Authenticité, transparence, engagement… : les nouvelles attentes des millenials vis-à-vis des marques

Objets de toutes les attentions et toutes les convoitises, les millenials sont aujourd’hui sondés, scrutés, auscultés sous toutes les coutures et décryptés par des dizaines d’instituts et une infinité de marques, plus empressées les unes que les autres de comprendre comment elles.ils fonctionnent et de connaître leur moindre désir.

Génération fascinante et mystérieuse à la fois, sujette à nombreux fantasmes (et tant de généralisations hâtives et de stéréotypes), les 18-38 ans représenteront en effet sous peu plus de 50% de la population active mondiale (d’ici 2020) et pas moins de 75% en 2025 !

Bataillons aux profils hétérogènes, ils pèsent déjà d’un poids prépondérant dans les achats de biens de grande consommation et davantage encore dans les perspectives de développement de certains pans d’activité. 85% de la croissance du secteur du luxe leur serait notamment imputable, d’après une étude récente réalisée par Bain & Company¹. Et il n’est pas une entreprise qui n’ait déjà réfléchi, ou ne soit en train de réfléchir à toutes les adaptations fonctionnelles et managériales à mettre en oeuvre pour s’adapter à cette nouvelle population de salariés hyperconnectés et exigeants…

Mais quelles sont exactement les croyances, valeurs et attentes communes à une classe d’âge aussi large ? Et quelles sont les conséquences pour les organisations, les marques, mais aussi les marketeurs et communicants dans leur activité ? Comment séduire et impliquer durablement ces millenials ? Sur la base de quel nouveau « contrat relationnel » et avec quels modèles d’entreprises et de marques ?

Ce sont là quelques-unes des questions passionnantes auxquelles répond l’excellente Revue des marques, en consacrant son premier numéro de l’année 2018 aux relations Marques – Millenials. Un numéro auquel de nombreux experts et instituts d’étude ont apporté leur contribution, cassant au passage quelques mythes et idées reçues et nous livrant un portrait nuancé et inpirant de ces générations qui commencent à bousculer largement les schémas classiques de la consommation et du monde du travail.

En quête de sens et de repères, mais aussi de transparence et d’authenticité, il se murmure en effet que 25% à peine des marques qui existent aujourd’hui trouveraient grâce aux yeux des millenials, les 75% restant leur apportant si peu de valeur qu’elles seraient selon elles.eux destinées à disparaître ! De quoi s’interroger sérieusement sur certaines pratiques… et justifier mon article du jour, dans lequel je vous propose non seulement un résumé des enseignements de la Revue, mais également un condensé de mes convictions personnelles en matière de branding et de communication. Puisque les millenials nous amènent à remiser une fois pour toute le « marketing de papa » au grenier (ou à la cave), elles.ils nous poussent aussi à déployer des trésors de créativité et d’intelligence pour les intéresser et les satisfaire… Une bonne nouvelle pour tous les néo-marketeurs et les néo-communicants !

Les Millenials : une population aux profils et comportements objectivement hétérogènes, mais aux croyances et valeurs relativement partagées…

Comme le rappellent la plupart des intervenants sollicités par la Revue des marques, une des premières erreurs à ne pas commettre au sujet des millenials serait de les considérer comme une population parfaitement homogène, aux profils et comportements communs et bien déterminés.

Car au-delà de la définition purement statistique de cette population, qui regroupe toutes les personnes nées entre 1980 et 2000 (ayant donc aujourd’hui de 18 à 38 ans), quel rapport entre un lycéen ou une jeune étudiante et une personne adulte de plus de 30 ans, potentiellement père ou mère de famille et disposant d’une première voire de plusieurs expériences professionnelles ?

Objets de généralisations hâtives et de stéréotypes tenaces, la perception des millenials a d’ailleurs tendance à varier grandement en fonction du point de vue de celle ou celui qui les décrit : souvent dépeints comme « jeunes », « feignants », « enfants gâtés », « rois du zapping » et « technophiles » par les « X » et les générations plus anciennes, ils se perçoivent évidemment eux-mêmes de manière beaucoup plus favorable, comme « jeunes » et plutôt « technophiles » en effet, mais aussi « innovants », « bohème » et bien plus « cool » que leurs aînés, comme nous le révélait dès 2012 cette étude de référence du Boston Consulting Group : « The Millenial Consumer – Debunking Stereotypes », par Christine Barton, Jeff Fromm et Chris Egan.

De fait, à défaut de profils et de comportements homogènes identifiables sur une population aussi large, en réalité composée de différentes tranches d’âge et de sous-segments, comme ceux proposés ci-dessous par le BCG², il paraît en revanche beaucoup plus approprié et pertinent de parler de qualités communes, d’attitudes, de croyances et de valeurs partagées, comme celles relevées étude après étude par une majorité d’instituts, qui pointent d’abord une aisance évidente avec les technologies numériques (ce n’est pas pour rien qu’on parle de « digital natives ») et un usage beaucoup plus fréquent que leurs aînés des réseaux sociaux modernes (Instagram, Facebook, WhatsApp et Snapchat surtout). Cette aisance avec le digital et cette vie « augmentée » par le web 2.0 et les liens communautaires – en tout cas en Occident – incitent naturellement les millenials à partager davantage et beaucoup plus rapidement que leurs aînés avis, commentaires, réflexions et autres moments de vie, soit publiquement soit en mode « privé », et à se montrer beaucoup plus réactifs à la moindre actualité. L’accessibilité, l’instantanéité et l’universalité de l’information venant sans conteste amplifier cette hyper-réactivité.

Mais enquête après enquête, quels que soient les continents et les pays étudiés, les experts pointent aussi d’autres qualités partagées, attentes et valeurs communes : au-delà de l’information voire la surinformation dont les millenials disposent, une exigence encore plus forte que les générations précédentes vis-à-vis des marques, une capacité pour ainsi dire « innée » à décrypter et à décoder la moindre campagne marketing et les « éléments de langage » de la communication, mais également un réel souci pour la protection de l’environnement, pour les sujets sociétaux et pour l’emploi, ainsi que la préservation de leur santé…

Au-delà des stéréotypes, des millenials beaucoup plus « classiques » et ancrés dans le réel qu’on ne le dit, à la fois marqués par les contraintes économiques… et bien décidés à changer le monde !

Pascale Hébel, Directrice du pôle Consommation et Entreprise du Crédoc et Stéphanie Marty, Directrice du développement client de l’institut Research Now, nous apportent au travers de deux articles de la Revue des marques des éclairages précieux et complémentaires sur ces populations de « Y » et « Z », qui composent la cohorte des millenials.

Ainsi, sur la base d’une étude prospective menée récemment sur les comportements alimentaires de demain et sur les principales tendances de consommation, il apparaît que ces deux populations de millenials ne se comportent pas si différemment des générations précédentes. « Il n’ y a pas d’inversion de tendance constatée dans la manière de consommer. L’évolution des modes de vie se poursuit, nous dit ainsi Pascale Hébel, comme en témoigne le contenu de leurs assiettes. Les jeunes mangent par exemple moins de viande, beaucoup moins de produits bruts, de fruits et de légumes et, a contrario, plus de sandwichs ou de sodas ».

Mais, très influencée par la conjoncture économique et en l’occurrence par la crise de 2007 (qui aura duré pas moins de 10 ans !), cette génération entre ou est déjà entrée dans le monde du travail en étant moins bien payée que les générations précédentes au même âge, malgré un niveau de diplôme globalement supérieur, comme cela s’était déjà passé en 1973 ou en 1993… « Cela crée des inégalités entre les générations, particulièrement en France où l’on constate le plus gros écart de revenu entre les moins de 30 ans et les autres. »

Ces difficultés économiques et ce marché du travail que les millenials subissent, avec le plus fort taux de chômage jamais atteint chez les moins de 25 ans, « impacte non seulement le pouvoir d’achat de cette génération, mais crée également un rapport au monde qui l’encourage à développer d’autres façons de vivre » indique encore Pascale Hébel, soulignant que les Y et les Z partent plus tôt de chez leurs parents que leurs aînés, du fait d’une relation à la famille beaucoup plus distendue chez ces enfants de divorcés. Rien d’étonnant, dès lors, que la valeur d’usage soit en train de supplanter auprès de cette génération la valeur de possession… Si les plateformes d’achat en seconde main, de prêt, de partage et d’échange de compétences ont été aussi plébiscitées par les millenials, avec le succès de start-up comme BlaBlaCar ou Flexdrive, la contrainte économique n’y est évidemment par pour rien.

Et si, chez les 16-21 ans, les préoccupations quotidiennes semblent évidemment différentes de leurs aînés « Y », leurs principales inquiétudes portant sur des problèmes de smartphone, d’accès au réseau ou bien encore la crainte du piratage de leurs comptes sur les différents réseaux sociaux, les millenials de la génération « Z » n’en conservent pas moins un lien étroit avec le réel, comme le confirme Stéphanie Marty d’après les résultats d’une grande étude internationale menée auprès de cette cible spécifique…

« Bien que baignant dans un univers digitalisé, les représentants de la génération Z ne se coupent pas du monde réel… confirme la directrice du développement de Research Now. Leurs amis ne sont pas virtuels : à 78%, ils préfèrent les voir en personne plutôt que de leur parler sur WhatsApp ou Snapchat […] De même, les points de contact avec les marques ne sont pas que virtuels : l’achat en magasin reste une expérience sensorielle appréciée et préférée (67%), même s’il s’agit d’une tendance plus féminine que masculine (72% versus 62%).

Marqués par le même contexte de crise que les « Y » et les mêmes incertitudes concernant leur futur emploi, les « Z », au pouvoir d’achat encore plus limité, se montrent particulièrement raisonnables et réalistes et aspirent à un schéma de vie somme toute très classique. Au-delà de leurs soucis quotidiens de connexion, la première de leur inquiétude est en effet la peur de ne pas pouvoir payer leurs factures et, faute de moyens sans doute, une large majorité des Z affirme préférer rester chez elle (à regarder des séries en l’occurrence) plutôt que de sortir. Les prix et le souci de faire des économies en étant a priori la première raison, quel que soit le pays considéré. De même, les 16-21 ans affirment souhaiter avant tout fonder une famille (32%) qu’ils imaginent avec enfants (44%) et seraient prêt à travailler tout autant dans une entreprise établie (34%) que dans une société qu’ils auraient créé eux-mêmes (28%).

« Y » comme « Z », les millenials aspirent aussi, de manière très affirmée, à changer le monde, avec pour commencer une meilleure prise en compte de l’environnement et de leur santé, comme le confirme sans ambiguïté Pascale Hébel. « L’environnement apparaissait déjà dans nos précédentes études et se développait avec le temps. Mais la génération que nous appelons « nomade » se démarque par un intérêt nettement supérieur pour l’écologie. C’est une mutation majeure chez les plus jeunes, qui ont grandi sous l’ère du Grenelle de l’environnement de 2007. Depuis 10 ans, on ne leur parle plus que de cela, dès les programmes scolaires, si bien que c’est devenu pour eux un prérequis qui va modifier profondément leur relation à de nombreux éléments. Avec l’environnement, la préocuppation nutritionnelle et l’inquiétude pour le capital santé – même à cet âge – s’imposent. »

Transparence, naturalité, authenticité et engagement : ce que les millenials attendent des marques…

Bien que recouvrant des populations ou segments de population hétérogènes, comme on vient de le voir, les millenials expriment pourtant, d’étude en étude, des croyances et valeurs communes et des attentes assez largement partagées.

Plutôt que de vous en proposer une longue énumération, j’ai résumé ci-dessous en une illustration les principales attentes identifiées par les différents experts et instituts cités par la Revue des marques, sous forme d’un nuage de mots-clés…

Dans un article de la Revue au titre explicite (« Génération #NoBullshit »), la fondatrice de l’institut Trend Sourcing, Pascale Brousse, s’arrête en particulier sur trois tendances/attentes des millenials qui selon elle vont changer durablement les produits, les mentalités et la consommation : 1) le degré d’exigence, 2) la quête de sens et 3) La soif de transparence.

S’il est souvent répété ici et là – et ce furent sans conteste les plus nombreux commentaires suite à la parution de la première partie de cet article – que les attentes des millenials tendent en définitive à être les mêmes que celles des autres générations (et c’est relativement normal puisqu’ils.elles sont en définitive les précurseurs d’attitudes et de comportements qu’adoptent ensuite les autres classes d’âge : en ce sens, nous sommes toutes et tous des « millenials » potentiels ), les « Y » et les « Z » se distinguent par la vigueur de leurs attentes et de leur volonté de changement.

Plus exigeants encore que les générations précédentes, ils.elles sont comme je l’indiquais en introduction des champions du décodage marketing, comme le soulignaient il y a déjà quelques années Grégory Casper et Eric Briones dans leur ouvrage « La génération Y et le luxe ». Allergiques aux éléments de langage et aux vieilles ficelles du marketing et de la communication « de papa », ce sont toutes et tous des « enfants de pub » habitués à décrypter depuis leur plus jeunes âges les codes et artifices d’une communication souvent trop bavarde et bonimenteuse, alors qu’ils.elles sont souvent hyperinformés et connaissent déjà parfaitement les forces et faiblesses des produits…

En attente de qualité, de durabilité et d’une valeur d’usage encore supérieure vis-à-vis des produits et services qu’ils achètent, ils.elles sont en effet en quête de sens et se tournent naturellement vers des marques aux partis pris forts répondant à un véritable brand purpose. « Leurs caractéristiques ? nous dit Pascale Brousse, une vraie reason-why et pas de bla-bla marketing. Les millenials, ou comme mentionné dans le titre de mon article la génération #NoBullshit, en ont plus qu’assez des discours éculés et sonnant faux des marques. Ils se tournent vers celles qui racontent une histoire vraie avec du coeur et du sens, qui ouvrent le dialogue avec leurs fondateurs et leur réseau : l’humain, les personnes avant la marque. C’est le passage du product centric marketing  au human centric marketing. Le sens prime le produit. »

Et au-delà de cette quête de sens, les Y et les Z expriment aussi et surtout une soif de transparence, qui va bien au-delà de ce que l’on avait connu jusque-là. Car en adeptes du fact-checking et du tracking, ils exigent de plus en plus de savoir où le produit a été fabriqué, par qui et dans quelles conditions. Non seulement le bien-être des salariés et des sous-traitants sont et seront de plus en plus scrutés, mais les millenials figurent aussi parmi les premiers utilisateurs d’applications telles que Clean Beauty, qui permet de vérifier si son produit d’hygiène-beauté est exempt de substances indésirables. Fans de conscious cosmetic, de clean food et autres green products, ils.elles sont les premiers clients de start-up telles que Think Dirty, qui imagine dès aujourd’hui les objets connectés qui nous permettront demain de tout scanner en rayon et de tout savoir sur n’importe quel produit, substance ou matériau. « Etant donné que 25% des consommateurs américains de 18 à 38 ans prennent déjà le temps de scanner les codes produit figurant sur les packaging, il semble pertinent d’imaginer que d’ici peu, nous serons tous équipés d’appareils portatifs miniatures ou d’applications permettant de faire nos choix de consommation de manière éclairée » ajoute à ce sujet Pascale Brousse. Une évolution des comportements clairement impulsée par les millenials.

Premiers témoins (et aujourd’hui acteurs) de ces bouleversements, les dircom sont progressivement passés d’un statut d’émetteurs, garants de tous les messages de l’organisation à celui de « facilitateurs connecteurs » et de chefs d’orchestre, à l’écoute et au service de tous les interlocuteurs susceptibles de prendre la parole au nom de l’entreprise.

Comment les entreprises et les marques peuvent-elles s’adapter à ces attentes des millenials ? Trois axes structurants sont à privilégier…

Respectivement directrice générale et directrice générale adjointe de Sorgem Advance, Maria di Giovanni et Céline Grégoire nous livrent trois pistes à suivre d’urgence par toute marque soucieuse de répondre aux attentes de ces nouvelles générations de consommateurs que sont les Y et les Z…

1) Premier axe de travail : « densifier le sens » de sa marque

Partant du constat que les marques qui réussissent le mieux auprès des millenials sont celles qui présentent un positionnement « très cohésif, recentré, voire radical et jouant la carte d’une forte densité sémantique et culturelle », comme les fameuses marques indies du make up, développées par des influenceuses ou de petites équipes et souvent concentrées sur un segment bien défini : rouge à lèvres, vernis ou blushs (ex : MUG, Color Pop…), ou bien des marques au positionnement très fort et « bordé » comme Innocent ou encore Red Bull, Maria di Giovanni et Céline Grégoire conseillent aux marques de densifier leur « reason why » à un double niveau. D’une part, en travaillant sur le sens que la marque propose aux consommateurs : plus la promesse et la proposition de valeur seront fortes et claires, plus les consommateurs pourront aisément s’y reconnaître et s’engager et le sens apparaîtra évident. Et d’autre part, en travaillant sur le sens de la marque vis-à-vis de la société, c’est à dire ce que fait la marque pour la planète, la société et l’emploi.

A ce titre, les conseils des deux dirigeantes de Sorgem Advance rejoignent complètement mes analyses et préconisations personnelles, régulièrement exprimées sur ce blog, notamment dans cet article que vous aviez plébiscité il y a quelques mois : « Nouveaux leviers d’engagement : et si on misait sur la bienveillance et la quête du bien commun ? ». De fait, les marques qui réussissent aujourd’hui le mieux sont effet celles qui savent démontrer qu’elles contribuent aujourd’hui à l’intérêt général, ce fameux « bien commun », en développant, en complément de leur offre de valeur principale, une véritable utilité sociale.

2) Deuxième axe de travail : toucher la cible en s’intégrant dans sa culture au travers d’insights pertinents

Si les marques de l’hospitality ont si bien réussi ces dernières années, comme Airbnb, c’est qu’elles ont su capter au bon moment et finement le changement de culture et d’attentes des millenials en matière de vacances et de dépaysement.  En renouvelant complètement l’expérience du voyage, en proposant de vivre les pays de l’intérieur et en adaptant leur sens et leur offre à cette nouvelle culture émergente, ces marques se sont construites sur les bons insights culturels, qui touchent le plus les générations des Y et des Z. Comme les souligne à juste titre Maria di Giovanni et Céline Grégoire, « c’est plus facile bien sûr quand la marque se construit directement sur la culture de la cible ». Mais cela n’empêche pas des marques plus anciennes, comme Moët et Chandon, d’avoir su parfaitement saisir les nouveaux codes culturels de la fête des millenials, en surfant avec bonheur sur l’expérience du « now » et des moments de partage plus spontanés, libres et moins formels que par le passé.

Ainsi, pour les deux dirigeantes, « les insights culturels sont devenus tout aussi importants que les insights consommateurs ». Toucher la personne dans sa culture ET le consommateur dans son quotidien est devenu primordial ».

3) Troisième axe de travail : proposer une expérience personnalisée et rechercher la conversation, pour entretenir une relation toujours plus riche et resserrée avec les millenials

Le succès des marques auprès des millenials repose aussi sur une personnalisation de la relation et de l’expérience offerte à chacun.e, car ils.elles aspirent évidemment à être considérés personnellement, rapidement et avec pertinence. Converser avec sa communauté et savoir faire participer les Y et les Z à l’univers de sa marque sont par ailleurs devenus les autres facteurs clés de succès pour toutes ces nouvelles marques indépendantes ou « de niche » qui affichent aujourd’hui des taux de croissance insolent, au point que Maria di Giovanni et Céline Grégoire n’hésitent pas à le conseiller à toute entreprise…

« La conversation est un puissant antidote à la fin annoncée des marques. Une de ses vertus est de permettre aux interlocuteurs d’évoluer en même temps qu’elle se construit. Si les marques considèrent avec empathie l’esprit critique des millenials, voire l’intègrent dans leur stratégie, elles ont un bel avenir devant elles » […] « Au-delà de la communication digitale, cette vague technologique (IA, outils conversationnels) propulse les marques dans un courant qui va les conduire à entretenir des relations toujours plus directe et resserrées avec les consommateurs, en délivrant des expériences multiples. Les marques qui seront considérées par les millenials seront celles qui conversent avec empathie et sincérité : échangent, interrogent, stimulent, défient, étonnent… et acceptent en retour les remerciements, les recommandations, les pratiques d’influences, mais aussi les critiques et les suggestions. »

Ultime recommandation / axe de travail proposé subsidiairement par Maria di Giovanni et Céline Grégoire : faire évoluer la conception du « premium », pour toutes les entreprises et marques rattachées au domaine du luxe notamment.  Dans cette perspective, il est important de noter que le « premium » ne revêt plus la même signification pour les Y et les Z que les générations passées. Tandis que la conception du premium fondée sur des arguments purement économiques et une dynamique de statut social a en effet tendance à perdre beaucoup de terrain auprès de cette classe d’âge, c’est le besoin d’expérience enrichie et distinctive, porteur d’une différenciation individuelle et communautaire qui est aujourd’hui le plus valorisé par les millenials et symbole de luxe ultime à leurs yeux.

Cette notion d’exclusivité, d’expérience valorisante fournissant l’opportunité d’afficher ostensiblement ses priorités, ses valeurs et sa culture consacre une nouvelle vision du premium, dont les marques de luxe doivent impérativement prendre conscience pour ne pas faire fausse route. Là encore, il s’agit d’affirmer les atouts d’une marque aux partis pris forts et clairs, car le prix n’est plus nécessairement une donnée d’entrée et il est possible à toute marque de se positionner désormais comme pretium dès lors qu’elle pousse l’affinité culturelle au bout se sa logique.

Et Maria di Giovanni et Céline Grégoire de conclure positivement sur ces différents défis : « Notre conviction est que les millenials ne constituent nullement un péril pour les marques, mais dessinent une nouvelle ère, où les acteurs du marketing devront davantage que par le passé se remettre en question. »

Et au sein des organisations, comment gérer cette nouvelle population des millenials ?

Equilibre vie privée-vie professionnelle, quête accrue de sens (à leur action et dans la mission de l’entreprise), modes de travail plus collaboratifs, management moins hiérarchique et plus ressource, opportunités d’engagement (dans le cadre de l’entreprise et au-delà, pour l’intérêt général)… Angelica Mleczko, consultante en bien-être au travail liste pour la Revue des marques les nouvelles attentes des générations Y et Z, en soulignant cette circonstance exceptionnelle que 4 générations différentes cohabitent aujourd’hui dans le monde du travail.

De fait, beaucoup de défis à relever sont dès lors intergénérationnels, mais les enjeux de la révolution numérique, qui bouleversent profondément les marchés, les métiers et le paysage de l’entreprise, incite aussi les organisations à se transformer en profondeur et à repenser leurs organisations et leurs modes de travail et de collaboration.

« Densification du sens » et pédagogie autour de la mission de l’entreprise, « libération » du travail pour le rendre plus flexible en journée et adapter les temps de travail et de télétravail, acculturation des équipes au numérique et à l’innovation, développement du coworking et lutte contre les silos, accompagnement au changement et redéfinition du rôle des managers… les solutions et initiatives sont légion.

Mais comme je le soulignais déjà dans cet article, c’est aussi l’esprit général et les objectifs qui président à cette transformation interne qui doivent être les bons… et cohérents. Il ne s’agit pas de « surfer » sur les attentes de l’une ou l’autre des générations au travail, pour redorer sa marque employeur, en étant en totale contradiction avec la réalité des expériences vécues par le salarié sur le terrain. Là encore, il s’agit d’écouter les millenials, en effet, mais aussi de proposer un sens et une mission crédibles, conformes à la culture de l’entreprise.

Et demain, tous millenials ?

On le voit : les attentes des millenials sont certes spécifiques, pour un certain nombre d’entre elles, mais comme le soulignent – à raison – plusieurs observateurs avertis, les différents experts et analystes seraient bien inspirés de rester humbles et prudents car il demeure en partie illusoire de prétendre définir rigoureusement et étroitement cette génération, tant ses attentes tendent de plus en plus à s’imposer comme de nouveaux standards pour l’ensemble des générations qui les ont précédé. En particulier pour les individus qui en partagent déjà les croyances et les modes de vie : citadins occidentaux hyperconnectés, en quête de transparence et d’une nouvelle relation vis-à-vis des marques…

Dixit Christophe Chaptal de Chanteloup, Directeur général de CC&A et président de l’APCI, qui dispose d’un avis tranché sur la question : « Vouloir définir et cadrer les millenials est une erreur. Cette génération est très diverse, et on peut en définitive se considérer millenial à 50 ans. Ce n’est pas tant une question d’âge que de mentalité. Si on n’a jamais eu accès à l’information aussi vite et aussi complètement, il n’y a pas pour autant de millenial type. »

Bref : sur ces questions de génération, comme toujours, force est de constater que le débat reste ouvert ! ;-)

 

 

Notes et légendes :

 

(1) Etude réalisée par Bain & Company, Le Monde – 26 octobre 2017

(2) Etude du Boston Consulting Group : « The Millenial Consumer – Debunking Stereotypes », par Christine Barton, Jeff Fromm et Chris Egan – 2012

 

Crédits photos et illustrations : 123RF, La Revue des marques, The BrandNewsBlog, X, DR.

Transformation de la com’ : au-delà du défi technologique, des enjeux avant tout humains et organisationnels…

Riche et inspirant. Pour son numéro de cette semaine, après une première édition réussie dont je vous avais déjà parlé l’an dernier à la même époque¹, le magazine Stratégies avait choisi de reconduire son opération spéciale « Les 15 », en confiant de nouveau sa rédaction en chef à une quinzaine de personnalités de la communication, des médias et de la nouvelle économie.

Comme en 2017, le but de cette initiative était d’imaginer un numéro « collector », qui traite à la fois des enjeux les plus actuels du monde de la communication mais reflète également les interrogations des professionnels à l’aune de cette révolution numérique qui n’en finit pas de bouleverser les modèles économiques existants et de transformer le paysage et les pratiques de la com’.

Le résultat de cette démarche éditoriale, qui rappelle l’opération « La relève » organisée par Les Echos², est là encore une réussite. Car non seulement Stratégies continue d’offrir à ses lecteurs le meilleur d’une presse professionnelle qualitative et pertinente, parfaitement en phase avec son temps. Mais les contenus de ce numéro spécial sont d’autant plus intéressants qu’ils sont à nouveau remarquablement congruents en définitive, chacun des articles rédigés par un(e) invité(e) du journal faisant écho – au moins en partie – aux problématiques et conclusions évoquées par les autres.

Si je ne peux évidemment que vous inciter à aller découvrir par vous-mêmes cette belle photo des enjeux de la communication, en courant vous procurer cette édition du magazine (toujours en kiosque), je me permets comme je l’avais fait l’an dernier de vous en proposer ci-dessous quelques-uns des enseignements principaux, en guise d’apetizer… Et ne me remerciez pas, car c’est bien le moins que le BrandNewsBlog puisse faire, dès lors que l’occasion se présente de faire écho à des contenus de qualité.

15 voix pour raconter le monde de la communication d’aujourd’hui… et de demain

Le premier facteur clé de succès d’une telle opération éditoriale réside évidemment dans le choix des personnalités invitées à prendre la plume.

De ce point de vue, Stratégies n’a point failli cette année encore, en sélectionnant un panel de professionnels reconnus provenant des différents horizons de la communication, des médias et du numérique :

Franck Annese (@FranckAnnese, So Press), Christophe Collet (@ChristophCollet, S4M), Marion Darrieutort (@Darrieu, Elan Edelman), Raphaël de Andréis (@raphdeandreis, Havas Village), Anne de Maupéou (@annedemaupeou, Marcel), Aurore Domont (@AuroreDomont, Media Figaro), Etienne Lecomte (@lecomte_etienne, Groupe Bel/UDA), Renaud Le Van Kim (@renaudlvk, Brut), Mounir Mahjoubi (@mounir, secrétaire d’Etat au Numérique), Francis Morel (@Echos_ParisienLes Echos/Le Parisien), Quentin Sannié (@QuentinSannie, Devialet), Marie-Laure Sauty de Chalon (@mlsauty, Aufeminin), Laurent Solly (@laurentsolly, Facebook), Sylvia Vitale Rotta (@SylviaVitale, Team Créatif), Cédric Vandervynck (@cedric_vdv, Criteo), Michel-Edouard Leclerc (@BlogMELeclerc, Groupe E.Leclerc) et Paul-Emmanuel Reiffers (@Mazarine_Group, Groupe Mazarine)…

Ces 15 invités de marque de Stratégies (ou plus exactement 17, Michel-Edouard Leclerc et Paul-Emmanuel Reiffers étant venus en renfort) se sont emparés de thématiques à la fois originales et fortes, dont la plupart témoigne du changement de paradigme qu’a connu ces dernières années la communication.

Perspectives de l’intelligence artificielle et limites du machine learning, importance des big data dans la personnalisation du storytelling des marques et de l’expérience offerte aux clients, hybridation des parcours on– et offline dans les domaines du commerce et de la distribution, révolution du traitement de l’information et réinvention du journalisme par le live et par l’exploitation des codes et opportunités offertes par les réseaux sociaux, exigence accrue de transparence et d’engagement de la part des marques, intérêt d’une incarnation de la communication par les dirigeants à l’image de la stratégie éditoriale déployée par Michel-Edouard Leclerc sur ses différents comptes et via son blog, adaptation des modèles économiques et des pratiques des agences de communication pour répondre aux nouvelles attentes des annonceurs et mieux cerner les besoins des consommateurs…

Les sujets technos, qui découlent de la révolution numérique et de la « digitalisation » de la société et des entreprises, sont naturellement omniprésents. Mais ils suscitent, c’est le moins que l’on puisse dire, de nombreuses interrogations chez les professionnels, tant il est vrai que la transformation numérique des métiers de la communication et du marketing est loin d’être achevée. Ainsi, dans la plupart des sujets abordés, on voit que le facteur humain, le libre-arbitre et le capital-expérience accumulé par les professionnels… demeurent tout à fait cruciaux dans l’exercice de métiers de la communication qui ne cessent d’évoluer, mais dont les fondamentaux demeurent le plus souvent encore valides.

De l’impact inédit du numérique – et des réseaux sociaux – sur des pans entiers d’activité : les nouvelles règles du « branding 2.0 »

On n’a certes pas attendu la sortie du numéro spécial de Stratégies pour être convaincus de la révolution et du pouvoir de disruption que représentent le digital et les médias sociaux dans la plupart des secteurs économiques. Mais s’il en fallait un nouvel exemple, c’est sans doute Paul-Emmanuel Reiffers, le président-fondateur du groupe de communication Mazarine, spécialiste des marques de luxe et premium, qui en donne le plus probant, en évoquant le succès récent et fulgurant de 4 nouvelles marques dans les univers du luxe et de la beauté³…

Qu’il s’agisse de Kat Von D, Huda Beauty, Glossier ou Fenty Beauty, ces 4 nouvelles marques lancées respectivement par la tatoueuse Katherine von Drachenberg, par la make up artist Huda Kattan, la blogueuse beauté Emily Weiss ou bien la star de la chanson Rihanna, ont rencontré un succès quasi-immédiat, en révolutionnant non seulement une partie des codes du secteur, mais en explosant surtout ceux du marketing et de la communication cosmétiques. A ce titre, le véritable raz-de-marée commercial généré depuis septembre dernier par Fenty Beauty, la ligne de produits de beauté lancée par Rihanna, en est une illustration spectaculaire.

Le principal facteur clé de succès derrière ces lancements de marque réussis ? Les personnalités dont nous venons de parler, influenceuses archi-reconnues dans leurs domaines respectifs,  cumulant à elles seules des dizaines de millions de followers sur leurs comptes sociaux respectifs, ont su monétiser comme personne leur influence en fédérant depuis des années autour d’elles et de leurs univers respectifs de très larges communautés par essence sensibles à toutes leurs initiatives… et à leurs produits. Il n’était donc pas illogique (et sans doute même prévisible) que ces communautés les suivent massivement à l’occasion du lancement de leur propre marque, ce qui s’est immédiatement traduit par un affolement de leurs compteurs Instagram, les marques en question cumulant rapidement des millions d’abonnés (plus d’1 million pour Glossier, 3 millions pour Fenty Beauty, 4 millions pour Kat von D Beauty et plus de 25 millions pour Huda Beauty !), les chiffres des ventes étant à l’avenant…

Ainsi, comme le résume Paul-Emmanuel Reiffers, « en adoptant la rapidité, la fluidité et la logique one-to-one propres aux réseaux sociaux, ces marques ont su créer une connexion immédiate et pertinente avec leurs clientes, apportant un vent de nouveauté dans le secteur de la beauté tout en prenant de vitesse les marques établies. »

Et Glossier d’aller jusqu’à concevoir ses produits pour qu’ils soient facilement « instagrammables », en associant bien sûr sa communauté à toutes les étapes de cette conception dans une logique de créativité débridée et « open source » : le nec plus ultra de la reconnaissance pour les fans de ces nouvelles marques 2.0, ravies de participer ainsi par procuration à l’univers artistique et aux créations de leurs égéries.

Une disruption des pratiques et de la relation aux publics par le live et les nouveaux codes du web 2.0 : la fin du journalisme et de la communication « de papa »…

S’il fallait d’autres exemples de ce changement de paradigme que connaissent les métiers du marketing, de la communication, mais également du journalisme, les interviews de Rémy Buisine et Hugo Travers  par Renaud Le Van Kim, mais également le témoignage de Michel-Edouard Leclerc sur son usage des médias sociaux, ou bien encore l’interview d’Elise Lucet par Franck Annese, nous les apportent pour ainsi dire « sur un plateau »*.

Eclairant, en effet, de voir comment, au travers de leur interview croisée par Renaud Le Van Kim, ces trublions du journalisme sans carte de presse que sont Rémy Buisine et Hugo Travers, envisagent à leur manière le traitement de l’information et de l’actualité la plus chaude, en intégrant tous les apports des nouvelles technologie et du live, et en mettant à profit les codes des réseaux sociaux pour rendre compte à leur manière de la vie publique et politique du pays.

Là encore, au-delà des technologies et de leur apologie du live, qui leur apporte une liberté quasi-totale en leur permettant d’adapter en temps réel leurs pratiques et leur approche d’un évènement, comme le fit Rémy Buisine en couvrant le mouvement Nuit débout sur Périscope, muni d’un simple smartphone ; au-delà du choix du support digital (YouTube, Instagram…) et du format qu’ils n’hésitent pas à modifier en fonction des circonstances, c’est là encore le rapport à la communauté, à leur communauté, qui apporte le plus de richesse et de sens à leur travail et constitue la véritable nouveauté.

Passionnés par le décryptage de la vie publique, ces journalistes d’actu 3.0 ont en effet bien conscience d’éditorialiser l’actualité et les évènements qu’ils couvrent pour et « avec » les nombreux internautes qui les suivent (sur le média social Brut pour Rémy Buisine et la chaîne Hugo Décrypte pour Hugo Travers). Dixit Rémy Buisine : « Sur un live, on adapte sa pratique en direct – c’est le cas de le dire. Il faut être très flexible, ne pas se laisser guider par des idées préconçues sur l’évènement qu’on couvre. Ma communauté va me donner des idées, c’est passionnant. Souvent, des tendances fortes vont de dégager. Il faut être capable de les écouter et de les décrypter. Par exemple, sur une manifestation, il arrive souvent que des internautes veuillent avoir une vision à 360 degrés de l’action… ». Moyennant quoi, le live et l’interaction directe avec son audience, sa communauté, permet au journaliste de terrain de faire une véritable pédagogie de leur travail et de leurs choix éditoriaux, tout en n’étant pas contraint par une durée limitée ni les artifices du montage : de quoi renouer un véritable dialogue en surmontant cette défiance que les spectateurs expriment de plus en plus souvent vis-à-vis de l’information et des médias traditionnels.

Dans un tout autre registre – celui de la communication – et dans le cadre de la démarche éditoriale et relationnelle que Michel-Edouard Leclerc a choisi d’établir avec les différentes communautés qui le suivent sur son blog ou sur ses comptes de réseaux sociaux, le président du groupe Leclerc ne dit pas autre chose. Lucide sur ses propres pratiques et sur les reproches que lui ont parfois adressé certains journalistes, celui-ci assume ses erreurs et reconnaît bien volontiers avoir d’abord « appris le web 2.0 en marchant », sans stratégie préconstruite, avant de faire montre au travers de son témoignage d’une connaissance fine du fonctionnement des réseaux sociaux et d’une réelle compréhension de leur intérêt, pour nouer une communication directe et pour ainsi dire « désintermédiée » avec les internautes.

Poussé au blogging par Loïc Le Meur il y a de cela plus de 12 ans, Michel-Edouard Leclerc a en effet été un des premiers dirigeants d’entreprise à rédiger ses propres billets pour son blog « De quoi je me mel » et à comprendre tout l’avantage de s’exprimer en direct, pour incarner sa marque et livrer ses propres réflexions sur des thématiques économiques bien sûr, mais également sociales ou culturelles. Capitalisant sur cette expérience et ce blog désormais installé dans le paysage médiatique français, le président de Leclerc dit avoir alors voulu « multiplier les réseaux pour m’assurer une audience large, gage d’indépendance et de liberté, tant à l’égard des autres médias que du pouvoir politique ». Avisé, il s’est alors investi sur les différentes plateformes en veillant bien à ne pas vampiriser ni court-circuiter la communication officielle de sa marque : « en accord avec les centres E.Leclerc, j’ai décidé de développer ma politique éditoriale, sur tous les réseaux, en la dissociant de la communication de l’enseigne. Bien sûr, je la relaie, mais selon mon tempo et mes choix. J’y gagne en liberté d’expression. Et en retour, les centres E.Leclerc peuvent se référer à une expression plus humaine, plus incarnée, et plus distanciée par rapport aux enjeux commerciaux. »

Capitales dans cette conquête des différentes plateformes sociales : les notions de plaisir et d’authenticité… C’est sans doute pourquoi Michel-Edouard Leclerc dit avoir choisi de commencer par Instragram, en passionné de photos et de bande dessinée… et avoir compris à cette occasion l’importance de sa présence en ligne pour les collaborateurs, dont il a redécouvert via leurs nombreux commentaires la fierté de travailler pour une entreprise aux convictions fortes. Pour Facebook et LinkedIn, le patron d’entreprise reconnaît suivre une ligne éditoriale plus business, en relayant sur le premier l’esprit de son blog, tandis que LinkedIn lui sert à adresser une cible plus professionnelle de DRH, coachs et consultants, mais également d’étudiants et de commerciaux.

Mais en véritable expert et aficionado du web social, « MEL » reconnaît passer du temps à converser et nouer des échanges sur les réseaux, pour tisser du lien avec ces communautés de bretons, de randonneurs, d’amoureux de la BD ou des livres qui le suivent également sur ses différents comptes : car là encore, « pas question de jouer à l’homme sandwich » même pour promouvoir l’utilité sociale de son entreprise, le relationnel et l’authenticité primant toujours en fin de compte.

On le voit : plus question de pratiquer la « communication de papa » si l’on veut rester en phase avec les nouvelles attentes de ses publics… Et il s’agit aussi d’être transparents et de respecter tout simplement la parole et les engagements de l’entreprise, comme le rappelle sans chichi Elise Lucet, dans l’interview qu’elle a accorde pour ce numéro spécial de Stratégies au P-DG de So Presse, Franck Annese.

« Beaucoup de gens nous caricaturent en disant qu’on veut piéger les entreprises, se défend d’entrée la présentatrice de Cash Investigation. Mais non, moi j’aime bien les entreprises. Mais quand elles prennent des engagements, je leur demande de les respecter, c’est tout. Quand il y a une jolie charte qui dit « on ne fait pas travailler les enfants », eh bien on ne fait pas travailler les enfants. Et si un chef d’entreprise nous apporte un document qui nous prouve qu’on a tort, tant mieux ! La première année de Cash, j’ai le souvenir qu’on avait interrogé Serge Papin (P-DG de Système U) parce qu’on pensait que les produits n’étaient pas assez contrôlés et en fait il nous a prouvé le contraire. »

Les limites du modèle « digital first » et la primeur d’une expérience client multicanale et sans soudure, avec la fin de la frontière online/offline

Le culte du « tout-digital » aurait-il du plomb dans l’aile ? Dans un article rédigé par Aurore Domont, à lire juste après l’interview de Rémy Buisine et Hugo Travers par Renauld Le Van Kim, la présidente de la régie Media.Figaro réécrit l’histoire et s’interroge ouvertement sur l’écho qu’aurait pu rencontrer Emile Zola dans sa défense d’Alfred Dreyfus, si les réseaux sociaux avaient existé en 1898…

Sans doute le grand écrivain, en communicant hors pair, se serait-il emparé de Twitter et Facebook en essayant de rallier l’opinion derrière un hashtag #Jaccuse fédérateur ? Mais en connaisseuse des ressorts du web 2.0, et du filtrage de plus en plus important exercé par les algorithmes sur les différentes plateformes, qui « ont tendance à nous éloigner des informations qui pourraient ébranler nos convictions et nos croyances et ainsi nous faire changer d’avis », Aurore Domont doute que le groupe Facebook du talentueux Zola ait eu la moindre chance d’émerger, dans une France majoritairement anti-dreyfusarde. Quel sort aurait connu le hashtag sur Twitter, dominé lui aussi par l’instantanéité et l’émotion ? Au-delà d’un buzz de quelques heures ou quelques jours, rien de comparable sans doute avec la portée et l’écho colossal rencontré par cette lettre ouverte « J’accuse » publiée en une du journal L’Aurore le 13 janvier 1898 !

Insistant sur l’importance du temps long, le rôle de tiers de confiance joué par les grands médias dans le filtrage et la hiérarchisation de l’information, la présidente de Media.Figaro ne manque pas d’en donner une version quelque peu « idyllique » (que j’avoue être loin de partager entièrement) : « Depuis toujours les grands médias hiérarchisent les sujets, captent l’air du temps et mettent sur le devant de la scène ceux qui mériteront le plus d’attention, ceux qui feront avancer la société. C’est le temps de l’information journalistique, professionnelle et vérifiée, des articles longs pour comprendre. Nous avons besoin de nous nourrir des pensées des autres, de porte-paroles engagés, d’experts qui ont dans les médias la garantie d’avoir le temps nécessaire pour développer leur argumentation ». Un rempart « anti bullshit » et anti fake-news en somme, mais dont la cote de confiance auprès du grand public me semble néanmoins beaucoup moins forte que ce que me semble avancer la présidente de Media Figaro dans ce plaidoyer pour une presse exemplaire… ce qu’elle n’est hélas pas systématiquement à mon avis.

Comme le souligne par ailleurs le propos introductif de Mounir Mahjoubi et son interview de Stéphane Hugon (« Dans le numérique, des freins vont être levés »), il reste encore d’importants efforts à faire pour rendre le digital plus inclusif, à l’heure où 13 millions de Français n’utilisent pas ou peu Internet et de réelles inégalités d’usage et d’accès continuent de persister, même si Internet a déjà largement contribué à « désenclaver des gens qui s’étaient privés d’autres technologies, comme l’électronique par exemple ou du matériel électroménager ». A ce propos, Quentin Sannié, directeur général délégué et vice-président du board de Devialet nous livre dans ce numéro spécial de Stratégies une « photo » édifiante de cette France déconnectée, qui n’a pas encore accès à l’univers « digital » et ne profite pas encore de ses opportunités (cf infographies ci-dessous). Une France des petites villes et de la ruralité, des séniors et des catégories sociales les moins diplômées…

Mais ainsi qu’en témoignent bien les 3 articles de Francis Morel (P-DG du groupe Les Echos-Le Parisien) sur l’importance de la vente au numéro dans les points presse ; l’article de Raphaël de Andréis (P-DG de Havas Village) sur la bonne santé des libraires indépendants ou bien l’article de Christophe Collet (fondateur de S4M) sur la fin de la frontière online/offline dans la distribution, la fin des points de vente physique n’est pas pour demain et l’avenir est bien au multicanal et à l’alliance des solutions online et offline pour offrir aux consommateurs la meilleure expérience possible. Un parcours clients « sans soudure » durant lequel chacun reste libre d’acheter en ligne ou bien dans un point de vente et de profiter aussi bien de l’assistance d’une intelligence artificielle ou d’un bot que du conseil éclairé d’un libraire passionné sur le dernier roman à découvrir toutes affaires cessantes…

Transparence, engagement sociétal et communication responsable : autant de défis aujourd’hui incontournables…

Mais pour recréer le lien de confiance avec les consommateurs, il ne suffit pas de proposer une expérience multicanale ni de remettre l’humain au centre du jeu. Les marques doivent impérativement tenir compte aujourd’hui des attentes de leurs clients en matière de transparence, de respect de la vie privée, de protection de l’environnement et de la diversité, et respecter leurs engagements, pour revenir aux propos d’Elise Lucet…

Dixit Michel Bonnet (président du conseil paritaire de la publicité) cité par Etienne Lecomte (président de l’Union des annonceurs) dans son article « Consommateurs et marques, entre confiance et défiance » : « Le public veut de l’engagement et de la transparence. En effet, pour les consommateurs, la confiance passe en grande partie par les marques et leur prise de position notamment sur les sujets environnementaux et sociaux (développement durable, santé publique, travail des enfants…). L’affichage clair d’un certain nombre d’engagements et la transparence des marques constituent donc des éléments clés de ce rapport de confiance ».

Et de citer ces 28 entreprises (dont Coca-Cola, Danone, Orange ou la SNCF…), qui se sont impliquées dans le programme de communication responsable FAIRe, lancé par l’Union des annonceurs, prenant notamment l’engagement – en complément de leurs autres engagements RSE – de limiter l’impact environnemental et social de leurs supports de communication ou encore de s’assurer de la clarté des messages diffusés et de leur impact sur la société, mais également de lutter davantage contre les stéréotypes qui demeurent encore trop présents dans les différentes formes de communication.

Dans cette évolution des comportements et la prise de conscience de leurs responsabilités par les entreprises, les professionnels de la publicité doivent également faire leur autocritique et ont un rôle à jouer. Dans une climat général plutôt publiphobe, il s’agit d’abord de tenir compte des critiques des consommateurs, dont beaucoup trouvent la publicité trop intrusive, et de partager d’urgence leurs connaissances clients pour mieux comprendre les besoins des différents publics et s’adresser à eux de manière plus pertinente, en réduisant au besoin la pression publicitaire.

Mais les professionnels de la pub doivent également être les messagers du public auprès des marques, pour les inciter à agir plus vigoureusement et à afficher leur engagements, selon Anne de Maupéou. Convaincue que « la profession peut/doit utiliser son talent, son imagination, son humour et même sa naïveté pour répondre à cette question passionnante : que pourrais-je faire aujourdhui pour améliorer les choses ? », elle rappelle au travers de son interview passionnante de Paul Hawken, écologiste et entrepreneur, que la communication catastrophisme en matière de RSE ne fonctionne pas. Et croit résolument aux vertus d’une communication optimiste qui responsabilise les publics. L’auteur du livre « Drawdown; The Most Comprehensive Plan Ever Proposed to Reverse Global Warming » est en effet catégorique sur ce point : « En termes de réchauffement climatique, le changement ne viendra pas des entreprises ou des gouvernements mais des gens ». A ce titre, la publicité peut jouer un rôle déterminant et prescripteur auprès des consommateurs, pour les inciter à en réclamer davantage et à modifier peu à peu leurs propres comportements.

Quand les agences (et les communicants) doivent se réinventer et procéder à leur propre transformation organisationnelle et humaine…

Confrontés à ces différents défis (et de nombreux autres : Marie-Laure Sauty de Chalon, P-DG d’Aufeminin aborde notamment les enjeux de l’inteligence artificielle et Cédric Vandervynckt, vice-president EMEA de Criteo, le débat sur la neutralité du net : à découvrir également dans ce numéro de Stratégies), les communicants doivent faire leur propre révolution.

Et les agences, de plus en plus sérieusement challengées par les géants du conseil, seraient bien inspirées de se remettre en question et de profiter de cet aiguillon providentiel pour s’interroger sur leurs pratiques, leur valeur ajoutée et l’avenir de leur modèle, comme le résume parfaitement Marion Darrieutort, dans un article particulièrement clairvoyant : « Vers le com-sulting ? »

De plus en plus drivés par des sujets et enjeux convergents : ceux de la maîtrise technologique et l’accompagnement de la transformation digitale des entreprises, qui réclament un véritable investissement en terme de communication interne, de conduite du changement mais également de valorisation de la marque, les mondes de la communication et conseil sont amenés à marcher de plus en plus sur les mêmes plates-bandes. Et les acteurs de la communication sont quant à eux saisis de problématiques nouvelles sur lesquelles ils avaient encore peu investi : business hacking, réinvention de l’expérience client, approche servicielle de la marque…

Une conjonction des astres idéale pour créer un nouveau modèle d’agence hybride, s’inspirant du meilleur des deux mondes et plaçant la data et le project management au coeur de ses compétences ? C’est en tout cas ce que semblent appeler de ses voeux la P-DG d’Elan Edelman et elle est loin d’être la seule.

Cofondateur du groupe VT scan, Fabrice Valmier ne dit pas autre chose : « Les cabinets rachètent des agences pour leur capacité d’idéation et de création. Les agences doivent intégrer des directions de projet plus solides, une plus forte rigueur méthodologique  pour renforcer leur capacité à délivrer et concrétiser des projets ».

Et Emmanuelle Raveau, directrice de la communication de EY et présidente de l’association Com-Ent d’y aller de son conseil complémentaire à l’attention des agences : « Plus que jamais, les agences doivent s’organiser au regard des besoins de leurs clients et non pas en fonction de leur propres compétences. Elles ne doivent plus se comparer à leurs pairs mais mettre au coeur l’expérience client ».

Pour se faire, les agences doivent évoluer vers un management plus opérationnel, faire disparaître leurs silos, être plus flexibles et imaginer des schémas de collaboration plus légers et plus agiles avec leurs clients, dans le cadre d’une véritable stratégie organisationnelle et de ressources humaines. Un défi de taille à relever rapidement si elles ne veulent pas perdre davantage de terrain encore sur les grands cabinets de conseil, qui disposent déjà de cette flexibilité et sont lancés dans de grandes politiques d’acquisition à marche forcée…

>> A noter que ce numéro spécial de Stratégies traite également de quelques autres sujets comme le renouveau du branding packaging ou la personnalisation du storytelling des marques : des articles passionnants à retrouver dans sa version papier ou directement en ligne.

 

 

Notes et légendes :

 

(1) « Transformation de la communication : une (r)évolution certes digitale mais avant tout humaine », article du BrandNewsBlog, 26 mars 2017 

(2) Numéro spécial « La relève » des Echos : à échéance régulière, le quotidien a pris l’habitude de confier sa rédaction en chef à des personnalités incarnant la nouvelle garde issue des milieux politiques, industriels, financiers, culturels ou technologiques >> la 4ème et dernière édition en date de cette opération a eu lieu en mars 2017.

(3) « Le luxe est une affaire de communauté », par Paul-Emmanuel Reiffers – Numéro spécial « Les 15 » de Stratégies, 08/03/2017

* Article « S’il est bien géré, le live est une mini-révolution », interview de Rémy Buisine et Hugo Travers par Renaud Le Van Kim – Numéro spécial « Les 15 » de Stratégies, 08/03/2017

Article « Comment je me MEL des réseaux sociaux », par Michel-Edouard Leclerc – Numéro spécial « Les 15 » de Stratégies, 08/03/2017

Article « Elise Lucet, l’interview Cash », interview d’Elise Lucet par Franck Annese – Numéro spécial « Les 15 » de Stratégies, 08/03/2017

 

Crédits photos et illustrations : 123RF, Stratégies, The BrandNewsBlog, X, DR.

 

 

 

L’art de la dispute, ou comment libérer la parole en entreprise…

Il y a quelques mois de cela, pour celles et ceux d’entre vous qui s’en souviennent, j’appelais à « réinventer la communication interne à l’heure du collaboratif et de l’entreprise libérée », dans le cadre d’un article qui suscita l’enthousiasme et de nombreux commentaires¹.

Enumérant les grands défis qui se posent aux communicants d’entreprise (arrivée de nouvelles générations sur le marché du travail, porosité croissante entre audiences internes et externes, nouvelles attentes des salariés vis-à-vis de leur employeur), j’évoquais l’absolue nécessité de répondre à ces aspirations et aux enjeux de la transformation numérique des organisations en passant « de la com’ interne de papa » à une communication beaucoup plus authentique et collaborative…

Las, force est de constater que la route vers cet objectif est souvent semée d’obstacles, au sein même des entreprises. Et l’un des premiers d’entre eux – et pas le moindre – demeure assurément la difficulté à libérer la parole des collaborateurs, mais aussi celle des dirigeants et des managers, et à oser « parler vrai », préalables pourtant indispensables à toute dynamique collective.

Alors que les nouvelles générations de salariés, plus informées et exigeantes que jamais, n’ont jamais été aussi allergiques aux discours corporate aseptisés et ne cessent de réclamer davantage de proximité et de transparence de la part de leur employeur, l’omerta et la « langue de bois » font hélas toujours recette et continuent de prévaloir dans de nombreuses organisations, au grand dam de l’Afci (Association française de la communication interne), qui organisait d’ailleurs récemment un colloque à ce sujet².

Pointant la frilosité de dirigeants souvent plus soucieux d’aseptiser leurs messages et d’éviter les échanges plutôt que de rechercher la contradiction et le débat, les intervenants de ce colloque ne manquèrent pas de souligner que cette « difficulté à communiquer le réel en entreprise » s’étend aussi, par contagion, aux collaborateurs eux-mêmes, qui préfèrent souvent taire les problèmes et ne pas remonter les alertes plutôt que d’affronter la réaction imprévisible de leur hiérarchie…

A l’heure où les organisations sont engagées, pour la plupart d’entre elles, dans des cycles de plus en plus rapprochés de transformation et de changements, qui impactent tout ou partie de leurs process et de leurs équipes, il est pourtant tout à fait ESSENTIEL et URGENT de surmonter ces inerties et de libérer la parole au sein des entreprises. Il en va tout simplement de leur capacité collective à pouvoir surmonter les crises et à innover, dans des contextes de plus en plus incertains.

Pour sortir de cette impasse et stimuler des « frictions créatives » génératrices d’innovation au sein de ce corps social complexe qu’est l’entreprise, pourquoi ne pas réhabiliter cet art si noble de la « dispute »inspiré de la dialectique d’Aristote ?

C’est l’idée – tout à fait pertinente et brillante à mon avis – de Benedikt Benenati, que celui-ci a notamment pu mettre en œuvre au sein du groupe Kingfisher et dont il résumait les principes dans un article récent des Cahiers de la communication interne³. Je ne pouvais manquer d’y faire écho, via le BrandNewsBlog, en vous livrant en guise de synthèse mes « 8 recommandations pour libérer la parole en entreprise »…

De l’art si noble de la dispute…

Ex directeur de la communication interne de Danone, puis du groupe Kingfisher, avant d’être nommé directeur de la transformation numérique de Renault, Benedikt Benenati est le fondateur de l’agence Only The Braves et Secrétaire général de l’Afci. Autant dire qu’il maîtrise aussi bien les problématiques de transformation que les nouveaux enjeux de la communication d’entreprise que j’énumérais ci-dessus…

Pour répondre aux enjeux de transformation de son employeur, le Groupe Kingfisher, et en mobiliser les 250 dirigeants dans le cadre d’une approche collaborative à l’occasion d’un de leurs séminaires annuels, le dircom’ interne de ce leader européen du bricolage a eu l’idée de s’intéresser à l’art ancestral de la « dispute », dont la pratique s’est progressivement perdue au fil des siècles.

Aujourd’hui complètement détournée de son esprit originel, assimilée au registre des différends conjugaux ou bien à celui des clashes médiatiques et autres punchlines balancées lors des débats télévisés, la dispute avait en effet une toute autre signification au XIIIème siècle et ne comportait en rien la connotation négative qu’on lui connaît aujourd’hui.

« C’était, nous dit Benedikt Benenati, une activité tout à fait honorable réservée aux esprits les plus brillants. Dans les universités qui se développaient alors, les professeurs organisaient des ‘disputatio’ en demandant aux étudiants d’apporter des arguments – les ‘pro’ et les ‘contra’ – pour traiter des thèmes importants ». Inspirée de la dialectique d’Aristote, cette méthode d’enseignement avait pour unique but la recherche de la vérité et ne souffrait ni la polémique ni les querelles d’ego, le maître étant placé au centre et garant de l’esprit de co-construction et de la qualité des échanges. Il lui revenait d’ailleurs, ajoute Benedikt Benenati, la lourde de tache de formuler une determinatio, c’est à dire la synthèse des débats en fin de disputatio, sans que cette synthèse ne soit nullement gravée dans le marbre pour autant, car ici le but n’est pas tant de déterminer un vainqueur ou de tirer des enseignements définitifs que de progresser dans la voie de la vérité et de s’améliorer…

Et le secrétaire général de l’Afci de citer sur ce point le moraliste Joseph Joubert, disciple et secrétaire de Diderot : « Il vaut mieux débattre d’une question sans la régler que de la régler sans avoir débattu ».

A cet égard, Benedikt Benenati ne manque pas de distinguer à juste titre l’art de la dispute de celui de la « rhétorique », dont la pratique apparaît à partir du 16ème siècle et dont le but affiché est bien, a contrario, de convaincre intellectuellement et de persuader l’adversaire, voire de l’emporter sur lui aux yeux du public en le ridiculisant ou en le discréditant, en mobilisant toutes les ressources oratoires chères à Cyceron…

On le voit en effet : entre la dispute qui élève et co-construit au travers d’une argumentation contradictoire et la rhétorique qui détruit en remplaçant l’art de la dispute par celui de la démonstration et de la persuasion, il ne saurait y avoir conception du débat plus opposées… Et on ne peut que regretter que la seconde l’ait emporté sur la première il y a 4 siècles et continue aujourd’hui de lui tenir la dragée haute sur les plateaux de télévision (et jusque dans les nouvelles épreuves orales du baccalauréat ?).

… Et de l’intérêt évident de réhabiliter la dispute pour libérer la parole des collaborateurs… et de leurs managers

Après avoir lu la partie qui précède, vous l’aurez évidemment compris : dans une logique collaborative et des approches de co-construction, comme celles que les entreprises s’ingénient désormais à mettre en place en leur sein dans le cadre de leur transformation, organiser de véritables « disputes », selon des modalités précises et fidèles à l’esprit originel de la disputatio, peut revêtir moult avantages…

Et le premier d’entre eux (et non le moindre) est bien de permettre la libération de la parole des collaborateurs en garantissant à chacun, les pro et les contra, une véritable égalité de traitement quels que soit leurs arguments, ainsi qu’une vraie liberté de parole.

Les bénéfices d’un tel exercice pour les organisations, me direz-vous ? Ils sont là aussi multiples. Car si « l’entreprise n’est pas un espace démocratique », comme le rappelle à juste titre Benedikt Benenati et « qu’elle demeure avant tout un lieu de décision avec des jeux de pouvoir et de subordination« , le déroulement de telles disputes, dans des périodes de grande transformation et d’anxiété, a le grand mérite de permettre l’expression « sans filtre » des espoirs et des incertitudes des collaborateurs et des managers.

Outre le fruit de l’intelligence et de la réflexion collective, qu’il est possible de recueillir durant de telles démarches, la vertu performative de telles « disputes » est en effet de s’affranchir résolument des effets délétères du silence et de la langue de bois, en instaurant un « parler vrai », facteur de confiance et d’engagement de la part de tous les collaborateurs.

Chez Kingfisher, le résultat de cette réflexion et de la démarche de Benedikt Benenati s’est concrétisé par l’organisation de « Real Conversation Rounds » à l’occasion du séminaire de dirigeants que j’évoquais ci-dessus, durant lequels les participants ont eu la possibilité, par petites équipes, de débattre en toute franchise sur des thématiques qu’ils avaient préalablement choisies, après que les dirigeants de l’entreprise aient eux-mêmes débattu de ces sujets de manière contradictoire devant toute l’assemblée.

Sous d’autres formes, des entreprises réputées pour leur maturité en terme de dialogue social, comme Danone, EDF-GDF ou Leroy-Merlin ont également adopté des démarches ouvertes et similaires, allant jusqu’à instituer des temps de débat permanent sur l’organisation de leur entreprise ou le devenir de leurs métiers notamment…

La dispute comme nouveau levier collaboratif… et les écueils à éviter

Pour Benedikt Benenati, on l’aura compris, la dispute est un levier intéressant voire unique en son genre pour générer un environnement collaboratif. Et tout manager devrait pouvoir « décider de s’en servir pour traiter des problèmes, impliquer, mobiliser, motiver ses équipes et les emmener dans une dimension où l’écoute et le dialogue non polémique sont le reflet d’une conviction sincère ».

Sous réserve de vouloir sortir enfin de l’évitement consensuel, du consensus mou et de la torpeur dans laquelle se retrouvent trop souvent les collaborateurs des entreprises, l’esprit de dispute peut également permettre, en effet, « d’appréhender des contradictions et conflits d’intérêts qui se manifestent dans la construction des opinions », comme le souligne Jean-Marie Charpentier, rédacteur en chef des Cahiers de la communication interne, et de gérer le chaos que représentent nécessairement les périodes d’incertitude et de changement.

Encore faut-il que l’entreprise autorise de tels champs d’expression et ne cherche pas, in fine, à détourner la parole des salariés à son avantage pour mieux l’édulcorer ou la « museler » : deux écueils dans lesquels tombent hélas trop souvent les organisations.

Sous couvert de libération de la parole, Jean-Marie Charpentier a ainsi démontré, dans un travail de recherche intitulé « Le débat en entreprise : communication et participation directe des salariés », comment certaines organisations étaient passées maîtres dans la manipulation du débat et l’organisation de consultations tronquées ou orientées et autres démarches participatives « bidon », dont l’objet est davantage de « faire parler pour faire taire » que de laisser libre champ à l’expression des salariés.

Débats posés dans les mauvais termes, restitutions soigneusement édulcorées et vidées de tout leur contenu critique pour servir la vision monolithique des dirigeants et réduire le questionnement collectif à des divergences imaginaires ou anecdotiques… Les serviteurs zélés de la langue de bois et de ce désespérant « esperanto corporate » qui continue d’envahir trop de supports de communication interne sont hélas nombreux et plein de ressources !

De l’art de la dispute : mes 8 recommandations pour libérer enfin la parole en entreprise…

En guise synthèse, à partir de l’article de Benedikt Benenati et des préconisations de l’Afci, mais également de mon expérience et mes recherches personnelles sur les conditions d’une véritable écoute en entreprise, je vous propose l’infographie ci-dessous, qui vous aidera ressusciter au sein de votre entreprise, en tout cas je l’espère, cet art délicat et fragile de la disputatio.

Comme toujours, au-delà du soin à apporter aux facteurs environnementaux, pour créer un espace et un temps propices au débat, la réussite de bonnes disputes repose avant tout sur l’état d’esprit de celles et ceux qui les organisent et des participants. Car il en faut assurément, de la motivation et de la conviction, pour éviter que la disputatio ne retombe rapidement dans l’évitement consensuel, les postures convenues ou l’affrontement stérile de ces « gladiateurs corporate » où c’est finalement « la plus grande gueule » qui l’emporte, au détriment du parler vrai et de l’expression de la richesse des opinions !

Notes et légendes :

 

(1) « Et si on passait de la com’ interne de papa à la communication collaborative ? », article du BrandNewsBlog, 25 juin 2017 

(2) Demi-journée Grand Angle « Tuer la langue de bois » organisée à Paris le 24 novembre 2017 par l’Afci (Association française de la communication interne) 

(3) « Le retour de la dispute pour sortir du chaos », par Benedikt Benenati – Cahiers de la communication interne n°41, Décembre 2017

 

Crédits photos et illustrations : 123RF, The BrandNewsBlog, X, DR.

 

 

 

Quels enjeux pour les dircom et leurs équipes en 2018 ?

Chaque début d’année, depuis trois ans, je vous propose l’interview croisée de deux dircom, que j’interroge notamment sur l’évolution de leurs missions, sur leur pratique de la communication au sein de leur entreprise et sur les perspectives de nos métiers.

Après avoir mis à l’honneur en 2016* Anne-Gabrielle Dauba, directrice de la communication de Google France et Pierre Auberger, directeur de la communication du Groupe Bouygues ; puis en 2017** Béatrice Mandine, directrice exécutive d’Orange, en charge de la communication et de la marque et Benoît Cornu, directeur de la communication de PMU, c’est au tour de deux nouveaux dircom de nous livrer cette année leur vision.

Et c’est à nouveau à deux professionnels particulièrement appréciés et reconnus que j’ai souhaité donner la parole  : Julien Villeret¹, directeur de la communication Groupe d’EDF, et Anne-Sophie Sibout², directrice de la communication du Groupe Edenred, que je tiens à remercier chaleureusement pour la richesse de nos échanges, pour leur disponibilité et leur réactivité sans faille.

Souvent cités parmi les talents de cette nouvelle génération de dircom qui arrive depuis plusieurs années à la tête des plus grands groupes, ces deux experts nous livrent leur vision avancée des nouveaux enjeux de la communication, la transformation de nos métiers par la révolution numérique étant d’emblée pour eux considérée comme un fait acquis et le « digital » comme une nouvelle compétence à maîtriser par tout communicant plutôt qu’une fonction à part ou une « enclave » au sein des services communication.

Premiers témoins (et parmi les premiers acteurs) de la transformation de leur entreprise, les dircom sont en effet passés ces dernières années d’un statut d’émetteurs, garants de tous les messages de l’organisation à celui de « facilitateurs connecteurs » et de chefs d’orchestre, à l’écoute et au service de tous les interlocuteurs susceptibles de prendre la parole au nom de l’entreprise.

Tout à la fois « vigies ès réputation », managers et pilotes des équipes et des projets de communication, accompagnateurs-enablers et « transformistes », capables de passer en permanence d’un costume et d’une casquette à l’autre, elles.ils n’ont cessé de gagner en crédibilité et en épaisseur stratégique au sein de leur organisation, tout en s’adaptant aux changements permanents qui n’en finissent plus désormais de faire évoluer leur fonction.

Pour leur regard sur ces différentes mutations, et cette vision de la communication qu’ils ont accepté de partager avec les lecteurs du BrandNewsBlog ce matin, merci encore à ces deux dircom exemplaires.

Le BrandNewsBlog : Anne-Sophie, Julien, pourriez-vous tout d’abord me dire quels sont les bouleversements qui ont le plus impacté votre métier ces dernières années ? Et quels sont ceux que vous anticipez dans les mois et années à venir ? En quoi ces bouleversements modifient-ils les comportements des différentes parties prenantes de vos entreprises (consommateurs, citoyens, collaborateurs…) ?

Anne-Sophie Sibout : Je ne suis pas sûre qu’il faille parler en années, tant j’ai le sentiment que notre métier se réinvente chaque jour, que ce soit en termes d’organisation, de positionnement ou d’outils. La digitalisation, dont nous entendons tellement parler, ne veut d’ailleurs rien dire en soi, car elle est éminemment protéiforme. Je crois que c’est avant tout notre posture qui a évolué : le « contrôle de l’information » ne veut plus rien dire, si tant est qu’il ait réellement existé un jour ! Quant à la notion même de médias, elle a été complètement bouleversée avec l’avènement des réseaux sociaux : aujourd’hui, n’importe qui peut en effet créer un contenu et le diffuser… ce qui rend notre métier encore plus passionnant.

Julien Villeret :  Oui, pour ce qui est des changements qui impactent nos métiers, je rejoins évidemment ce que vient de dire Anne-Sophie et je ne prétendrai pas être exhaustif… Que les bouleversements concernent les canaux, les contenus, l’exercice et l’instabilité des métiers de la communication : nous en faisons toutes et tous l’expérience. Sans oublier la contraction de l’espace-temps… Quand un communicant me demande « comment ça va ? », j’aime bien lui répondre : « ça va vite » ! Mais la plus grande évolution à mon sens touche la hiérarchie de l’information : de plus en plus souvent, on a tendance à considérer que les opinions et les informations se valent, voire se confondent. Tout et n’importe quoi, n’importe quelle allégation peut se transformer en « fait » par la seule grâce d’un canal de communication. On pense évidemment au phénomène des fausses infos à visée politique, mais cela va bien au-delà… Les gardiens historiques de l’information, en tout cas de sa véracité – y compris des journalistes – se laissent aller bien plus souvent qu’auparavant à une certaine légèreté au nom de l’audience et permettent du coup aux opinions les plus farfelues de se répandre.

On peut s’en réjouir pour certaines marques et entreprises qui trouvent là une occasion de faire entendre leur voix, mais on ne peut que regretter le risque social que cette évolution représente, avec des fake news qui se multiplient et des publics sans doute davantage désinformés qu’auparavant. Mais il faut malheureusement s’y faire : toutes ces opinions et informations mises au même plan, quelles que soient leurs sources, c’est un mouvement tectonique pour nos métiers… et une inquiétude profonde à titre personnel.

Le BrandNewsBlog : Défiance des citoyens vis-à-vis de la parole publique et du discours des entreprises, accélération du temps et entrée dans l’ère de l’immédiateté, infobésité et difficulté à capter et retenir l’attention des publics… La communication est heurtée de plein fouet par cette fameuse « révolution numérique » que vous évoquez. Comment cela se traduit-il au quotidien et quelle incidence cette révolution a-t-elle dans vos missions et sur la manière d’envisager et pratiquer la communication d’entreprise, chez EDF et chez Edenred ?

Julien Villeret : Voyons d’abord le verre à moitié plein : avec cette désintermédiation généralisée qu’a apporté la révolution numérique, nous, entreprises, avons aussi un accès plus direct à une partie de nos publics. Il a fallu apprendre à parler plus souvent directement aux publics finaux et moins à des relais de ces publics. C’est aussi une chance.

Pour ce qui est du verre à moitié vide : nous galopons sans cesse après l’attention de nos audiences. Nous n’avons plus aujourd’hui que quelques instants pour la capter, pour leur donner envie de rester avec nous et pour marquer leur esprit. C’est difficile et cela pose clairement la question des moyens : jusqu’où peut-on aller dans cette course à l’attention sans basculer dans une « course à la tension » ? Bref : comment rester dans cette quête de l’attention en respectant nos publics, en ne se reniant pas et en n’abîmant pas notre image de marque ? Ce serait tellement simple de répondre à un détracteur ou à un concurrent par une invective sur Twitter ou en saturant l’espace publicitaire… Effet de buzz garanti ! Mais ce n’est ni utile, ni souhaitable, car destructeur de valeur à moyen et long termes.

Anne-Sophie Sibout : Comme je le disais à l’instant, il faut aussi souligner que les impacts de cette révolution numérique sont protéiformes… et cela peut faire peur. J’ai encore en tête les propos d’un dirigeant qui me disait : « D’accord pour aller sur les réseaux sociaux, mais à condition qu’il ne puisse pas y avoir de réactions à nos publications » ! Un dircom doit souvent rassurer… mais tout en prenant des risques pour faire émerger son message. Concrètement, chez Edenred, l’une de mes premières décisions a d’ailleurs été de ne plus intituler l’un des pôles de ma direction « communication digitale », car à mon sens, le numérique ne doit surtout pas être considéré comme une enclave.

Le BrandNewsBlog : Face à cet impératif de transformation qui s’impose aujourd’hui à la plupart des entreprises, il n’y a pas que les pratiques de communication qui soient impactées. C’est toute la gestion de la marque et l’organisation même des services communication qui est aussi à repenser. Pour répondre à ce nouveau paradigme et aux nouveaux besoins, à quels changements avez-vous procédé au sein de vos équipes ? Quelle organisation avez-vous adopté ? 

Anne-Sophie Sibout : Il n’y a évidemment pas d’organisation parfaite, les mutations de nos métiers rendant l’exercice particulièrement exigeant et évolutif. Au-delà de la position de chacun au sein d’un organigramme, c’est en effet la posture de chaque membre de l’équipe qui me semble importante. Chez Edenred, la Direction de la communication est resserrée et j’insiste d’autant plus sur la polyvalence de chacun – y compris la mienne ! Je ne nie pas qu’il existe de vraies expertises, dont il faut nécessairement tenir compte, mais je crois que le succès individuel et collectif réside avant tout dans la capacité de chacun à avoir une vision globale des messages que nous souhaitons porter. Par exemple, une personne qui gère des problématiques d’identité, et notamment des éléments iconographiques, doit être capable de bien comprendre l’intention rédactionnelle et conceptuelle derrière ces éléments pour apporter le meilleur conseil. L’application stricte d’une charte graphique n’est pas suffisante.

Julien Villeret : Ma conviction, c’est que l’organisation la plus fluide et la plus transverse, si elle est composée de personnes réfractaires à la collaboration, ne pourra en tout cas pas rivaliser avec une organisation un peu silotée ou bancale mais composée de talents heureux de travailler ensemble. C’est pourquoi il me semble toujours risqué de dissocier la question des organisations de celle des individus qui les composent.

Un fois ce préalable posé, je crois que l’organisation doit avant tout répondre à nos enjeux, à notre environnement, à nos publics. Dans le cas d’EDF par exemple, nos stakeholders n’ont pas d’horaires ! Nous sommes questionnés, apostrophés, « consommés » à toute heure du jour et de la nuit. Les process et organisations doivent donc nous permettre d’être sur la brèche en permanence, vers l’interne comme vers l’externe. Cela passe par des équipes pluridisciplinaires organisées autour d’astreintes 24h/24, 7j/7, 365 jours par an. La communication d’EDF est à l’image du Groupe d’EDF : par définition présente en continu, en permanence.

Le BrandNewsBlog : Dans un article récent à ce sujet (« Comment structurer les directions de la communication à l’ère numérique »), Christophe Lachnitt³ suggérait de regrouper ou coordonner l’activité des équipes gérant la « création et la projection des contenus froids dans les médias payants et détenus » (= compétences publicitaires, évènementielles + équipes produisant tous les contenus hors réseaux sociaux) et par ailleurs les équipes « manageant la création et la projection des contenus chauds dans les médias conquis » (direction des relations presse ou média + équipes gérant les réseaux sociaux voire les équipes de communication interne). Cette piste de réflexion organisationnelle vous paraît-elle pertinente ? Et pour ce qui concerne spécifiquement la communication interne, un tel rapprochement aurait-il du sens à votre avis ou bien considérez-vous qu’il faut lui conserver une autonomie et une organisation qui lui soient propres ?

Anne-Sophie Sibout : Pour ce qui est d’Edenred, nous avons adopté cette année une organisation assez proche de celle qu’évoque Christophe Lachnitt, en ne consacrant plus de département dédie à la communication interne. L’idée n’étant pas de réduire l’importance de cette fonction, bien au contraire. Un pôle va désormais gérer toute la production et la diffusion de contenus, online ou offline, que ce soit auprès de nos collaborateurs ou de nos publics dits « externes » – sachant que cette dichotomie a de moins en moins de sens, dans la mesure où chaque salarié est un ambassadeur potentiel d’Edenred à l’extérieur. Cela n’exclut pas d’adopter un angle spécifique pour l’interne ou de développer des opérations spéciales évidemment, mais cela permet d’être plus cohérent et percutant dans nos prises de paroles. Les relations presse sont gérées par une autre équipe, avec les médias sociaux, car l’approche et le rythme de ces contenus « chauds » restent spécifiques, mais cela se fait en totale coordination avec le reste de l’équipe bien sûr.

Julien Villeret : L’analyse de Christophe Lachnitt fait écho à ce que je soulignais précédemment. Le constat est en effet important : en terme de contenu, il faut assurément distinguer le « chaud » et le « froid » et en terme de média, le paid, le owned et le earned… Christophe propose d’aller au bout de cette logique en coordonnant deux types d’équipe. L’enjeu sera par conséquent de trouver les bonnes articulations entre les deux… Avec encore une fois les bonnes personnes aux bons endroits. Je crois néanmoins et je le répète qu’il n’y pas de recette miracle, pas de « one size fits all ». Chaque entreprise a besoin d’une organisation sur-mesure de par son histoire, son agilité, ses talents, ses moyens… Je suis le premier à considérer la porosité entre les publics, mais n’oublions pas dans le même temps que chaque stakeholder aura toujours des attentes spécifiques.

Le BrandNewsBlog : Dans une interview que vous aviez accordée en début d’année dernière Julien*, vous souligniez l’importance pour EDF de nourrir son imaginaire de marque auprès des jeunes et de cibler tout particulièrement dans ses actions les millenials. Marque patrimoniale très forte auprès des plus de 35 ans et disposant d’une notoriété de 100% en France, EDF ne dispose pas de la même notoriété à l’étranger ni de la même image auprès des publics les plus jeunes. Pourquoi ce défi est-il si important pour votre entreprise et comment vous-y prenez vous pour intéresser/séduire les millenials ? Est-ce pour cette raison qu’EDF est aussi présente sur les réseaux sociaux et médias de nouvelle génération (Instagram, YouTube, Dailymotion, Konbini ou encore Melty…) ? Et en fonction de quels critères choisissez-vous d’investir ou non une nouvelle plateforme ? 

Julien Villeret : Oui, il s’agit d’un défi important pour EDF et à la liste que vous venez d’évoquer, il faut d’ailleurs ajouter désormais Snapchat, que l’on a particulièrement instruit en 2017 ainsi que le eSport, que nous investissons massivement. Il s’agit en effet de toucher, de sensibiliser les millenials, souvent au moment de leur premier choix d’un fournisseur d’énergie. Et il faut pour cela commencer par les entendre et les comprendre, sous peine de ne pas pouvoir les atteindre ni les convaincre, en pratiquant par exemple une communication « à l’ancienne ». Bref : il nous incombe de parler à tous nos clients, où qu’ils se trouvent, avec des contenus adaptés et de qualité.

Regardez l’âge moyen des téléspectateurs des grandes chaines de télévision : vous comprendrez vite que la majorité de nos concitoyens ne sont pas nécessairement devant le journal télévisé de 20h, en train de regarder un match le samedi après-midi ni le film du dimanche soir… Il nous faut être là où est l’audience.

Pour ce qui est du choix des contenus ou des canaux, il répond tout simplement à une logique de KPI. Comme pour toute initiative de communication, impossible de s’exonérer d’une réelle évaluation de celle-ci. Nos critères recoupent donc logiquement des questions d’audience (puissance et ciblage) et des questions d’affinité de nos publics avec nos contenus. Ainsi, sans un formidable fond documentaire (archives extraordinaires de grands ouvrages industriels, portraits…), nous ne serions jamais allés sur Instagram. Idem, pour prendre la parole sur Maddyness, il était indispensable que nous ayons des preuves tangibles de notre culture technologique et d’innovation ! Pour ce qui est de notre investissement dans le eSport, il répond à la fois à notre métier d’électricien et s’inscrit également dans notre soutien de longue date des sportifs français… Et je pourrais vous donner bien d’autres d’exemples de cette logique et cette exigence qui sont les nôtres.

Le BrandNewsBlog : En tant que directrice de la communication d’un Groupe et d’une marque en plein développement, présents dans 42 pays auprès de 43 millions de salariés et pas moins de 750 000 entreprises et collectivités, vous avez quant à vous Anne-Sophie vécu un moment important l’an dernier avec le lancement le 14 juin 2017 d’une toute nouvelle identité mondiale et le regroupement de toutes vos solutions transactionnelles sous la marque unique Edenred… Comment gère-t-on un chantier aussi considérable ?

Anne-Sophie Sibout : Ce fut en effet un moment important, à la fois pour l’équipe de communication et pour Edenred ! Difficile de résumer en quelques lignes la gestion de ce chantier, tant il a touché tous les niveaux de l’entreprise. Mais il a fallu travailler avec finesse sur ces trois dimensions de tout grand projet : l’organisation, l’implication des collaborateurs et enfin l’état d’esprit. L’organisation tout d’abord, parce qu’un projet aussi vaste nécessite de la méthode. On considère parfois les dircoms comme de purs créatifs ou des artistes, mais il faut avant tout savoir piloter des projets complexes en respectant des échéances et en associant les différentes parties prenantes au bon moment. L’implication, parce que nous avons su faire de cette refonte de marque une vraie aventure collective et collaborative. Les membres de notre comité exécutif et nos 50 directeurs de filiales ont été personnellement impliqués dans le choix de notre logo et de notre charte graphique : une véritable gageure, mais qui s’est avérée particulièrement payante.

Nous avons également travaillé durant plus d’un an avec des ambassadeurs de la démarche dans chaque pays afin de prendre en compte les réalités opérationnelles et de garantir l’effet « big bang » que nous souhaitions pour le jour J. Enfin, l’état d’esprit me semble une dimension essentielle : si de tels projets sont assez lourds à mener, il est courant que le voyage soit assez chaotique, même si la destination est belle :) Il me tenait donc à cœur de mener une conduite du changement exemplaire, dans le respect de chacun et avec une énergie positive tout au long du projet.

Le BrandNewsBlog : Avec son plan stratégique Fast Forward, Edenred s’est engagé dans un grand chantier de transformation, visant notamment à faire du digital une source de croissance majeure. Cela a-t-il impacté la façon dont vous avez géré le lancement de votre nouvelle identité mondiale ? Quel écho avez-vous donné à cet évènement en terme de communication interne et par ailleurs sur les réseaux et médias sociaux ?

Anne-Sophie Sibout : La refonte de notre marque, ou devrais-je dire de tout notre portefeuille de marques, car nous avons modifié plus de 300 logos le jour J, a été menée en lien constant avec la stratégie globale du Groupe, pour en faire un vrai sujet « business ». Le regroupement de tous nos programmes sous la marque unique Edenred, y compris des produits iconiques comme Ticket restaurant, traduit d’ailleurs l’accélération de notre transformation, et notre signature « We connect, you win » évoque à la fois la digitalisation, nos réseaux et les bénéfices que nous apportons (pouvoir d’achat aux utilisateurs et volume d’affaires aux commerçants notamment).

En ce qui concerne le lancement proprement dit, je ne disposais pas d’agence ni de budget spécifique… Nous avons dû être créatifs, déterminés et enthousiastes ! Après avoir travaillé dans le plus grand secret durant plusieurs semaines avec notre réseau de communicants, nous avons « levé la bâche » simultanément dans le monde entier le 14 juin. Sans achat d’espace, nous avons tout misé sur nos collaborateurs pour porter notre nouvelle identité, et le résultat a dépassé nos espérances : les 8 000 salariés d’Edenred ont porté un tee-shirt aux couleurs de notre nouveau logo dans 42 pays le jour J. Nous avons touché 23 millions de personnes sur les médias sociaux grâce à leur implication via le hashtag #edenredconnects. 

Le BrandNewsBlog : Directeur de la communication d’une des plus belles entreprises publiques françaises, mais aussi l’une des plus exposées dans les médias dès lors que survient une crise, comme le rappelait dans cette interview Vincent de la Vaissière, vous vous devez Julien d’être prêt à tout moment à « monter au créneau » pour défendre votre entreprise et sa vision. Quelle incidence cela a-t-il sur votre l’organisation de votre activité et comment anticiper ces crises de plus en plus fréquentes, du fait notamment du rôle d’accélérateur joué par les réseaux sociaux ? J’imagine que la veille et notamment la veille social media est primordiale, mais qu’il est également intéressant, en amont, de pouvoir cultiver des communautés d’influenceurs et de suiveurs susceptibles de relayer les messages de l’entreprise et d’en soutenir l’argumentation en cas de crise ? Quel conseil donneriez à vos confrères et consoeurs les moins aguerris pour gérer au mieux une crise ?

Julien Villeret : J’ai plus un avis que des conseils à donner. Je crois que le plus important, c’est de savoir articuler pertinemment la réactivité et la matière. Dit autrement, il s’agit de savoir marcher sur deux jambes : ne pas sacrifier le fond sur l’autel de l’immédiateté ; et en même temps répondre à cette exigence de « live » qu’impose l’époque en restant extrêmement agile. Tout l’enjeu pour une direction de la communication en situation de crise consiste d’ailleurs à trouver le juste équilibre, à réussir à articuler en permanence « chaud » et « froid », à « nourrir l’animal » sans confondre pour autant vitesse et précipitation… Les dircom doivent avant tout être des manageurs, y compris de crise.

Le BrandNewsBlog : On le mesure chaque jour davantage, le rôle des communicants est de plus en complexe. Comme je l’indiquais en introduction, d’un rôle basique d’émetteur et de « superviseur en chef » des messages sortants de l’entreprise, les dircom ont vu leur rôle et leur périmètre d’action s’étendre considérablement ces dernières années, pour devenir à la fois des « vigies » en mode crise quasi-permanent , « animateurs et émulateurs » (des contenus et prises de parole de l’entreprise), « chefs d’orchestre » (coordonnant les talents et impulsant les stratégies de communication)… Et il leur faut aujourd’hui pouvoir alterner ces casquettes de plus en plus rapidement. Pour arriver à faire tout cela, quelles sont les qualités / compétences que doivent absolument posséder ou développer les communicants et les dircom ?

Anne-Sophie Sibout : Nos casquettes sont en effet de plus en plus variées. Un bon directeur de la communication doit d’abord selon moi être humble : il est et doit demeurer avant tout au service des autres. Mais il doit aussi savoir dire non – un non constructif – et prioriser, car il est sollicité en permanence et toutes les informations ne vont pas intéresser. Il faut aussi avoir une bonne dose de psychologie et enfin du bon sens : le mieux est en effet l’ennemi du bien si l’on veut avancer.

Julien Villeret : De mon point de vue, le dircom doit jouer à plein son rôle de manageur. Manager, cela renvoie aussi bien à la structuration qu’au leadership : d’un côté, il doit définir la stratégie, organiser le travail, développer la performance, rationnaliser les choix en les évaluant ; de l’autre, son leadership doit permettre d’embarquer les parties prenantes – y compris internes – et d’entraîner les talents en créant de l’adhésion. Je crois qu’il s’agit en définitive des deux compétences majeures pour tout dircom. Pour le reste, il faut évidemment savoir laisser les équipes exprimer leurs talents !

Le BrandNewsBlog : L’accompagnement des dirigeants, des managers et des collaborateurs dans la transformation numérique de l’entreprise est une des dernières casquettes dont les dircom ont hérité. En quoi les communicants vous paraissent-ils légitimes à accompagner voire impulser la transformation digitale de l’organisation et comment montrent-ils l’exemple ? Pouvez-vous citer quelques initiatives et innovations lancées par vos équipes ? J’ai notamment pu voir que vous n’hésitiez pas Julien à solliciter les services d’influenceurs connus comme Emmanuelle Leneuf alias FlashTweet pour animer en live sur Periscope une présentation de votre grand prix EDF Pulse. Et je crois que vous intégrez de plus en plus la communication en temps réel dans la batterie de vos outils ?

Julien Villeret : Les communicants sont évidemment parfaitement légitimes sur le sujet de la transformation numérique. D’ailleurs – et c’est lié à la curiosité intrinsèque qu’exige notre métier – ils ont souvent l’antériorité de la digitalisation. Je me remémore mes premiers clients quand j’étais en agence : ils étaient au sein de leur entreprise les précurseurs qui s’intéressaient aux blogs, à la publicité online... Tout cela venait en effet par les équipes communication. Et puis, cela fait écho au leadership que j’évoquais à l’instant : un dircom doit aussi savoir entraîner les sphères dirigeantes. Cela relève de l’indispensable relation de confiance à développer entre le top management d’une entreprise et sa direction de la communication.

Pour ce qui est des initiatives, elles sont de tous ordres : cela passe aussi bien par un partage quotidien avec les équipes sur place et sur sites (Morning briefing), que l’instauration d’une Social Media Room qui rassemble les métiers et compétences de tout le Groupe, ou encore la participation massive de centaines de salariés chez EDF au programme Elevate de LinkedIn. Et nous ne cessons de nous outiller pour aller au rythme de nos publics, pour leur proposer du « live » par exemple. Car en effet, toutes nos prises de paroles publiques et nos évènements sont désormais visibles via Periscope.

Le BrandNewsBlog : Vous êtes tous les deux, ainsi que je l’indiquais en introduction, des communicants très en phase avec la nouvelle donne numérique et plutôt « hyperconnectés », sur les réseaux sociaux notamment. Pourriez-vous nous dire ce que vous apporte votre présence active sur les différentes plateformes sur lesquelles vous êtes présents ? Qu’en retirez-vous à titre personnel et professionnel ? Et avez-vous réussi à transmettre ce dynamisme et votre enthousiasme pour les réseaux sociaux aux dirigeants de vos entreprises respectives ? Je crois notamment que votre P-DG Jean-Bernard Lévy est un Twittos aguerri, Julien ?

Julien Villeret : Oui, Jean-Bernard Lévy partage beaucoup d’informations sur son compte @J_B_Levy. De même, il va à la rencontre de ses publics, que ce soit à l’extérieur d’EDF mais aussi auprès des salariés du Groupe. On oublie en effet trop souvent que Twitter reste aussi un canal pour l’interne… Plusieurs dirigeants de l’entreprise ont d’ailleurs suivi Jean-Bernard Lévy et n’hésitent plus à informer, à communiquer et à partager des points de vue sur les réseaux sociaux. Quand on est entouré d’experts, fréquemment exposés à des crises, la caisse de résonnance permise par les réseaux sociaux s’avère un bon outil pour ne pas se couper des réalités. Si les études d’opinion restent de formidables baromètres, les réseaux sociaux permettent de se constituer de formidables « capteurs » complémentaires. En ça, j’aime bien observer les gazouillis et autres publications des personnes que je suis sur les réseaux. Et participer à mon tour, bien évidemment !

Anne-Sophie Sibout : En ce qui me me concerne, je préfère être « connectée » plutôt « qu’hyperconnectée » et garder un usage raisonné des médias sociaux ;-) J’ai commencé à observer le fonctionnement de Twitter en « auditrice libre » il y a quelques années pour en comprendre les rouages. Puis je me suis lancée car l’expérience personnelle vaut toutes les formations ; j’avais besoin de me sentir légitime pour évangéliser les personnes qui me sollicitent parfois. Pour moi, les réseaux sociaux revêtent trois intérêts majeurs : ils permettent de réaliser une veille synthétique sur les sujets qui m’intéressent, d’avoir accès à un réseau élargi et qualitatif dans le monde de la communication, et représentent enfin une vitrine pour mettre en avant les initiatives d’Edenred.

Le BrandNewsBlog : Une autre tendance marquante de nos métiers est que ce que dit l’entreprise a tendance à devenir chaque jour jour moins important que ce qui se dit sur elle, dans les médias, dans la vraie vie ou sur les réseaux… A partir de ce constat, de nombreuses entreprises se sont lancées dans des démarches de brand advocacy et d’employee advocacy en particulier. Quel est votre degré de maturité sur ces sujets dans vos entreprise respectives ? Et quelles initiatives avez-vous pu lancer ou souhaitez-vous lancer à ce sujet ? Pourriez-vous également nous parler d’une initiative ou un projet en cours qui vous tient particulièrement à coeur, et sur lequel vous travaillez aujourd’hui dans votre entreprise ?

Anne-Sophie Sibout : Le lancement de notre nouvelle marque a été pour moi l’illustration parfaite de ce pouvoir de résonance formidable quand on entreprend une réelle démarche participative, plutôt que de faire du « collaboratif » un simple sujet de communication ! Il n’y avait jamais eu de programme « d’employee advocacy » chez Edenred. Nous avons touché 23 millions de personnes principalement grâce à l’engagement de nos salariés, qui se sont mis en scène aux quatre coins du monde sur tous les réseaux sociaux : Twitter, Linkedin, Facebook, Instagram… Nous sommes 8 000 collaborateurs : c’est à la fois beaucoup et en même temps, cela limite mécaniquement notre impact en terme d’amplification. Nous sommes pour le coup d’autant plus fiers du résultat que nous avons su obtenir ! Mon projet, en 2018, est de développer plus largement ce type de démarches participatives. A suivre, donc !

Julien Villeret : J’ai déjà évoqué quelques programmes d’ambassadorat interne. Nos Dirigeants sont encouragés à prendre la parole. Nos salariés sont alimentés en continu sur la stratégie du Groupe, sur les informations internes et externes importantes et reçoivent des argumentaires le cas échéant. Il est essentiel de bien les outiller et de les « armer » pour défendre leur entreprise au besoin et ne pas laisser dire n’importe quoi ; de leur donner par exemple « les billes » pour débattre autour du poulet du dimanche, pour vanter notre marque employeur ou bien pour partager nos valeurs.

Et puisqu’il ne faut retenir qu’une initiative ou un sujet me tenant à cœur, j’évoquerai volontiers l’exigence accrue de responsabilité qui doit animer tout communicant : cette responsabilité, véritable « licence to operate », s’avère fondatrice.

Le risque d’irresponsabilité et l’emballement parfois injuste – le fameux bad buzz – peuvent en effet s’avérer mortiphères pour toute organisation et désastreux pour tout business. Nous vivons nos quotidiens de communicants avec toujours plus d’épées de Damoclès au dessus de nos têtes. Il faut donc nous en prémunir en s’affirmant responsables dans tous nos actes. En ce sens, la récente initiative de l’Union des annonceurs avec la relance d’une charte responsable (le programme FAIRe) guidera nos prochaines actions avec toujours plus de force. EDF est un signataire fondateur de cette initiative de l’UDA. Cela nous oblige. Nous sommes tenus d’élaborer, de déployer et de respecter un code de communication responsable. Le nôtre compte cinquante engagements et propose une trajectoire vertueuse et ultra ambitieuse pour tous les communicants, et au-delà pour les pratiques au sein du Groupe EDF. Cette indispensable boussole devrait à mon avis nous permettre d’aborder plus sereinement tous les bouleversements que nous venons d’évoquer ensemble.

 

 

Notes et légendes :

* « Quels enjeux pour les dircom et leurs équipes en 2016 » ? Interview croisée d’Anne-Gabrielle Dauba et Pierre Auberger.

** « Quels enjeux pour les dircom et leurs équipes en 2017 » ? Interview croisée de Béatrice Mandine et de Benoît Cornu.

(1) Diplômé du CELSA (il est titulaire d’un DESS « Marketing & Communication Strategies »), Julien Villeret commence sa carrière en 1986 comme journaliste au sein du Groupe Pressimage / Medialoisirs, avant de rejoindre en 1989 l’agence Information & Entreprise, en tant que Consultant puis Associé. Il est nommé Directeur de l’information et des relations presse de SFR en 2007 avant d’en devenir le Directeur de la communication entre 2009 et 2014. Il est ensuite nommé Directeur de la communication Groupe d’EDF en décembre 2014, fonction qu’il exerce depuis lors aux côtés de Jean-Bernard Lévy, P-DG d’Electricité de France.

(2) Titulaire d’un Master 2 en communication du CELSA, Anne-Sophie Sibout débute sa carrière en 2004 au sein du Groupe Accor, comme Chargée de mission mécénat. Après une évolution au poste d’Attachée de presse ce ce Groupe, elle en devient la Responsable des relations presse et de la communication externe de 2008 à 2010. C’est en 2010 qu’elle rejoint Edenred, comme Directrice des relations presse et de la communication interne avant d’en d’être nommée Directrice de la communication en juin 2014, fonction qu’elle occupe depuis lors.

(3) Auteur de Superception, un blog de référence en communication que je cite régulièrement, Christophe Lachnitt est un expert en communication reconnu et expérimenté, qui conseille aujourd’hui de grands groupes sur leur stratégie de communication et leur transformation numérique, après avoir été dircom de plusieurs groupes internationaux (Alcatel Radio & Defense, Alcatel Optics, Alcatel Fixed Communications, Microsoft France et DCNS)

 

Crédits photos et illustrations : EDF, Edenred, The BrandNewsBlog 2018.

Suite et fin : 400 twittos du marketing et de la communication à suivre en 2018

Je vous les avais promis la semaine dernière : après la première partie de ma sélection 2018 de twittos du marketing et de la communication, voici venir ce dimanche 200 autres comptes référents de nos métiers, que je vous recommande évidemment de suivre dès que possible, tant ils sont utiles et captivants.

Après les blogueurs, les pros du branding et des stratégies de marque, les experts en relations publiques et en communication de crise, les champions de la com’ publique, les dircom connectés et les marketeurs et communicants particulièrement influents… c’est cette fois au tour des experts du digital, aux spécialistes du brand content, aux « CEO qui twittent » et aux autres ambassadeurs remarquables de leur entreprise d’être distingués. Avant de poursuivre par cette catégorie de mon invention : les Twittos AAA*… et de conclure ma liste de recommandations par quelques comptes Twitter de ressources reconnues dans nos métiers (fils Twitter de médias spécialisés, d’associations professionnelles et autres comptes à ne louper sous aucun prétexte).

A toutes fins utiles et pour celles et ceux qui découvriraient cette sélection pour la première fois, je me permets de rappeler qu’elle ne constitue nullement une liste exhaustive des comptes du marketing et de la communication. Cette compilation volontairement subjective, établie sur la base de mes recherches et abonnements personnels, n’est pas non plus un classement ou un palmarès, dans la mesure où je n’ai utilisé aucun des logiciels social media du marché et que les nombres d’abonnés et d’interactions sont loin d’être les seuls critères et métriques que j’ai souhaité prendre en considération pour l’établir.

Dans chacune  des catégories ci-dessous (notamment la rubrique « Twittos AAA »), je me suis parfois permis de citer une deuxième fois, du fait de leur dynamisme, des comptes que j’avais déjà mentionnés la semaine dernière. Mais que les comptables parmi vous se rassurent => il y a bien au total dans cette shortlist 400 twittos différents qui sont cités, pas un de plus ni de moins ;-)

Cela étant, s’il s’avère selon vous qu’il manque encore des Twittos incontournables dans les domaines du marketing et de la communication, n’hésitez pas à m’en faire part. J’essaierai de les intégrer dans une prochaine édition de cette liste de comptes à suivre. Et en attendant : bonne lecture et bonnes découvertes de twittos à tous !

Les pros du brand content et du storytelling

Champions du contenu et des histoires de marques, ces experts sont souvent issus de la publicité ou du marketing. Ils « ré-enchantent les marques », soit en décortiquant leurs mythes et leurs modes d’expression, soit en utilisant de nouveaux formats de diffusion, adaptés à l’évolution des attentes des consom’acteurs… Qu’il s’agisse de l’expert du storytelling Sébastien Durand (@sebastiendurand), ou bien des spécialistes du brand content Thomas Jamet (@tomnever), Sabrina Greichgauer (@sab_greich), Pascal Béria (@pascal_beria), Isabelle Mufraggi (@imufraggi), Guillaume Louriais (@glouriais) ou Thierry Herrant (@thierryherrant), leurs comptes valent le détour…

   

Les experts du digital et des médias sociaux

Omniprésents sur les réseaux, les experts du digital et des médias sociaux se comptent par milliers, ne serait-ce que sur Twitter. Community managers, consultants, Chief Digital Officer en entreprises ou bien champions de la veille digitale… leurs profils sont si variés qu’ils mériteraient un classement à part entière. Je n’en citerai donc ici qu’une petite partie (pardon d’avance à celles et ceux que j’oublie), de nombreuses listes dédiées circulant par ailleurs sur le web. Comme vous le verrez, je reprends ici quelques noms de la rubrique « Twittos influents » parue dimanche dernier, tant il est vrai qu’un certain nombre d’entre elles/eux sont devenus incontournables sur les réseaux. Vous retrouverez également quelques-unes de ces « digital championnes » que j’avais mises à l’honneur sur ce blog au mois de décembre 2016 (voir à ce sujet cet article et celui-ci).

Hormis les incontournables Frédéric Cavazza (@fredcavazza) ou Loic Le Meur (@loic), je recommanderai donc pour ma part les comptes de Catherine Barba (@cathbarba), Nicolas Colin (@Nicolas_Colin), Natacha Quester-Séméon (@NatachaQS), Géraldine Le Meur (@geraldine), Sandrine Plasseraud (@sandrine), Jeanne Bordeau (@JeanneBordeau), Fadhila Brahimi (@FBrahimi), Cyril Bladier (@businesson_line), Hervé Kabla (@HerveKabla), Caroline Faillet (@CFaillet), Emmanuelle Leneuf (@FlashTweet), Isabelle Mathieu (@IsabelleMathieu), Aurélie Coudouel (@AurelieCoudouel), Clément Pellerin (@ClementPellerin), Natalia Robles (@RobleNatalia), Fabienne Billat (@fadouce), Anthony Babkine (@AnthonyBabkine), Pierre Cappelli (@PierreCappelli), Gilles Reeb (@giluzful), Delphine Foviaux (@DelpheF), Jonathan Chan (@ChanPerco), Ronan Boussicaud (@RBoussicaud), Anthony Rochand (@AnthonyRochand), Valérie Demyttenaere (@ValBdeMytte), Jean-Denis Garo (@JeanDenisG), Séverine Liénard (SeverineLienard) ou encore Nicolas Antonini (@nicolasantonini)…

                             

Les « CEO qui twittent » et autres dirigeants-twittos : premiers ambassadeurs de leur entreprise…

Je l’ai déjà évoqué à plusieurs reprises dans les colonnes de ce blog (et notamment dans cet article sur « les nouvelles casquettes des dirigeants de demain ») : avec la transformation digitale de l’économie et surtout l’émergence puis l’explosion des réseaux sociaux, les dirigeants sont invités à s’exprimer sans cesse de manière plus régulière, plus empathique et à devenir à leur tour de véritables « médias », en veillant – risques de bad buzz et fact checking obligent – à la cohérence de leurs prises de parole et à leur exemplarité bien évidemment. Dans ce rôle de storyteller et de premier ambassadeur de leur entreprise auprès de ses différents publics, de nombreux dirigeants ont d’abord semblé quelque peu effrayé par l’immédiateté et les risques de dérapage souvent associés à l’usage de Twitter, avant que quelques précurseurs n’adoptent la plateforme de micro-blogging… Ces audacieux précurseurs ont été rejoints depuis par des cohortes de plus en plus nombreuses et convaincues de dirigeants soucieux de soigner leur image et intéressés par les opportunités et la souplesse offertes par Twitter. Et si tous ces Twittos ne rédigent pas forcément eux-mêmes tous leurs tweets, une bonne partie s’y est mise, alternant l’information et la promotion des initiatives de leurs marques avec des tweets plus personnels.

Parmi ces CEO et autres dirigeants 2.0, les patron(ne)s des grands réseaux de communication ou d’agences médias, comme Mercedes Erra (@ErraMercedes), Natalie Rastoin (@NatalieRastoin), Valérie Hénaff (@ValerieHenaff), Nicolas Bordas (@NicolasBordas) ou Thierry Jadot (@thierryjadot) sont évidemment de la partie, comme les dirigeants des grands médias (Nicolas de Tavernost alias @ndetavernost, @gillespelisson de TF1 mais aussi les plus controversés @DelphineErnotte et @matthieu_gallet) ou bien les dirigeants de l’industrie de la téléphonie Xavier Niel (@Xavier75), Stéphane Richard (@srichard) et Olivier Roussat (@OlivierRoussat). Mais les dirigeants d’autres secteurs et industries ne sont pas forcément en reste, comme le prouvent les exemples de @FredericOudea (DG de Société Générale), @gilles_schnepp (P-DG de Legrand), @bompard (P-DG de Groupe Carrefour) ou @Isabelle_Kocher (PDG de ENGIE)…  En termes de bonnes pratiques, je n’hésiterai pas à citer également, pour la qualité de leur fil et leur dynamisme, les excellents @LaurentVimont (P-DG de Century 21), @schelcher (Vice-Président de Système U) ainsi que les comptes de Pascal Demurger (@PascalDemurger) et Dominique Mahé (@dominique_mahe), respectivement Directeur général et Président – tous deux hyperconnectés – du Groupe MAIF.

                          

…et quelques exemples d’autres salariés-ambassadeurs remarquables (PVCI, Orange, Generali…)

Si les P-DG et les autres dirigeants des entreprises se mettent de plus en plus à twitter et à investir d’autres réseaux sociaux, comme LinkedIn, voire à tenir régulièrement tribune sous la forme d’un blog comme celui de Michel-Edouard Leclerc (@BlogMELeclerc) ou celui de Bruno Rousset (@BrunoRousset), le P-DG d’April , ce sont sans aucun doute les salariés-ambassadeurs des entreprises qui contribuent aujourd’hui le plus largement au rayonnement de leur entreprise sur les réseaux sociaux, en relayant à la fois ses messages et en lui donnant une nouvelle image, à la fois plus spontanée et incarnée. A ce titre, plutôt que les quelques Twittos que je m’apprête à citer ci-dessous (comme j’avais déjà entrepris de le faire dans cet article), c’est bien à des communautés de dizaines voire de centaines de salariés-ambassadeurs qu’il me faudrait ici rendre hommage. Comme celles constituées sur Twitter par ces salariés de la SNCF, d’Orange ou de Generali France – pour ne citer que ces exemples – qui ne manquent pas de partager avec les autres socionautes le quotidien de leur métier et de leur entreprise. Ainsi, chez Pierre et Vacances Conseil Immobilier (PVCI), depuis le Directeur général Dominique Ménigault (@DMENIGAULT), son assistante Julie Félix (@Jul_PVCI) jusqu’aux responsables des ventes comme Anne-Sophie Menthe (asm_PVCI) et aux chargés d’affaires tels Sandrine Houlbert (@s_houlbert), en passant par la Directrice des ventes Stéphanie Gianni (@sgiannitrapani) ou la Directrice de la qualité Nathalie Girardel (@Ngirardel), c’est une communauté d’une centaine de salariés qui s’exprime et converse quotidiennement sur le réseau au petit oiseau bleu… donnant à la marque une présence et un dynamisme certains.

                    

Omniprésents et bienveillants : les twittos « AAA »

Leur discrétion et leur modestie dussent-elles en souffrir, ces professionnels de la com’, du marketing et parfois d’autres horizons, méritent amplement une catégorie à part… Car dans une « économie de l’attention » menacée par l’infobésité, la plupart sont de véritables trésors. Hyper-Actifs, Attentionnés et Altruistes, ce sont en effet des championnes et des champions de la veille, du partage et de la conversation. Bref : des maestros de la véritable communication « 2.0 » ! Pas une tendance ou un contenu à valeur ajoutée qui ne leur échappe (ou presque). Et si peu de jours « sans » ! Incontournables à mon avis, leur dynamisme et leur état d’esprit secouent quotidiennement la twittosphère. Je citerai entre autres, parmi ces infatigables twittos : Nathalie Ollier (@NathOllier), Benoît Anger (@Benoit_Anger), Matthis Vernon (@matthisvernon), Nadia Bahhar Alves (Nad_Alves), Martine Le Jossec (@loutro1990), Sophie Déroulède (@SoDeroulede), Stéphane Néreau (@nereaustephane), Olivier Sigiscar (@OlivierSigiscar), Dominique Crochu (@DominiqueCrochu), Natacha Holtz Ruiz (@NatachaHoltz), Ariel Straboni (@arielSTRABONI), Jérôme Monange (@JeromeMONANGE), Virginie Debuisson (@VDEBUISSON), Sandrine Fouillé (@sfouille), Thomas Bilesimo (@TBilesimo). Et de nouveau, pour leur dynamisme et bien que je les ai déjà cités, les indispensables Alban Jarry (@Alban_Jarry), Coryne Nicq (@corynenicq), Valérie Demyttenaere (@ValBdeMytte), Aurélie Coudouel (@AurelieCoudouel), Pierre Cappelli (@PierreCappelli), Jonathan Chan (@ChanPerco), Anouk Deque (@AnoukDEQUE) ou encore Antoine Levan (@antoinelevan)… Mais la liste ci-dessous est loin d’être exhaustive, tant la Twittosphère regorge de passions et de talents.

                       

Quelques autres comptes marketing / communication à suivre…

Une fois n’est pas coutume et dans l’intérêt de mes lecteurs, je me permets d’ajouter en cette fin de sélection 2017 quelques comptes Twitter « génériques » (qui ne sont donc pas des comptes personnels, mais qui font référence dans nos domaine du marketing et de la communication) ainsi que ceux de quelques journalistes spécialisés… Là encore, toutes mes excuses à ceux que j’oublie. Je ne prétends pas non plus à l’exhaustivité dans cette nouvelle catégorie, qui ne demande qu’à être complétée, aussi n’hésitez pas à me signaler les « impasses » les plus préjudiciables que j’aurais pu commettre : j’essaierai de les intégrer à l’occasion d’un prochain billet ou d’une prochaine liste. Parmi ces comptes de référence : des médias et des journalistes donc, mais aussi des associations et acteurs reconnus dans nos secteurs. Je citerai notamment, bien sûr, les comptes de l’indétrônable et indispensable magazine de communication Stratégies (@Strategies), de son éditrice Sandrine Matichard (@smatich) et de son rédacteur en chef adjoint Gilles Wybo (@GillesWybo), ceux de Culture Pub (@culturepub), CB News (@CB_News), Emarketing.fr (@Emarketing_fr), Frenchweb (@Frenchweb), La Réclame (@Lareclame.fr), INfluencia (@INfluencialemag) ainsi que celui de Prodimarques (@Prodimarques) qui publie l’excellente Revue des marques. Je mentionnerai également le compte du magazine Tank, la « revue trimestrielle de tous les médias et de toutes les communications » (@Tank_Revue), ainsi que celui d’Elaee (@Elaee), cabinet de recrutement bien connu dans nos domaines du marketing et de la communication, qui édite sur son site web un intéressant magazine de l’emploi dans la création, la communication, le marketing et le digital. Sans oublier bien sûr les comptes des associations de communicants ou de marketeurs telles qu’Entreprises & médias (@EM_Dircom), Communication & Entreprise (@CometEntreprise), l’ARCES (Association des responsables communication de l’enseignement supérieur : @ARCES_News), le CMIT (Club des directeurs marketing & communication de l’IT : CMITfr), l’AACC (Association des agences – conseils en communication : @AACClive) ou l’Union des Annonceurs (UDA_annonceurs).

        

Retrouvez ici les 200 autres comptes marketing & communication à suivre en 2018…

 

Crédit iconographique : 123RF – TheBrandNewsBlog 2018