La leçon de brand management et de #TransfoNum de Philippe Salle, P-DG d’Elior Group

Celles et ceux qui lisent régulièrement le BrandNewsBlog et partagent mes sujets de réflexion le savent : je suis convaincu que l’ère des dirigeants « 1.0 », qui se contentaient de piloter leur entreprise depuis une tour d’ivoire, sans prendre le soin de partager leur vision ni d’expliciter les tenants et aboutissants d’une stratégie souvent élaborée « en chambre », est aujourd’hui définitivement révolue.

Emergence d’Internet et des médias sociaux, mais également nouveaux impératifs de communication financière et nouvelles attentes des publics externe et interne obligent : les compétences attendues de la part des dirigeants d’entreprise ainsi que leurs missions n’ont en effet cessé de se diversifier et se complexifier, comme je l’expliquais dans cet article il y a quelque mois.

Commandants opérationnels en chef mais également premiers brand managers de leur organisation, les P-DG et autre dirigeants d’entreprises, d’institutions ou d’associations sont de plus en plus invités à en devenir les storytellers, en incarnant sans cesse davantage l’ambition et la stratégie de leur structure. De plus en plus communicants et précurseurs, on attend également d’eux qu’ils encouragent les nouvelles méthodes de travail et de coopération, impulsent l’innovation et la transformation digitale de leur structure pour répondre à l’évolution et aux enjeux de leurs marchés, etc.

Exemplaires dans ces nouveaux champs de responsabilités, un certain nombre de dirigeants se signalent tous les jours par leurs initiatives audacieuses et la gestion avisée de leur entreprise et de leurs marques.

A cet égard, je rêvais d’interviewer Philippe Salle¹, Président-Directeur Général d’Elior Group² (après avoir notamment présidé avec succès aux destinées du groupe Altran). Pour le BrandNewsBlog, ce patron « 3.0 » a bien voulu nous dévoiler un large pan de la stratégie de son groupe, fleuron international de la restauration et des services associés. Une leçon de brand management et de transformation numérique qui prouve tout à la fois la maturité de cette entreprise leader de son secteur, mais également la pertinence de la vision et l’ambition de ses dirigeants.

Que Philippe Salle et Frédéric Fougerat, qui a permis la réalisation cette interview, soient ici remerciés de leur accueil chaleureux et de cette immersion passionnante dans la stratégie d’Elior !

>> Le BrandNewsBlog : Bonjour Philippe Salle. Merci d’avoir accepté de répondre à mes questions, pour éclairer les lecteurs du BrandNewsBlog sur la stratégie d’Elior Group. Un groupe assez exceptionnel puisqu’en un quart de siècle il est devenu l’un des leaders mondiaux de la restauration sous contrat et des services. Pouvez-vous nous raconter la genèse de cette « success story » française ? Quels ont été les moteurs et les moments clés de ce parcours ?

Philippe Salle : Depuis sa création en 1991, par Francis Markus et Robert Zolade, deux entrepreneurs visionnaires, ce groupe n’a cessé de se développer, en France pour commencer, puis à l’international par le biais d’acquisitions en Europe, puis en Amérique du Nord, et plus récemment en Asie.

Le groupe a connu plusieurs « ères ». De 1991 à 2000, c’est un acteur essentiellement national, avec la création de ses deux branches d’activités principales en France : la restauration collective, sous la marque Avenance, et la restauration de concession, sous la marque Eliance. Durant cette même période, des acquisitions au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie amorcent un développement européen. Entre 2000 à 2006, Elior devient véritablement un acteur international. C’est l’ère de l’expansion géographique dans des pays européens ciblés. Sur la période 2006-2014, Elior se mue en un acteur global, avec un développement sélectif en Europe et en Amérique. 2014 voit le retour en Bourse du groupe, sur le marché réglementé d’Euronext Paris. Depuis 2015, la dynamique se poursuit, avec un nouveau plan stratégique à horizon 2020, un plan de transformation digitale, un plan RSE, une intégration d’Elior Group au SBF 120… Une stratégie qui met en mouvement ce groupe, fort de son histoire, de son expertise et des femmes et des hommes qui en sont la principale richesse.

>> Le BrandNewsBlog : Il semblerait que vous ayez encore accéléré le mouvement ces deux dernières années, avec les rachats en 2015 et 2016 de cinq sociétés aux États-Unis, mais aussi – et c’est une première – les acquisitions en Inde des experts de la restauration collective MegaBite Food Services et CRCL. Pourquoi une telle boulimie d’acquisitions ?

Philippe Salle : Le plan stratégique 2020 que nous avons élaboré à mon arrivée en 2015 repose sur trois objectifs : développer, innover et accélérer, par croissance organique et par acquisitions. Le Groupe a pour ambition de se positionner comme leader en Europe, de mettre un pied en Asie, et de devenir n° 5 aux États-Unis. Les acquisitions sont réalisées avec une approche spécifique par pays, en coordination avec les équipes locales pour accélérer notre croissance sur des marchés cibles.

Nous en sommes maintenant à sept acquisitions aux États-Unis, avec l’annonce du rachat de Lancer Hospitality le 4 avril dernier. Cette société basée dans le Minnesota gère depuis plus de 30 ans la restauration collective de sites culturels, de parcs d’attractions, de centres d’affaires, d’établissements scolaires et d’établissements de santé. Elle a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 70 millions de dollars au cours de l’exercice financier 2016. Cette dernière acquisition permet à Elior North America de se renforcer sur trois de ses segments prioritaires tout en étendant sa présence géographique sur le territoire américain.

>> Le BrandNewsBlog : Elior Group est certes une entreprise cotée sur Euronext Paris, mais c’est aussi, suite à ses acquisitions, une véritable « galaxie de marques » (cf. tableau ci-dessous), dont la plupart ne sont pas forcément connues du grand public. Et pour cause : beaucoup sont purement locales, opèrent en BtoB ou demeurent en partie transparentes pour leurs clients finaux. À l’heure où des groupes comme Unilever ne cessent de simplifier leur brand portfolio pour des raisons financières, quel intérêt pour Elior Group de conserver autant de marques ?

Philippe Salle : Elior Group possède un capital de marques unique qu’il faut savoir décomposer. D’une part, les marques d’entreprises sous lesquelles nous opérons, notamment en restauration collective, comme Elior, qu’on retrouve en France, au Royaume-Uni, en Italie ou en Inde. Il peut toutefois exister dans les mêmes pays d’autres marques, plus locales, comme l’Alsacienne de restauration (France) ou Serunion (Espagne) ; plus haut de gamme, comme Singularis (Espagne) ou Arpège (France) ; porteuses de concepts spécifiques, comme Pasta Kitchen ou Pizza Foundry ; ou propres à un marché, comme 1.2.3 P’tits Plats, ou Le self qui fait grandir, en enseignement par exemple.

D’autre part, la marque mondiale de la concession Areas qui est dotée d’un portefeuille très large de concepts internationaux et locaux. Areas n’a pas vocation à être une marque commerciale. Elle porte l’ensemble des marques, enseignes et concepts qui lui sont propres, comme L’Arche, Deli&Cia ou la dernière-née Super Wild Coffee, et des marques en franchise comme Five Guys, Paul ou Exki.

Aujourd’hui, nos clients exigent de plus en plus de produits sains et bons, mais aussi une diversité d’offres toujours plus importante, dans des lieux conviviaux, proposant des services de restauration en phase avec leurs modes de vie. Nous devons nous adapter à cette diversité de besoins, et même l’anticiper, en proposant une palette de concepts et de marques en phase avec toutes ces exigences.

>> Le BrandNewsBlog : Vous venez de le dire, et cela est bien expliqué dans votre dernier rapport d’activité : sur vos marchés de restauration collective et de concession, encore très attachés aux notions de proximité et à une certaine préférence locale, la stratégie gagnante est de disposer de marques locales fortes et d’équipes locales soutenues par les méthodes d’un groupe international et la puissance d’une marque globale. Dans quels domaines veillez-vous plus particulièrement à développer les synergies avec vos filiales et quelle valeur ajoutée la marque ombrelle Elior Group apporte-t-elle en retour à ses marques filles ?

Philippe Salle : En effet, Elior Group est un acteur multilocal et souhaite le rester. C’est la qualité de nos services et de nos offres qui fait de nous un restaurateur de référence dans le monde. Il n’est pas nécessaire d’être représenté par une marque unique. Cela peut même parfois être un handicap. Chaque marché local est différent, et nous devons avoir l’agilité nécessaire pour nous y adapter, et ainsi mieux le servir.

Les synergies sont nombreuses, sans être nécessairement visibles par le convive. Elles concernent le fonctionnement de nos activités et impactent les achats, la finance, l’informatique, les politiques RSE, notamment en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire. Dans nos métiers, quand on sert 4,5 millions de repas par jour, l’excellence opérationnelle passe notamment par la qualité et à la sécurité alimentaire. Ce sont des sujets qu’il est plus opportun d’aborder au niveau global, avec des processus rigoureux, une expertise partagée et un même niveau d’exigence pour tous.

Les synergies, nous les trouvons aussi dans nos politiques RSE, notamment quand nous nous engageons à participer à la structuration des filières afin que chaque maillon de la chaîne de valeur, du champ à la fourchette, travaille en cohérence et en cohésion pour le bien-être de nos convives.

Enfin, les synergies, nous les développons en matière d’innovation. L’innovation est un axe d’accélération et de différenciation dans nos activités. Nous nous sommes, par exemple, engagés dans un programme d’innovation interne et externe, baptisé Life4. Il s’agit à la fois d’encourager et développer l’esprit d’innovation de nos collaborateurs, mais aussi de détecter dans le monde entier des nouveaux talents avec lesquels le Groupe signera des partenariats ou des prises de participation. Dans les deux cas, nous mettons au service de nos marchés et marques locales la force d’un groupe volontariste dans le domaine de l’innovation.

>> Le BrandNewsBlog : Le marché de la restauration est tout sauf un long fleuve tranquille. Vous expliquez régulièrement qu’il convient de créer sans cesse de nouveaux concepts, voire de nouvelles marques, pour fidéliser vos clients et en séduire de nouveaux. Il faut aussi savoir en permanence écouter les consommateurs et adapter votre offre aux nouvelles tendances alimentaires et aux évolutions sociétales. Flexibilité des horaires des pauses et des repas, exigence accrue de diversité, de rapidité et de convivialité (cuisine « fast good »), nouveaux modes de vie des jeunes actifs de la génération Y… Quelles sont les tendances de consommations les plus impactantes pour Elior Group aujourd’hui, et comment vous y adaptez-vous ?

Philippe Salle : Notre métier de base est de garantir la qualité et la diversité de nos offres avec le meilleur savoir-faire culinaire. Notre offre de restauration se recentre à présent sur l’expérience client.

Il s’agit toujours de s’adapter aux goûts, aux modes de vie et aux cultures de nos clients. Mais aujourd’hui, le temps du déjeuner est devenu un temps de pause plus complet, qui ne se limite plus à la consommation d’un repas. C’est la raison pour laquelle nous devenons plus largement un acteur de la pause. Nous avons exprimé cette ambition dans la nouvelle signature du Groupe : « Time savored« .

Ce n’est plus le seul repas qui doit être source de plaisir, mais le moment de cette pause privilégiée dans la journée, dans le cadre de la restauration collective, ou la pause dans le cadre d’un voyage, pour la restauration de concession. Le temps de pause est aussi en permanente évolution, et peut être consacré à d’autres activités.

Il nous faut ainsi offrir une grande flexibilité dans les modes de consommation, proposer de l’information sur les offres, sur la fréquentation d’un restaurant, ou de la précommande pour permettre au consommateur de gagner du temps, du « click & collect » pour emporter son repas à l’extérieur ou le consommer à son bureau, étendre les horaires d’ouverture de nos restaurants pour permettre une consommation tout au long de la journée, en fonction des envies, des contraintes, des habitudes de consommation des uns et des autres, allant jusqu’à la mise à disposition de plats à emporter le soir.

Pour améliorer l’expérience du convive et fluidifier son parcours, nous développons des applications comme TimeChef ou Clicca & Gusta, afin d’offrir plus d’informations sur les repas proposés, l’origine et la qualité des produits, ou les allergènes.

Ces innovations nous permettent d’amener du prédictif dans notre gestion, et ainsi optimiser la production, adapter l’offre en temps réel, produire la juste quantité, réduire le gaspillage, mais aussi faciliter le travail des chefs pour leur permettre de se consacrer essentiellement à la cuisine.

>> Le BrandNewsBlog : Si la nourriture que l’on mange n’est pas prête d’être dématérialisée (tant mieux pour le goût et la saveur ;-), le secteur de la restauration n’échappe pas pour autant à la révolution numérique, qu’Elior Group a su saisir à bras le corps et considère comme une source d’opportunités. Développement de la foodtech, nouveaux comportements de consommation… : quels bouleversements cette révolution a-t-elle engendré chez les consommateurs, et quels sont les principaux défis qui en découlent pour les acteurs de la restauration ?

Philippe Salle : L’évolution des modes de vie et les technologies se conjuguent pour changer nos manières de produire, de distribuer, de consommer, avec la conscience de ne plus vouloir gaspiller. C’est la raison pour laquelle le secteur de la restauration doit repenser son modèle économique. Elior Group s’est déjà engagé dans cette voie.

Si la tradition est le berceau de la cuisine, l’innovation est son avenir. La foodtech est un domaine en pleine ébullition qui concilie traditions culinaires et technologies. C’est un catalyseur du changement et de l’innovation. Elior Group est un acteur de la foodtech et travaille à mieux connaître son écosystème et à le développer. Grâce à la foodtech, Elior Group enrichit les interactions et multiplie les points de contact avec ses convives.

>> Le BrandNewsBlog : Vous avez fait de la transformation numérique l’un des 8 chantiers de votre plan de transformation « Tsubaki », en priorisant deux objectifs qui démontrent à mon sens la maturité stratégique de votre Groupe : 1) utiliser avant tout le digital comme levier pour améliorer l’expérience utilisateur et la qualité de service offerte par votre marque, 2) se servir du digital comme vecteur d’amélioration de l’efficacité opérationnelle et de la performance. Mais en dehors de l’innovation incrémentale et expérientielle que vous mettez déjà en œuvre, n’existe-t-il pas un risque de disruption plus radical de vos marchés ? En résumé : la restauration sous contrat est-elle totalement à l’abri d’une uberisation par la foodtech, notamment ?

Philippe Salle : Aucune entreprise n’est à l’abri de rien, l’histoire le démontre. Qui aurait imaginé qu’un géant comme Kodak péricliterait aussi brutalement ? Il a suffi d’une erreur stratégique associée à une myopie persistante pour fragiliser irrémédiablement un groupe pourtant centenaire.

En ce qui concerne Elior Group et notre secteur d’activité, le principal danger serait d’ignorer la profonde mutation qui est en train de s’opérer, ou de n’y prêter qu’une attention distraite. Or nous faisons tout l’inverse, par exemple en investissant financièrement et humainement aux plus hauts échelons du Groupe dans l’innovation et les startups.

>> Le BrandNewsBlog : Pour ne rien manquer de la révolution numérique et en terme d’innovation (aussi bien incrémentale que de rupture), vous suivez donc de près l’évolution des startups de la foodtech en sponsorisant ou participant à des salons dédiés (London Food Technology Week / Seeds & Chips de Milan…), et vous avez déjà investi dans plusieurs startups particulièrement dynamiques telles que Never Eat Alone, Foodles, La Belle Assiette, PopChef ou FoodMeUp, qui ambitionnent de révolutionner chacune à leur façon la pause repas. Qu’est-ce que ces startups avaient de particulièrement innovant, quel intérêt pour Elior Group d’y investir… et que leur proposez-vous ?

Philippe Salle : Que nous prenions une participation (jamais majoritaire) ou signions un partenariat, nous nous posons à chaque fois deux questions essentielles : que peut nous apporter cette startup ? Que pouvons-nous lui apporter en retour ? Le processus de co-création des offres et des services de demain repose sur un juste équilibre entre les startups, Elior Group et ses clients.

L’objectif est d’apprendre les uns des autres. Sous notre regard bienveillant, les jeunes pousses travaillent en test & learn. La force du Groupe réside dans la relation établie avec ses clients qui offrent aux projets un terrain de jeu, avec une expérimentation in situ en temps réel. Au fur et à mesure, de nouveaux projets peuvent ainsi naître, à l’instar de ce que nous faisons avec Never Est Alone autour du développement de nouveaux services.

Nous sommes à la fois initiateur et coordinateur : Elior Group est finalement un laboratoire-observatoire géant, au service du convive et du client.

>> Le BrandNewsBlog : Autre programme particulièrement intéressant, mais en interne cette fois au sein d’Elior Group, toujours dans votre objectif d’innover au service des consommateurs mais également de développer l’esprit entrepreneurial de vos collaborateurs et collaboratrices : le Life4 Challenge. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste, quels en sont les objectifs et ce que ce genre d’initiative apporte par rapport à un appel à projets externes ?

Philippe Salle : Elior Group a effectivement mis en place un concours d’innovation interne d’envergure internationale, en complément du Life4 Start-up Program, notre démarche tournée vers les startups. Il s’agit d’une compétition ouverte à tous les collaborateurs, qui permet d’orienter les forces vives de l’entreprise dans une direction commune tout en créant une saine émulation.

L’édition 2015-2016 a impliqué près de 5 000 collaborateurs du Groupe, du siège au terrain. Les équipes participantes ont bénéficié d’une véritable formation aux méthodes lean startup avec NUMA, un des accélérateurs pionniers en Europe.

Le projet gagnant d’Elior UK, BOX’D CHEF, propose des kits de repas à emporter chez soi et à cuisiner en moins de 30 minutes. Parrainé par la direction générale du Groupe, il est en cours de développement et d’expérimentation par son créateur, qui a bénéficié du temps et des moyens nécessaires pour transformer le concept initial en offre viable.

>> Le BrandNewsBlog : La transformation de la culture et du fonctionnement de l’entreprise a bien sûr pour but final l’amélioration de votre performance opérationnelle. En quoi l’adoption du NPS (Net Promoter Score), le développement de l’expérience digitale et l’optimisation du parcours convive peuvent-ils contribuer in fine à la rentabilité de votre groupe et à sa pérennité ?  

Philippe Salle : J’ai engagé l’entreprise dans une véritable transformation pour que devenions un groupe Business to Consumer to Business (BtoCtoB) avec l’ambition d’être le restaurateur de référence, reconnu pour la qualité de son offre et l’expérience innovante proposée à ses convives.

Nous avons désormais vocation à dialoguer directement avec nos convives pour connaître leurs attentes et anticiper leurs besoins à chaque moment de pause. Nous souhaitons également que nos convives deviennent des prescripteurs auprès des clients du Groupe (entreprises, écoles, hôpitaux, institutions, collectivités…).

Pour y parvenir, le digital est incontournable. Les nouveaux services qu’il rend possibles sont au cœur du fonctionnement de nos restaurants, en cuisine comme en salle d’ailleurs. Cette transformation est un des facteurs de la rentabilité du Groupe, qui est une des conditions de sa pérennité.

>> Le BrandNewsBlog : La communication d’Elior Group est également reconnue pour son efficacité, et je crois savoir que c’est une discipline à laquelle vous accordez une importance particulière. Pour preuve, depuis des années, au fil des différentes sociétés que vous avez dirigées, vous n’avez cessé de renouveler votre confiance au même dircom, qui vous a toujours suivi : Frédéric Fougerat, l’un des communicants français les plus réputés [excellent blogueur de surcroît !]. En quoi la communication est-elle stratégique à vos yeux en entreprise, et pourquoi la relation de confiance entre un dirigeant et son/sa dircom est-elle aussi importante ?

Philippe Salle : Avant même d’être stratégique, la communication doit satisfaire à des obligations réglementaires et légales, notamment dans une société cotée. Pour cette seule raison, la considérer comme un gadget serait une erreur. Par ailleurs, la communication reste souvent une discipline mal connue. C’est une des plus récentes dans l’entreprise, et elle évolue très vite et en permanence. Elle doit s’adapter à l’évolution des pratiques liées à l’émergence de nouveaux outils et médias. Aujourd’hui, le partage de l’information, devenu instantané, réalisable par chacun, sans barrière géographique, sans filtre ni expertise, peut fragiliser une réputation rapidement.

La communication doit donc désormais traiter avec le même niveau d’attention et d’exigence la notoriété et la réputation. Elle doit savoir valoriser le discours et l’image de l’entreprise, et disposer de la veille et de la réactivité nécessaire à préserver la réputation. Elle doit à la fois jouer d’outils corporate traditionnels et innover pour investir des champs nouveaux, disposer de bases solides et anticiper les nouvelles tendances et pratiques, voire les inventer.

Pour fonctionner, le binôme PDG-DirCom doit s’appuyer sur une relation de confiance forte et sur une complicité intellectuelle, ce qui n’exclut pas des personnalités différentes ou complémentaires. Mon directeur de la communication a une double responsabilité. D’une part, il doit savoir traduire et exprimer ma vision de l’entreprise et ma stratégie, dans le discours, l’image et les actions de communication. D’autre part, il doit être capable d’organiser et animer une équipe aux compétences variées, avec des métiers aussi différents que l’écriture, l’édition, l’architecture web, la communication financière, la logistique évènementielle, la production vidéo ou le community management.

Frédéric réunit cette sensibilité et cette capacité, qu’il a pu exprimer à mes côtés chez Vedior, Geoservices, Altran et aujourd’hui Elior Group. Nous avons toujours réussi à renforcer l’image de ces groupes, en valorisant leurs succès et la qualité des hommes et des femmes qui les composent. Ce travail est régulièrement primé, notamment dans des compétions internationales, voire copié, ce qui est peut-être la plus belle des récompenses.

>> Le BrandNewsBlog : Nouvelle illustration de l’engagement d’Elior Group au sein de la société et auprès des grandes instances françaises: vous avez choisi d’engager en 2015 votre groupe en soutien de ces grandes initiatives nationales que sont Paris 2024 et ExpoFrance2025. En dehors de l’expertise de restaurateur de référence que vous apportez, quel intérêt ces engagements revêtent-ils pour Elior Group ? Avons-nous des chances sérieuses de l’emporter ?

Philippe Salle : Le sport est un nouveau territoire d’engagement et de communication pour le Groupe. Mais les connexions avec les métiers d’Elior Group (restauration et services) sont nombreuses : s’entraîner à être le meilleur, devenir le leader qui ouvre la voie, être présent au quotidien, porter la dimension collective, se battre pour l’égalité des chances.

Ces valeurs partagées prennent une dimension encore plus forte lorsque l’on parle des Jeux olympiques. J’ai, personnellement, déjà pu le voir en soutenant la candidature de Paris en 2012 alors que je dirigeais une autre entreprise. La candidature de Paris 2024 est un projet inspirant qui pourrait motiver les Français à aller plus vite, plus haut, plus fort vers plus d’optimisme et de dynamisme.

En tant que leader mondial aux racines françaises, j’ai estimé qu’il était de notre responsabilité d’accompagner un projet aussi positif pour l’attractivité du pays, son dynamisme économique et sa capacité à innover, de mettre tout en œuvre pour contribuer au succès de Paris et de prendre une part active dans ce projet porteur d’une vision d’avenir.

Dans cette optique, le partenariat avec Paris 2024 est un formidable outil pour engager le dialogue avec nos publics en affichant et en affirmant nos engagements, nos convictions, notre implication pour faire de chaque pause un moment à savourer.

Nous prenons à cœur la mission que nous a confié la candidature, de promouvoir auprès du plus grand nombre la thématique sport, nutrition et bien-être. Jusqu’au mois de septembre nous mobiliserons notre expertise pour faire augmenter le bien-être des Français en replaçant le plaisir au centre de leur activité sportive et de leur pause repas.

Et oui, nous avons une chance de l’emporter. Parce que notre dossier technique, financier et écologique est excellent, parce que le monde sportif est pleinement associé à cette candidature, parce que nous faisons tout pour faire gagner cette candidature symbolique qui permettrait à Paris d’organiser à nouveau les Jeux, 100 ans après 1924.

Nous sommes rassemblés autour de ceux qui portent cette candidature avec force, conviction et détermination depuis des mois : la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui en est la première ambassadrice, et dont l’influence internationale sera clé, et les co-présidents de Paris 2024, Bernard Lapasset et Tony Estanguet, extraordinaires dans leur engagement. Beaucoup de signaux nous sont donc favorables. Nous ne devons toutefois pas négliger, ni sous-estimer, la force de la candidature américaine. Peut-être avons-nous perdu Paris 2012 à cause de nos certitudes. Sachons en tirer les leçons.

Pour l’organisation de l’exposition universelle de 2025, ce serait une suite logique d’un grand mouvement lancé avec Paris 2024. La candidature a été officiellement actée par le chef de l’État il y a quelques semaines. Elle est en train de se lancer, et sa promotion va prendre de l’ampleur progressivement. Il est normal que la dynamique soit aujourd’hui plus favorable aux Jeux, mais après la décision du CIO en septembre prochain, je suis certain que ExpoFrance2025 prendra le relais.

>> Le BrandNewsBlog : Dans les colloques et conventions auxquels vous participez, ainsi que dans vos différentes prises de parole, vous êtes un de ces patrons qui n’a pas peur d’exprimer clairement ses convictions et engagements. Considérez-vous que ces nouvelles casquettes de dirigeant-communicant, de storyteller de la marque Elior Group et de chef d’orchestre de sa transformation (digitale et opérationnelle) font pleinement partie du rôle d’un P-DG ? Et que pensez-vous de ces P-DG qui, comme Stéphane Richard (Orange) ou Sébastien Bazin (AccorHotels), prennent désormais la parole et viennent incarner leur marque sur les réseaux sociaux comme Twitter ? Est-ce une démarche que vous pourriez envisager à votre tour et dans quel objectif ?   

Philippe Salle : Si je suis reconnu comme un patron communicant, je ne suis pas pour autant attiré par les projecteurs. Je n’ai jamais cherché à personnaliser ma communication, ni à me mettre en avant à titre personnel, préférant m’investir dans la promotion des entreprises que je dirige. Mais je comprends parfaitement qu’à travers ma fonction, j’incarne l’entreprise, et que cela suscite des attentes ou des opportunités en matière de communication.

Je suis aujourd’hui présent sur les réseaux sociaux à travers les comptes de l’entreprise, très actifs et très suivis. Vous pouvez notamment retrouver nombre de mes activités, prises de paroles ou initiatives sur les comptes Twitter d’Elior Group et d’Elior France. Je n’y suis pas présent personnellement, mais il n’est pas exclu que j’y vienne un jour. Il faudra que cette communication réponde alors à un aspect précis de la stratégie de l’entreprise. [Note de l’auteur : à l’heure où je publie ces lignes, Philippe Salle vient d’ouvrir son compte Twitter personnel : @PhilippeSalle. Félicitations à lui et n’hésitez pas à ce suivre ce nouveau compte de #CEOquiTwitte].

>> Le BrandNewsBlog : Avec 120 000 collaborateurs présents dans 15 pays et près de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, Elior Group est devenu un restaurateur de référence dans le monde de l’entreprise, de l’enseignement, de la santé et du voyage. Quand vous vous déplacez à l’étranger et que vous présentez Elior Group ou la candidature de Paris 2024 par exemple, avez-vous conscience de représenter, de par les métiers et la performance de votre groupe, un pan entier de notre culture et de notre excellence nationale (la gastronomie française en l’occurrence) ? Cela crée-t-il des obligations ou une pression supplémentaire ? Et comment faire pour que cette excellence et ce savoir-faire national soient encore plus reconnus et valorisés de par le monde ?

Philippe Salle : Ce qui est formidable avec la gastronomie, c’est qu’il n’y a pas de guerre des cuisines. Même si les chefs sont à la tête de brigades, et que l’organisation y est un peu militaire, chaque plat cuisiné l’est avec passion, avec amour, pour susciter des émotions et procurer du plaisir. Les chefs du monde entier aiment préparer, goûter ou faire évoluer les cuisines de toutes les origines, de toutes les régions.

En tant que groupe international, nous ne sommes pas représentants de la seule gastronomie française, mais de l’excellence de nombreuses cuisines dans le monde, dont il ne faut pas sous-estimer l’influence grandissante. Ceci dit, la France reste effectivement porteuse d’une image forte en matière de gastronomie, dont nous sommes fiers et que nous promouvons continuellement à travers le monde.

 

 

Notes et légendes :

(1) Président-Directeur général du groupe Elior depuis avril 2015, Philippe Salle a commencé sa carrière en 1988 chez Total (en Indonésie), avant de rejoindre Accenture en 1990. Après avoir exercé des responsabilités chez McKinsey à partir de 1995 puis au sein du Groupe Vedior, il intègre ensuite le groupe Geoservices en tant qu’administrateur, avant d’en devenir Directeur Général puis Président-Directeur Général. Il prend ensuite en 2011 la tête du groupe Altran, où il succède à Yves de Chaisemartin, avant d’annoncer son départ pour le groupe Elior en janvier 2015.

(2) Elior Group est une entreprise française de restauration et de services associés aujourd’hui présente dans 15 pays. Avec 120 000 collaborateurs et collaboratrices et un chiffre d’affaires de 5,9 milliards d’euros en 2016, ce groupe en fort développement ambitionne de devenir prochainement leader européen de son métier et parmi les acteurs majeurs sur les autres grands marchés sur lesquels il est déjà implanté.

 

Crédit photos et illustrations : Patrick Gaillardin, Elior Group, X, DR

 

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