« 343 salauds » : décryptage d’un naufrage idéologique et réputationnel

naufrage-Prestige

Il est des combats plus que douteux (certains diront « nauséabonds ») et inaudibles par l’opinion publique. Au risque de choquer, je ne peux pour ma part m’empêcher de faire un parallèle entre le Manifeste dont on a tant parlé ces derniers jours et la fronde des dirigeants de clubs français contre la taxation à 75 % des revenus de leurs meilleurs joueurs.

Quel rapport, me direz-vous ?

Au-delà des « positions » plus que contestables défendues par les 343 (qui seraient en réalité 19, d’après Télérama), le terme « indécent » est celui qui est revenu le plus souvent dans les médias et sur les réseaux sociaux pour qualifier à la fois la revendication des clubs à disposer d’un traitement fiscal de faveur et celle de représentants de « l’intelligentsia » (à l’abri de tout besoin et pour la plupart, de toute « misère sexuelle »), à pouvoir disposer du corps de partenaires tarifées.

Les péripéties qui ont conduit les signataires à retrouver leur nom en bas du manifeste (voir le récit rocambolesque qu’en a fait Nicola Bedos, dans son mea culpa) ne justifient rien. Elles donnent davantage de relief encore à ce cas d’école en matière de fiasco réputationnel et d’opinion. La plupart des règles que les experts ès réputation aiment à rappeler ont en effet été transgressées :

1 – Un mauvais combat, au mauvais moment… défendu par un casting peu reluisant

Les idées défendues dans le manifeste sont ce qu’elles sont. Tout a déjà été dit et écrit à ce sujet, mieux que je ne pourrai le faire. Ce qui frappe le communicant, c’est la conjonction des 3 facteurs clés de « suicide réputationnel » qu’on y retrouve : la promotion de thèses polémiques voire indéfendables, auprès d’une opinion peu soucieuse de se mobiliser pour le type de « liberté » auquel il est fait référence ; l’improvisation qui semble avoir présidé au lancement du manifeste et le choix d’un casting détonnant de signataires, association hybride de réactionnaires connus pour leur misogynie et de « bobos » cyniques ou/et désabusés.

2 – La méconnaissance de l’opinion et des risques « réputationnels »

L’objectif premier d’un manifeste ou d’une pétition n’est certes pas d’être populaire, ni de soigner sa réputation, mais bien d’entraîner derrière soi le plus grand nombre de sympathisants ou d’influencer l’opinion. Personne ne souhaite susciter un tollé général. Dans le cas présent, la méconnaissance des publics, de leur degré d’acceptabilité des thèses avancées et le buzz négatif rapidement enclenché autour de ce manifeste étaient les signes avant-coureur de la bérésina à venir. Professionnels des médias pour la plupart, les auteurs et signataires de ce document auraient du au moins être conscients (et préparés) à l’accueil défavorable qu’ils ont reçu, puisqu’il était prévisible… Et au risque important pour leur image personnelle, qui ressort passablement écornée…

3 – Une gestion ratée de la « crise » et de l’emballement médiatique

Le « silence radio » observé par les auteurs et signataires du manifeste aux premiers jours de sa publication était « assourdissant ». La seule réaction durant la tempête (pour se désolidariser des autres signataires d’ailleurs) a été celle de Nicolas Bedos justement, plutôt maladroit dans ses tentatives de justification. Cette « anémie » jette le discrédit sur les motivations réelles des auteurs (faire parler de leur magazine Causeur ?) et sur celles des signataires. La sanction médiatique n’en a été que plus cinglante…

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