aussi agi à l’époque, pour un certain nombre de DRH, de renforcer leurs prérogatives et d’élargir leur périmètre d’action en se dotant de ressources et d’équipes ne dépendant pas des directions communication (en le disant ainsi, je suis conscient de pouvoir heurter. Mais je me souviens très bien de mes échanges d’alors avec un certain nombre de DRH, pour avoir eu la chance de participer au lancement en France du concept de marque employeur, au sein de l’agence Guillaume Tell**).

Les pistes pour décloisonner le brand management au sein de l’entreprise

On le voit, si les considérations historiques expliquent la stratification et l’empilement des systèmes de gestion de marque, les médias sociaux et la porosité croissante des publics réclament aujourd’hui une gestion décloisonnée et transversale de la marque.

Que penser, en effet, de ces trop nombreuses entreprises (comme Nespresso ou Ladurée récemment) qui, adulées par leurs clients, sont dans le même temps décriées par leurs salariés sur les réseaux sociaux ? N’est-il pas prévisible qu’au-delà de leur marque employeur, leur image globale puisse en souffrir ?

De même, comment peut-on penser qu’une crise (comme l’affaire Kerviel à la Société Générale ou les suicides des salariés chez Orange) n’aura pas de répercussion sur l’image et la marque « globales » de l’entreprise ? Seul les partisans les plus acharnés d’une gestion en silo de la marque (il en reste dans toutes les entreprises) pourront soutenir « que cela ne pose pas forcément de problème du point de vue de la marque employeur »…

C’est donc une conviction que je partage avec les auteurs du Management transversal de la marque : il est indispensable aujourd’hui de diffuser dans toute l’entreprise une culture partagée de la marque… et de la (re)penser comme un outil stratégique. Comme l’écrit Géraldine Michel : « une marque utile pour l’organisation n’est pas uniquement celle qui identifie et différencie l’offre sur le marché. C’est aussi celle qui permet de fédérer, de faire partager une même vision stratégique de l’entreprise, donc en interne. C’est d’ailleurs bien souvent la réflexion sur la marque qui initie et oriente la stratégie globale d’une organisation, en provoquant une interrogation sur des concepts fondamentaux tels que le métier, les valeurs, la mission ou les territoires de marque, qui orientent tout le développement de l’entreprise. »

Développer l’identité de marque de façon dynamique ; au-delà de la diffusion d’une simple « plateforme de marque », mettre en place une structure transversale de management (comme une « direction de la marque ») en support de tous les autres départements ; évaluer régulièrement le capital et l’apport de la marque non seulement sur les plans financier et concurrentiel, mais aussi du point de vue du capital-humain et de son apport pour les collaborateurs sont de premières pistes pour le déploiement de cette conception transversale et plus équilibrée de la marque.

Cela passe évidemment au départ par l’identification du « noyau central de la marque » et la formalisation de son territoire. Cela passe aussi, assurément, par l’implication de tous les acteurs de l’entreprise et la consolidation des actions à mettre en oeuvre par chacun pour animer et faire vivre cette marque. Promouvoir un véritable management des hommes par la marque (s’appuyer notamment sur des « champions de la marque » en interne) ;  mobiliser toutes les énergies dans l’objectif de faire des parties prenantes de l’entreprise de véritables « ambassadeurs de la marque » sont en effet des objectifs ambitieux… mais motivants pour tous !

A ces conditions seulement, on pourra bientôt parler « d’une vision globale, plus intégrée et transversale de la marque » qu’elle ne l’est aujourd’hui dans la plupart des organisations…

 

Pour en savoir plus :

* Management transversal de la marque – Editions Dunod, septembre 2013.

** Didier Pitelet, aujourd’hui Directeur général du groupe Moon’s Factory, revendique (à raison) le titre de créateur du concept de marque employeur. Il publia en effet dès la fin des années 90 les premiers ouvrages sur la question.

 

Crédit iconographique :

« Status quo » est une peinture à l’huile de Lily Stockman (merci à elle)

La saga Nutella : un demi-siècle de succès et une recette toujours secrète

50 ans de Nutella et une belle saga - TheBrandNewsBlog (#1)

La marque Nutella s’apprête à fêter ses 50 ans. Pour les fans de la célèbre pâte à tartiner et les amateurs d’histoire de marque, c’est en effet le 20 avril 1964 que Michele Ferrero révéla le nom et l’identité graphique que l’on connaît aujourd’hui… Une identité qui n’a pas changé d’un iota depuis un demi-siècle, de même que la recette du Nutella, demeurée secrète.

L’occasion de revenir sur une incroyable success-story, qu’on doit tout autant à la grande canicule italienne de 1949 qu’au génie marketing de la famille Ferrero. Le BrandNewsBlog vous propose de revisiter le mythe, sans en faire des tartines…

Une canicule providentielle

Le saviez-vous ? La « découverte » du Nutella est une illustration parfaite du principe de « sérenpidité » : elle résulte en effet d’un évènement inattendu, qui a modifié de manière providentielle l’utilisation et la consommation initiales du produit…

Au sortir de la guerre, alors que les Italiens souffrent encore de sous-nutrition, les deux frères Pietro et Giovani Ferrero travaillent sur une recette pour le goûter des enfants, à base de noisettes, de sucre, de lait écrémé en poudre, d’huile végétale et d’une pincée de cacao (un ingrédient encore cher à l’époque). Ils inventent en 1946 le Giandujot, un pain de chocolat solide à couper au couteau, enveloppé dans une feuille d’aluminium.

Trois ans plus tard, alors que l’Italie est frappée par une forte canicule, on s’aperçoit que le Giandujot fond sous l’effet de la chaleur et que les enfants raffolent de ce chocolat fondu, dégusté sur du pain. Qu’à cela ne tienne : les Ferrero retravaillent leur recette, en la rendant plus onctueuse et crémeuse et inventent un nouveau plaisir gourmand, la pâte à tartiner.

Plusieurs noms de baptême… avant de trouver le bon « pseudo »

De 1949 à 1964, année du lancement de la marque Nutella, la pâte à tartiner des Ferrero se sera appelée « Gianduja » puis « Supercrema » en Italie, la « Tartinoise » en France, etc.

Mais pour séduire la clientèle européenne au début des années 60, Michele Ferrero prend conscience qu’il faut trouver un nouveau nom, à la fois unique, plus fédérateur et évocateur, quelle que soit la langue.  Pour indiquer que la pâte contient des noisettes (« nuss » en allemand et « nut » en anglais), le nouveau nom doit impérativement intégrer l’une de ces deux syllabes…

Les 5 noms alors pressentis par Michele Ferrero sont : Nutsy, Nutina, Nussina et Nusscrem… et Nutella bien sûr, qui sera finalement retenu.

50 ans de Nutella et une belle saga (#2) - TheBrandNewsBlo

Aux origines du mythe : une recette inchangée et inégalée… et la volonté de ne pas galvauder la marque

Acheté au moins une fois par an par 53 % des foyers français, Nutella tire d’abord son succès de sa recette, dont la formule est restée inchangée, inégalée… et secrète depuis 50 ans.

Les concurrents, qu’ils soient MDD (marques de distributeurs) ou marques nationales n’ont jamais réussi à imposer une autre pâte à tartiner. Avec 85 % des parts de marché en volume et 89 % en valeur, Nutella bénéficie en effet d’un faible taux de substitution. En clair, s’ils ne trouvent pas leur marque fétiche en rayon, 80 % des consommateurs déclarent qu’ils préfèrent ne rien acheter plutôt que de de tourner vers une marque concurrente.

Autre symbole de fidélité (mais à ses valeurs et à sa plateforme de marque cette fois), il faut aussi souligner comment, depuis un demi-siècle, Nutella a réussi à préserver les fondamentaux de son identité. Que ce soit au niveau du logo utilisé (nom toujours écrit en minuscules, avec le « n » en noir et le « utella » en rouge ») ou plus généralement en termes de charte graphique, la cohérence et la constance ont toujours prévalu sur la tentation du changement. Comme le résume Antoine Duhem, country marketing manager Nutella, « Ce qui participe du mythe de la marque, c’est que ni la recette, ni le packaging, ni l’identité graphique n’ont changé. Cela installe la marque dans la continuité et légitime la confiance des consommateurs« . 

Même constat pour les campagnes de publicité, dont les thématiques et les cibles ont pu varier au fil du temps, mais en restant toujours parfaitement en ligne avec la plateforme de marque définie à l’origine. C’est ainsi qu’on est passé progressivement de la mise en avant de la notion de plaisir (« Un délicieux entremet à la noisette ») à celle d’apport nutritionnel (« Comment faire manger à un enfant qui n’en veut pas des protéines, du calcium… ?). Ces dernières années, ces deux thématiques ont souvent été combinées, en insistant particulièrement sur la notion d’apport énergétique pour l’enfant.

Enfin, fidèle à sa volonté de ne pas galvauder sa marque, on peut constater que Ferrero a vraiment limité au maximum les extensions de marque et de gamme. Si sa fameuse recette de pâte à tartiner peut être légèrement différente d’un pays à l’autre, en fonction des goûts locaux, la principale « extension » réalisée ces dernières années a été le lancement de Nutella & Go, un pot associant pâte à tartiner et bâtonnets céréaliers.  

Nutella en chiffres : un succès phénoménal en France et dans quelques 160 pays

Alors que le Nutella est commercialisé dans près de 160 pays, la France en reste le premier pays producteur mondial (1 pot sur 3 est fabriqué à l’usine de Rouen, soit 65 000 tonnes par an). Nous en sommes également le premier consommateur mondial, avec plus d’1 milliard de pots vendus dans notre pays depuis 1961.

 

 

Sources d’information : Prodimarques – La revue des marques n°76 + Wikipédia

(Crédit photos : Deviantart / TheBrandNewsBlog)

 

Les fans des marques sont-ils réacs ?

Souvenez-vous, c’était il y a tout juste un an… Conseillée par les équipes digitales de Kids Love Jetlag, la marque Carambar avait suscité un vif émoi en annonçant la suppression de ses célèbres blagues et leur remplacement par des questions ludo-éducatives. Coup de tonnerre : outre les 950 mentions et retombées presse recueillies sur le sujet en quelques jours, les fans de la marque s’étaient immédiatement mobilisés sur les réseaux sociaux. Le bad buzz qu’ils provoquèrent obligea les équipes de Carambar à anticiper d’une semaine la révélation de leur « poisson d’avril ».

Il n’y a pas si longtemps, Malabar avait créé une levée de bouclier similaire, en remplaçant sa mascotte fétiche par un vulgaire renard… Une faute de goût impardonnable aux yeux des adeptes du chewing-gum gonflé. Non moins étonnantes, les mobilisations des fans de Gap ou de Starbucks, à l’occasion de changements de logo, constituent d’autres exemples de réactions épidermiques et à grande échelle via les réseaux sociaux… Dans ces 3 derniers cas, les marques concernées ont fini par céder sous la pression et ajourner ou annuler leurs projets.

brand love
Alors, réactions isolées ou prise de pouvoir des « brand-réactionnaires » ? A l’heure où les entreprises les plus actives sur les réseaux sociaux rivalisent d’audace pour développer une relation affinitaire avec leurs fans et convertir leur engagement en achats, il faut bien admettre que les attitudes et comportements des internautes vis-à-vis des marques demeurent en partie imprévisibles. Les phénomènes collectifs de buzz, en particulier, continuent de nourrir craintes et fantasmes.

Les marques doivent-elles pour autant se méfier de leurs propres fans ? C’est la question à laquelle le BrandNewsBlog vous propose de répondre aujourd’hui…

> Fans des marques : des publics aux motivations hétérogènes

La notion même de « fan » de marque a connu un réel développement avec l’essor des réseaux sociaux. En France, on estime ainsi que 38 % des utilisateurs de ces réseaux suivent au moins une marque aujourd’hui, et 50 % d’entre eux plus de 5 marques (étude Social Media Attitude 2013 du SNCD).

Pour la plupart de ces internautes, leurs motivations demeurent essentiellement pragmatiques. 71% d’entre eux indiquent suivre une marque « par attachement ». Les motivations suivantes sont « l’intérêt des informations et des contenus » (47 %) ou « l’attrait d’un concours » (36 %). En ce qui concerne leurs attentes, la « recherche de réductions commerciales » (86%) et « l’envie de donner son avis » (83%) prédominent… Sortis de ces grandes lignes, les attitudes et comportements des fans/amis/followers vis-à-vis des marques semblent difficilement prévisibles et varient d’un public à l’autre.

A ce sujet, le travail de « typologie des fans basée sur leur relation à la marque », publié par Agnès Helme-Guizon et Fanny Magnoni, de l’IAE de Grenoble, est néanmoins particulièrement éclairant*. En se fondant sur une méthodologie d’enquête essentiellement qualitative, les deux universitaires ont pu identifier cinq profils de fans sur Facebook, selon la nature de leur relation à leur marque favorite. Pour la majorité de ces profils (fans «passifs», «délaissés» et «fun»), ils cultivent une relation affective et «ambivalente» aux marques. Moins pragmatiques que les deux autres catégories identifiées (fans «intéressés» et fans «modèles»), ils sont les plus susceptibles d’interagir négativement en publiant des commentaires désapprobateurs par exemple.

Par hypothèse, on peut donc supposer que ce sont plutôt de ces 3 catégories que viennent les fans les plus réactifs. Ceux qui s’investiront et se mobiliseront le plus facilement aux côtés de la marque, ou pour lui faire barrage en cas de désaccord, s’ils s’estiment « mis à l’écart » par exemple.

> Des internautes plus nostalgiques et « réactifs » que réactionnaires… 

A y regarder d’un peu plus près, néanmoins, une bonne part des mobilisations évoquées ci-dessus jouent sur un même levier : celui de la nostalgie. L’exemple du « poisson d’avril » de Carambar est à cet égard symptomatique. Que la marque ait choisi, pour créer le buzz, de provoquer ses plus fidèles adeptes en annonçant la suppression de ses blagues, ne relève d’aucun hasard. La nostalgie, en matière de marketing, demeure un ressort puissant et efficace. Et un facteur de mobilisation garanti, sur la cible des trentenaires et quadragénaires les plus connectés en particulier.

Dans ce secteur de la confiserie (dont Malabar fait également partie), comme celui des jeux ou des marques de luxe, on sait combien l’investissement symbolique dans la marque peut être important. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le client / fan se montre particulièrement réactif si on touche imprudemment à la marque fétiche de ses jeunes années ou à ses marques de référence.

De même, l’implication et la réactivité des fans vis-à-vis des initiatives des marques est un corollaire évident et éminemment positif du développement du web 2.0. On le sait, rien n’échappe désormais à la vigilance du « cyber-consom’acteur », hyper-connecté et surinformé. Et c’est aux marques d’en tenir compte, en premier lieu. A celles qui n’investissent les médias sociaux que dans des objectifs d’image et de notoriété (voir ici la dernière étude à ce sujet diffusée par Mashable), l’avertissement est renouvelé. La « réactivité » des fans et des consommateurs face aux écarts de conduite des marques est de plus en plus forte. En témoignent par exemple les déboires récents d’Adidas dont deux tee-shirts faisaient incidemment la promotion du tourisme sexuel pour la prochaine Coupe du monde de football au Brésil… Une opération navrante aussi bien sur le fond que sur la forme.

> Un chemin vertueux pour éviter les faux pas : convertir les « fans » en véritables ambassadeurs de marque

S’il ne faut pas exagérer la portée et le nombre des bad buzz déclenchés par des fans aux dépens de leurs marques favorites, Agnès Helme-Guizon et Fanny Magnoni ont bien relevé durant leur enquête le « désir de puissance » exprimé par leurs interlocuteurs. Celui-ci se traduit par un « souhait d’emprise sur la marque, de contrôle et d’influence », que les fans considèrent implicitement comme une contrepartie de leur engagement et de leur loyauté.

Ainsi, plutôt que de mesurer le ROI de leur présence digitale à l’aune de leur nombre de fans et de likes, les marques seraient bien inspirées de consulter davantage leurs fans et de les associer à leurs démarches marketing et à leur veille. En les écoutant davantage et en les reconnaissant, celles-ci pourront les fidéliser, susciter davantage l’achat, mais surtout en faire de véritables prescripteurs auprès de leurs pairs… Un chemin « vertueux » que peu de marques empruntent encore à ce jour.

 

Les marques sont mes amies sur Facebook : vers une typologie de fans basée sur la relation à la marque et le sentiment d’appartenance, de Agnès Helme-Guizon et Fanny Magnoni – Numéro 243 de la Revue Française du Marketing de l’Adetem.

(Crédit photo : 4ever.eu / TheBrandNewsBlog)

Droit des marques : les collectivités désormais mieux armées…

-

La publication au Journal officiel de la loi « Hamon », relative à la consommation, était très attendue*. Elle constitue une réelle avancée du droit des marques, dans la mesure où elle permet enfin aux collectivités de se prémunir plus efficacement contre l’utilisation abusive de leur nom.

Tout le monde a encore en tête la bataille juridique engagée par la commune de Laguiole. La petite cité aveyronnaise s’insurge depuis des années contre une entreprise qui commercialise sous son nom, dans le monde entier, une large gamme de produits n’ayant rien à voir avec les couteaux. En septembre 2012, Laguiole avait été déboutée de sa plainte par le Tribunal de Grande Instance de Paris, pour qui la commercialisation sous le nom Laguiole de toutes sortes de produits autres que les couteaux ne portait pas atteinte au renom et aux intérêts publics de la commune. D’autres collectivités ont connu une mésaventure similaire ou, comme la ville de Saint-Tropez, cherchaient depuis des années de nouveaux moyens pour protéger leur marque, « objet de toutes les convoitises« .

>> En vertu des dispositions du nouveau texte de Loi, les collectivités pourront désormais être mieux informées des dépôts de marque contenant leur nom, grâce à un système d’alertes, dont la mise en place est à réclamer directement auprès de l’Institut National de la Propriété Industrielle.

>> En complément, les collectivités pourront aussi, tout comme les entreprises privées, s’opposer à l’enregistrement d’une marque, grâce à l’élargissement du champ d’application de l’article L 712-4 du code de la Propriété intellectuelle (NB : seule l’action en nullité de marque leur était jusqu’ici autorisée).

>> Enfin, une « indication géographique » visant à protéger les produits manufacturés contre la concurrence déloyale de produits similaires fabriqués à l’étranger est également instaurée.

Seuls petits bémols : la Loi ne prévoit pas d’interdiction absolue de déposer le nom d’une collectivité comme indication géographique pour d’autres produits que celui qui est protégé… Et elle n’est pas rétroactive, bien entendu.

Ainsi, à défaut d’obtenir gain de cause contre l’industriel indélicat qui continue d’utiliser son nom, la commune de Laguiole aura au moins la faculté de s’opposer à tout nouvel enregistrement… C’est déjà ça ;)

 

* Loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 parue au JO n° 65 du 18 mars 2014