Transformation de la com’ : au-delà du défi technologique, des enjeux avant tout humains et organisationnels…

Riche et inspirant. Pour son numéro de cette semaine, après une première édition réussie dont je vous avais déjà parlé l’an dernier à la même époque¹, le magazine Stratégies avait choisi de reconduire son opération spéciale « Les 15 », en confiant de nouveau sa rédaction en chef à une quinzaine de personnalités de la communication, des médias et de la nouvelle économie.

Comme en 2017, le but de cette initiative était d’imaginer un numéro « collector », qui traite à la fois des enjeux les plus actuels du monde de la communication mais reflète également les interrogations des professionnels à l’aune de cette révolution numérique qui n’en finit pas de bouleverser les modèles économiques existants et de transformer le paysage et les pratiques de la com’.

Le résultat de cette démarche éditoriale, qui rappelle l’opération « La relève » organisée par Les Echos², est là encore une réussite. Car non seulement Stratégies continue d’offrir à ses lecteurs le meilleur d’une presse professionnelle qualitative et pertinente, parfaitement en phase avec son temps. Mais les contenus de ce numéro spécial sont d’autant plus intéressants qu’ils sont à nouveau remarquablement congruents en définitive, chacun des articles rédigés par un(e) invité(e) du journal faisant écho – au moins en partie – aux problématiques et conclusions évoquées par les autres.

Si je ne peux évidemment que vous inciter à aller découvrir par vous-mêmes cette belle photo des enjeux de la communication, en courant vous procurer cette édition du magazine (toujours en kiosque), je me permets comme je l’avais fait l’an dernier de vous en proposer ci-dessous quelques-uns des enseignements principaux, en guise d’apetizer… Et ne me remerciez pas, car c’est bien le moins que le BrandNewsBlog puisse faire, dès lors que l’occasion se présente de faire écho à des contenus de qualité.

15 voix pour raconter le monde de la communication d’aujourd’hui… et de demain

Le premier facteur clé de succès d’une telle opération éditoriale réside évidemment dans le choix des personnalités invitées à prendre la plume.

De ce point de vue, Stratégies n’a point failli cette année encore, en sélectionnant un panel de professionnels reconnus provenant des différents horizons de la communication, des médias et du numérique :

Franck Annese (@FranckAnnese, So Press), Christophe Collet (@ChristophCollet, S4M), Marion Darrieutort (@Darrieu, Elan Edelman), Raphaël de Andréis (@raphdeandreis, Havas Village), Anne de Maupéou (@annedemaupeou, Marcel), Aurore Domont (@AuroreDomont, Media Figaro), Etienne Lecomte (@lecomte_etienne, Groupe Bel/UDA), Renaud Le Van Kim (@renaudlvk, Brut), Mounir Mahjoubi (@mounir, secrétaire d’Etat au Numérique), Francis Morel (@Echos_ParisienLes Echos/Le Parisien), Quentin Sannié (@QuentinSannie, Devialet), Marie-Laure Sauty de Chalon (@mlsauty, Aufeminin), Laurent Solly (@laurentsolly, Facebook), Sylvia Vitale Rotta (@SylviaVitale, Team Créatif), Cédric Vandervynck (@cedric_vdv, Criteo), Michel-Edouard Leclerc (@BlogMELeclerc, Groupe E.Leclerc) et Paul-Emmanuel Reiffers (@Mazarine_Group, Groupe Mazarine)…

Ces 15 invités de marque de Stratégies (ou plus exactement 17, Michel-Edouard Leclerc et Paul-Emmanuel Reiffers étant venus en renfort) se sont emparés de thématiques à la fois originales et fortes, dont la plupart témoigne du changement de paradigme qu’a connu ces dernières années la communication.

Perspectives de l’intelligence artificielle et limites du machine learning, importance des big data dans la personnalisation du storytelling des marques et de l’expérience offerte aux clients, hybridation des parcours on– et offline dans les domaines du commerce et de la distribution, révolution du traitement de l’information et réinvention du journalisme par le live et par l’exploitation des codes et opportunités offertes par les réseaux sociaux, exigence accrue de transparence et d’engagement de la part des marques, intérêt d’une incarnation de la communication par les dirigeants à l’image de la stratégie éditoriale déployée par Michel-Edouard Leclerc sur ses différents comptes et via son blog, adaptation des modèles économiques et des pratiques des agences de communication pour répondre aux nouvelles attentes des annonceurs et mieux cerner les besoins des consommateurs…

Les sujets technos, qui découlent de la révolution numérique et de la « digitalisation » de la société et des entreprises, sont naturellement omniprésents. Mais ils suscitent, c’est le moins que l’on puisse dire, de nombreuses interrogations chez les professionnels, tant il est vrai que la transformation numérique des métiers de la communication et du marketing est loin d’être achevée. Ainsi, dans la plupart des sujets abordés, on voit que le facteur humain, le libre-arbitre et le capital-expérience accumulé par les professionnels… demeurent tout à fait cruciaux dans l’exercice de métiers de la communication qui ne cessent d’évoluer, mais dont les fondamentaux demeurent le plus souvent encore valides.

De l’impact inédit du numérique – et des réseaux sociaux – sur des pans entiers d’activité : les nouvelles règles du « branding 2.0 »

On n’a certes pas attendu la sortie du numéro spécial de Stratégies pour être convaincus de la révolution et du pouvoir de disruption que représentent le digital et les médias sociaux dans la plupart des secteurs économiques. Mais s’il en fallait un nouvel exemple, c’est sans doute Paul-Emmanuel Reiffers, le président-fondateur du groupe de communication Mazarine, spécialiste des marques de luxe et premium, qui en donne le plus probant, en évoquant le succès récent et fulgurant de 4 nouvelles marques dans les univers du luxe et de la beauté³…

Qu’il s’agisse de Kat Von D, Huda Beauty, Glossier ou Fenty Beauty, ces 4 nouvelles marques lancées respectivement par la tatoueuse Katherine von Drachenberg, par la make up artist Huda Kattan, la blogueuse beauté Emily Weiss ou bien la star de la chanson Rihanna, ont rencontré un succès quasi-immédiat, en révolutionnant non seulement une partie des codes du secteur, mais en explosant surtout ceux du marketing et de la communication cosmétiques. A ce titre, le véritable raz-de-marée commercial généré depuis septembre dernier par Fenty Beauty, la ligne de produits de beauté lancée par Rihanna, en est une illustration spectaculaire.

Le principal facteur clé de succès derrière ces lancements de marque réussis ? Les personnalités dont nous venons de parler, influenceuses archi-reconnues dans leurs domaines respectifs,  cumulant à elles seules des dizaines de millions de followers sur leurs comptes sociaux respectifs, ont su monétiser comme personne leur influence en fédérant depuis des années autour d’elles et de leurs univers respectifs de très larges communautés par essence sensibles à toutes leurs initiatives… et à leurs produits. Il n’était donc pas illogique (et sans doute même prévisible) que ces communautés les suivent massivement à l’occasion du lancement de leur propre marque, ce qui s’est immédiatement traduit par un affolement de leurs compteurs Instagram, les marques en question cumulant rapidement des millions d’abonnés (plus d’1 million pour Glossier, 3 millions pour Fenty Beauty, 4 millions pour Kat von D Beauty et plus de 25 millions pour Huda Beauty !), les chiffres des ventes étant à l’avenant…

Ainsi, comme le résume Paul-Emmanuel Reiffers, « en adoptant la rapidité, la fluidité et la logique one-to-one propres aux réseaux sociaux, ces marques ont su créer une connexion immédiate et pertinente avec leurs clientes, apportant un vent de nouveauté dans le secteur de la beauté tout en prenant de vitesse les marques établies. »

Et Glossier d’aller jusqu’à concevoir ses produits pour qu’ils soient facilement « instagrammables », en associant bien sûr sa communauté à toutes les étapes de cette conception dans une logique de créativité débridée et « open source » : le nec plus ultra de la reconnaissance pour les fans de ces nouvelles marques 2.0, ravies de participer ainsi par procuration à l’univers artistique et aux créations de leurs égéries.

Une disruption des pratiques et de la relation aux publics par le live et les nouveaux codes du web 2.0 : la fin du journalisme et de la communication « de papa »…

S’il fallait d’autres exemples de ce changement de paradigme que connaissent les métiers du marketing, de la communication, mais également du journalisme, les interviews de Rémy Buisine et Hugo Travers  par Renaud Le Van Kim, mais également le témoignage de Michel-Edouard Leclerc sur son usage des médias sociaux, ou bien encore l’interview d’Elise Lucet par Franck Annese, nous les apportent pour ainsi dire « sur un plateau »*.

Eclairant, en effet, de voir comment, au travers de leur interview croisée par Renaud Le Van Kim, ces trublions du journalisme sans carte de presse que sont Rémy Buisine et Hugo Travers, envisagent à leur manière le traitement de l’information et de l’actualité la plus chaude, en intégrant tous les apports des nouvelles technologie et du live, et en mettant à profit les codes des réseaux sociaux pour rendre compte à leur manière de la vie publique et politique du pays.

Là encore, au-delà des technologies et de leur apologie du live, qui leur apporte une liberté quasi-totale en leur permettant d’adapter en temps réel leurs pratiques et leur approche d’un évènement, comme le fit Rémy Buisine en couvrant le mouvement Nuit débout sur Périscope, muni d’un simple smartphone ; au-delà du choix du support digital (YouTube, Instagram…) et du format qu’ils n’hésitent pas à modifier en fonction des circonstances, c’est là encore le rapport à la communauté, à leur communauté, qui apporte le plus de richesse et de sens à leur travail et constitue la véritable nouveauté.

Passionnés par le décryptage de la vie publique, ces journalistes d’actu 3.0 ont en effet bien conscience d’éditorialiser l’actualité et les évènements qu’ils couvrent pour et « avec » les nombreux internautes qui les suivent (sur le média social Brut pour Rémy Buisine et la chaîne Hugo Décrypte pour Hugo Travers). Dixit Rémy Buisine : « Sur un live, on adapte sa pratique en direct – c’est le cas de le dire. Il faut être très flexible, ne pas se laisser guider par des idées préconçues sur l’évènement qu’on couvre. Ma communauté va me donner des idées, c’est passionnant. Souvent, des tendances fortes vont de dégager. Il faut être capable de les écouter et de les décrypter. Par exemple, sur une manifestation, il arrive souvent que des internautes veuillent avoir une vision à 360 degrés de l’action… ». Moyennant quoi, le live et l’interaction directe avec son audience, sa communauté, permet au journaliste de terrain de faire une véritable pédagogie de leur travail et de leurs choix éditoriaux, tout en n’étant pas contraint par une durée limitée ni les artifices du montage : de quoi renouer un véritable dialogue en surmontant cette défiance que les spectateurs expriment de plus en plus souvent vis-à-vis de l’information et des médias traditionnels.

Dans un tout autre registre – celui de la communication – et dans le cadre de la démarche éditoriale et relationnelle que Michel-Edouard Leclerc a choisi d’établir avec les différentes communautés qui le suivent sur son blog ou sur ses comptes de réseaux sociaux, le président du groupe Leclerc ne dit pas autre chose. Lucide sur ses propres pratiques et sur les reproches que lui ont parfois adressé certains journalistes, celui-ci assume ses erreurs et reconnaît bien volontiers avoir d’abord « appris le web 2.0 en marchant », sans stratégie préconstruite, avant de faire montre au travers de son témoignage d’une connaissance fine du fonctionnement des réseaux sociaux et d’une réelle compréhension de leur intérêt, pour nouer une communication directe et pour ainsi dire « désintermédiée » avec les internautes.

Poussé au blogging par Loïc Le Meur il y a de cela plus de 12 ans, Michel-Edouard Leclerc a en effet été un des premiers dirigeants d’entreprise à rédiger ses propres billets pour son blog « De quoi je me mel » et à comprendre tout l’avantage de s’exprimer en direct, pour incarner sa marque et livrer ses propres réflexions sur des thématiques économiques bien sûr, mais également sociales ou culturelles. Capitalisant sur cette expérience et ce blog désormais installé dans le paysage médiatique français, le président de Leclerc dit avoir alors voulu « multiplier les réseaux pour m’assurer une audience large, gage d’indépendance et de liberté, tant à l’égard des autres médias que du pouvoir politique ». Avisé, il s’est alors investi sur les différentes plateformes en veillant bien à ne pas vampiriser ni court-circuiter la communication officielle de sa marque : « en accord avec les centres E.Leclerc, j’ai décidé de développer ma politique éditoriale, sur tous les réseaux, en la dissociant de la communication de l’enseigne. Bien sûr, je la relaie, mais selon mon tempo et mes choix. J’y gagne en liberté d’expression. Et en retour, les centres E.Leclerc peuvent se référer à une expression plus humaine, plus incarnée, et plus distanciée par rapport aux enjeux commerciaux. »

Capitales dans cette conquête des différentes plateformes sociales : les notions de plaisir et d’authenticité… C’est sans doute pourquoi Michel-Edouard Leclerc dit avoir choisi de commencer par Instragram, en passionné de photos et de bande dessinée… et avoir compris à cette occasion l’importance de sa présence en ligne pour les collaborateurs, dont il a redécouvert via leurs nombreux commentaires la fierté de travailler pour une entreprise aux convictions fortes. Pour Facebook et LinkedIn, le patron d’entreprise reconnaît suivre une ligne éditoriale plus business, en relayant sur le premier l’esprit de son blog, tandis que LinkedIn lui sert à adresser une cible plus professionnelle de DRH, coachs et consultants, mais également d’étudiants et de commerciaux.

Mais en véritable expert et aficionado du web social, « MEL » reconnaît passer du temps à converser et nouer des échanges sur les réseaux, pour tisser du lien avec ces communautés de bretons, de randonneurs, d’amoureux de la BD ou des livres qui le suivent également sur ses différents comptes : car là encore, « pas question de jouer à l’homme sandwich » même pour promouvoir l’utilité sociale de son entreprise, le relationnel et l’authenticité primant toujours en fin de compte.

On le voit : plus question de pratiquer la « communication de papa » si l’on veut rester en phase avec les nouvelles attentes de ses publics… Et il s’agit aussi d’être transparents et de respecter tout simplement la parole et les engagements de l’entreprise, comme le rappelle sans chichi Elise Lucet, dans l’interview qu’elle a accorde pour ce numéro spécial de Stratégies au P-DG de So Presse, Franck Annese.

« Beaucoup de gens nous caricaturent en disant qu’on veut piéger les entreprises, se défend d’entrée la présentatrice de Cash Investigation. Mais non, moi j’aime bien les entreprises. Mais quand elles prennent des engagements, je leur demande de les respecter, c’est tout. Quand il y a une jolie charte qui dit « on ne fait pas travailler les enfants », eh bien on ne fait pas travailler les enfants. Et si un chef d’entreprise nous apporte un document qui nous prouve qu’on a tort, tant mieux ! La première année de Cash, j’ai le souvenir qu’on avait interrogé Serge Papin (P-DG de Système U) parce qu’on pensait que les produits n’étaient pas assez contrôlés et en fait il nous a prouvé le contraire. »

Les limites du modèle « digital first » et la primeur d’une expérience client multicanale et sans soudure, avec la fin de la frontière online/offline

Le culte du « tout-digital » aurait-il du plomb dans l’aile ? Dans un article rédigé par Aurore Domont, à lire juste après l’interview de Rémy Buisine et Hugo Travers par Renauld Le Van Kim, la présidente de la régie Media.Figaro réécrit l’histoire et s’interroge ouvertement sur l’écho qu’aurait pu rencontrer Emile Zola dans sa défense d’Alfred Dreyfus, si les réseaux sociaux avaient existé en 1898…

Sans doute le grand écrivain, en communicant hors pair, se serait-il emparé de Twitter et Facebook en essayant de rallier l’opinion derrière un hashtag #Jaccuse fédérateur ? Mais en connaisseuse des ressorts du web 2.0, et du filtrage de plus en plus important exercé par les algorithmes sur les différentes plateformes, qui « ont tendance à nous éloigner des informations qui pourraient ébranler nos convictions et nos croyances et ainsi nous faire changer d’avis », Aurore Domont doute que le groupe Facebook du talentueux Zola ait eu la moindre chance d’émerger, dans une France majoritairement anti-dreyfusarde. Quel sort aurait connu le hashtag sur Twitter, dominé lui aussi par l’instantanéité et l’émotion ? Au-delà d’un buzz de quelques heures ou quelques jours, rien de comparable sans doute avec la portée et l’écho colossal rencontré par cette lettre ouverte « J’accuse » publiée en une du journal L’Aurore le 13 janvier 1898 !

Insistant sur l’importance du temps long, le rôle de tiers de confiance joué par les grands médias dans le filtrage et la hiérarchisation de l’information, la présidente de Media.Figaro ne manque pas d’en donner une version quelque peu « idyllique » (que j’avoue être loin de partager entièrement) : « Depuis toujours les grands médias hiérarchisent les sujets, captent l’air du temps et mettent sur le devant de la scène ceux qui mériteront le plus d’attention, ceux qui feront avancer la société. C’est le temps de l’information journalistique, professionnelle et vérifiée, des articles longs pour comprendre. Nous avons besoin de nous nourrir des pensées des autres, de porte-paroles engagés, d’experts qui ont dans les médias la garantie d’avoir le temps nécessaire pour développer leur argumentation ». Un rempart « anti bullshit » et anti fake-news en somme, mais dont la cote de confiance auprès du grand public me semble néanmoins beaucoup moins forte que ce que me semble avancer la présidente de Media Figaro dans ce plaidoyer pour une presse exemplaire… ce qu’elle n’est hélas pas systématiquement à mon avis.

Comme le souligne par ailleurs le propos introductif de Mounir Mahjoubi et son interview de Stéphane Hugon (« Dans le numérique, des freins vont être levés »), il reste encore d’importants efforts à faire pour rendre le digital plus inclusif, à l’heure où 13 millions de Français n’utilisent pas ou peu Internet et de réelles inégalités d’usage et d’accès continuent de persister, même si Internet a déjà largement contribué à « désenclaver des gens qui s’étaient privés d’autres technologies, comme l’électronique par exemple ou du matériel électroménager ». A ce propos, Quentin Sannié, directeur général délégué et vice-président du board de Devialet nous livre dans ce numéro spécial de Stratégies une « photo » édifiante de cette France déconnectée, qui n’a pas encore accès à l’univers « digital » et ne profite pas encore de ses opportunités (cf infographies ci-dessous). Une France des petites villes et de la ruralité, des séniors et des catégories sociales les moins diplômées…

Mais ainsi qu’en témoignent bien les 3 articles de Francis Morel (P-DG du groupe Les Echos-Le Parisien) sur l’importance de la vente au numéro dans les points presse ; l’article de Raphaël de Andréis (P-DG de Havas Village) sur la bonne santé des libraires indépendants ou bien l’article de Christophe Collet (fondateur de S4M) sur la fin de la frontière online/offline dans la distribution, la fin des points de vente physique n’est pas pour demain et l’avenir est bien au multicanal et à l’alliance des solutions online et offline pour offrir aux consommateurs la meilleure expérience possible. Un parcours clients « sans soudure » durant lequel chacun reste libre d’acheter en ligne ou bien dans un point de vente et de profiter aussi bien de l’assistance d’une intelligence artificielle ou d’un bot que du conseil éclairé d’un libraire passionné sur le dernier roman à découvrir toutes affaires cessantes…

Transparence, engagement sociétal et communication responsable : autant de défis aujourd’hui incontournables…

Mais pour recréer le lien de confiance avec les consommateurs, il ne suffit pas de proposer une expérience multicanale ni de remettre l’humain au centre du jeu. Les marques doivent impérativement tenir compte aujourd’hui des attentes de leurs clients en matière de transparence, de respect de la vie privée, de protection de l’environnement et de la diversité, et respecter leurs engagements, pour revenir aux propos d’Elise Lucet…

Dixit Michel Bonnet (président du conseil paritaire de la publicité) cité par Etienne Lecomte (président de l’Union des annonceurs) dans son article « Consommateurs et marques, entre confiance et défiance » : « Le public veut de l’engagement et de la transparence. En effet, pour les consommateurs, la confiance passe en grande partie par les marques et leur prise de position notamment sur les sujets environnementaux et sociaux (développement durable, santé publique, travail des enfants…). L’affichage clair d’un certain nombre d’engagements et la transparence des marques constituent donc des éléments clés de ce rapport de confiance ».

Et de citer ces 28 entreprises (dont Coca-Cola, Danone, Orange ou la SNCF…), qui se sont impliquées dans le programme de communication responsable FAIRe, lancé par l’Union des annonceurs, prenant notamment l’engagement – en complément de leurs autres engagements RSE – de limiter l’impact environnemental et social de leurs supports de communication ou encore de s’assurer de la clarté des messages diffusés et de leur impact sur la société, mais également de lutter davantage contre les stéréotypes qui demeurent encore trop présents dans les différentes formes de communication.

Dans cette évolution des comportements et la prise de conscience de leurs responsabilités par les entreprises, les professionnels de la publicité doivent également faire leur autocritique et ont un rôle à jouer. Dans une climat général plutôt publiphobe, il s’agit d’abord de tenir compte des critiques des consommateurs, dont beaucoup trouvent la publicité trop intrusive, et de partager d’urgence leurs connaissances clients pour mieux comprendre les besoins des différents publics et s’adresser à eux de manière plus pertinente, en réduisant au besoin la pression publicitaire.

Mais les professionnels de la pub doivent également être les messagers du public auprès des marques, pour les inciter à agir plus vigoureusement et à afficher leur engagements, selon Anne de Maupéou. Convaincue que « la profession peut/doit utiliser son talent, son imagination, son humour et même sa naïveté pour répondre à cette question passionnante : que pourrais-je faire aujourdhui pour améliorer les choses ? », elle rappelle au travers de son interview passionnante de Paul Hawken, écologiste et entrepreneur, que la communication catastrophisme en matière de RSE ne fonctionne pas. Et croit résolument aux vertus d’une communication optimiste qui responsabilise les publics. L’auteur du livre « Drawdown; The Most Comprehensive Plan Ever Proposed to Reverse Global Warming » est en effet catégorique sur ce point : « En termes de réchauffement climatique, le changement ne viendra pas des entreprises ou des gouvernements mais des gens ». A ce titre, la publicité peut jouer un rôle déterminant et prescripteur auprès des consommateurs, pour les inciter à en réclamer davantage et à modifier peu à peu leurs propres comportements.

Quand les agences (et les communicants) doivent se réinventer et procéder à leur propre transformation organisationnelle et humaine…

Confrontés à ces différents défis (et de nombreux autres : Marie-Laure Sauty de Chalon, P-DG d’Aufeminin aborde notamment les enjeux de l’inteligence artificielle et Cédric Vandervynckt, vice-president EMEA de Criteo, le débat sur la neutralité du net : à découvrir également dans ce numéro de Stratégies), les communicants doivent faire leur propre révolution.

Et les agences, de plus en plus sérieusement challengées par les géants du conseil, seraient bien inspirées de se remettre en question et de profiter de cet aiguillon providentiel pour s’interroger sur leurs pratiques, leur valeur ajoutée et l’avenir de leur modèle, comme le résume parfaitement Marion Darrieutort, dans un article particulièrement clairvoyant : « Vers le com-sulting ? »

De plus en plus drivés par des sujets et enjeux convergents : ceux de la maîtrise technologique et l’accompagnement de la transformation digitale des entreprises, qui réclament un véritable investissement en terme de communication interne, de conduite du changement mais également de valorisation de la marque, les mondes de la communication et conseil sont amenés à marcher de plus en plus sur les mêmes plates-bandes. Et les acteurs de la communication sont quant à eux saisis de problématiques nouvelles sur lesquelles ils avaient encore peu investi : business hacking, réinvention de l’expérience client, approche servicielle de la marque…

Une conjonction des astres idéale pour créer un nouveau modèle d’agence hybride, s’inspirant du meilleur des deux mondes et plaçant la data et le project management au coeur de ses compétences ? C’est en tout cas ce que semblent appeler de ses voeux la P-DG d’Elan Edelman et elle est loin d’être la seule.

Cofondateur du groupe VT scan, Fabrice Valmier ne dit pas autre chose : « Les cabinets rachètent des agences pour leur capacité d’idéation et de création. Les agences doivent intégrer des directions de projet plus solides, une plus forte rigueur méthodologique  pour renforcer leur capacité à délivrer et concrétiser des projets ».

Et Emmanuelle Raveau, directrice de la communication de EY et présidente de l’association Com-Ent d’y aller de son conseil complémentaire à l’attention des agences : « Plus que jamais, les agences doivent s’organiser au regard des besoins de leurs clients et non pas en fonction de leur propres compétences. Elles ne doivent plus se comparer à leurs pairs mais mettre au coeur l’expérience client ».

Pour se faire, les agences doivent évoluer vers un management plus opérationnel, faire disparaître leurs silos, être plus flexibles et imaginer des schémas de collaboration plus légers et plus agiles avec leurs clients, dans le cadre d’une véritable stratégie organisationnelle et de ressources humaines. Un défi de taille à relever rapidement si elles ne veulent pas perdre davantage de terrain encore sur les grands cabinets de conseil, qui disposent déjà de cette flexibilité et sont lancés dans de grandes politiques d’acquisition à marche forcée…

>> A noter que ce numéro spécial de Stratégies traite également de quelques autres sujets comme le renouveau du branding packaging ou la personnalisation du storytelling des marques : des articles passionnants à retrouver dans sa version papier ou directement en ligne.

 

 

Notes et légendes :

 

(1) « Transformation de la communication : une (r)évolution certes digitale mais avant tout humaine », article du BrandNewsBlog, 26 mars 2017 

(2) Numéro spécial « La relève » des Echos : à échéance régulière, le quotidien a pris l’habitude de confier sa rédaction en chef à des personnalités incarnant la nouvelle garde issue des milieux politiques, industriels, financiers, culturels ou technologiques >> la 4ème et dernière édition en date de cette opération a eu lieu en mars 2017.

(3) « Le luxe est une affaire de communauté », par Paul-Emmanuel Reiffers – Numéro spécial « Les 15 » de Stratégies, 08/03/2017

* Article « S’il est bien géré, le live est une mini-révolution », interview de Rémy Buisine et Hugo Travers par Renaud Le Van Kim – Numéro spécial « Les 15 » de Stratégies, 08/03/2017

Article « Comment je me MEL des réseaux sociaux », par Michel-Edouard Leclerc – Numéro spécial « Les 15 » de Stratégies, 08/03/2017

Article « Elise Lucet, l’interview Cash », interview d’Elise Lucet par Franck Annese – Numéro spécial « Les 15 » de Stratégies, 08/03/2017

 

Crédits photos et illustrations : 123RF, Stratégies, The BrandNewsBlog, X, DR.

 

 

 

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